« Viking », Vardø, le 14-11-1917
Cher frère, Aksel,
Paix.

Je t’envoie par la présente une lettre du fr. Sivert Bolsønes, de Molde. Il a vendu sa part du chantier naval à ses frères. J’ai lu cela dans « Sundmørsposten ». Il veut avoir les mains plus libres. Et maintenant, il dit qu’il veut donner 1/10e du produit de la vente au profit du travail pour la vérité. Je viens de lui écrire que tu as créé un « fonds central » qui dispose de 1 700 couronnes, et qu’il doit s’adresser à toi à ce sujet. Je lui ai dit que tout ce qui est partagé et déchiré est maudit, de sorte que s’il veut donner quelque chose, il faut que ce soit un sacrifice entier, car nous avons besoin de personnes entières et de sacrifices entiers. Je lui ai expliqué que Skjulte Skatte ne s’en sort pas tout à fait au point de vue financier. Tu vois que Dieu travaille avec nous.

Le fr. Johan Lohne a fait du porte-à-porte avec Gjerde dans la région du Hardangerfjord pour annoncer Christ manifesté en chair. Les fermes sont assez éloignées les unes des autres, et il a mobilisé deux sœurs et le fr. Gjerde pour qu’ils se mettent au travail. Je te joins ses lettres. Le fr. Sivert Bolsønæs et sa femme sont des personnes au cœur entier. Sa femme est la fille de Belden de Stattlandet. Elle a vécu la séparation à Aalesund et elle a gagné Bolsønæs.

J’ai reçu une lettre de la sœur Anna Kjærnet. Salue-la et remercie-la cordialement. Le lieutenant Bekkevold est à Kirkenæs et à Berlevaag ces jours-ci. Nous lui avons demandé de rendre visite aux amis. Il aspire maintenant à la liberté. La sœur Døvle se remet de ses émotions, son visage s’éclaire. Elle rend visite aux Strømme en pleine journée, maintenant. Nous étions tous chez elle dimanche dernier. Cela semble l’avoir consolée qu’une autre femme de l’Armée du salut ait pleuré à chaudes larmes en guise d’autodéfense. Car dame Døvle criait et ne mâchait pas ses mots. Maintenant, elle sourit et dit qu’on peut bien recevoir des coups si seulement cela peut rendre plus pieux. Le reste de l’Armée du salut se cabre, comme on dit. L’autre jour, l’adjudante a amené toute l’armée à applaudir et à jubiler, mais le lieutenant est resté debout les mains dans le dos. Elle s’est alors tournée vers lui et elle a dit : Vous n’êtes donc pas content, lieutenant ? C’est aussi un sujet de joie !!

J’ai reçu une lettre d’une sœur de Moldøen. C’est une femme très zélée, madame Gangsø. Mais je l’ai mise en garde contre le fait d’appeler quelqu’un son père ici sur terre.

Salue les amis et ta maison.

Salutations cordiales de ton frère

Johan