(cf. Missionæren n° 2 du 9/1/1908)

Horten, le 14 décembre 1907
Cher frère, Aksel,

J’ai reçu ta bonne lettre, ainsi que les livres et les journaux. J’ai écrit tout de suite à Kristiansen (hier). Dallmeyer s’est drôlement laissé intimider. Schrenk a probablement réussi à le mettre K.-O. avec ses arguments.

J’ai écrit à Kristiansen que Dieu n’a jamais pu employer à son service des personnes de ce genre, qui tournent comme les girouettes des églises à chaque fois que le vent souffle un peu. Et en ce qui concerne les affirmations de Schrenk sur l’imposition des mains, suivant lesquelles « l’esprit de Los-Angeles », comme il l’appelle si affreusement, aurait été transmis de lieu en lieu par l’imposition des mains, en Amérique, en Norvège et en Allemagne, j’ai dit que j’ai reçu le baptême de l’Esprit en 1900, mais les dons de parler en langues, d’interpréter et de prophétiser en 1907 ; mais que l’Esprit que j’ai maintenant, après avoir reçu les dons, est le même que celui que j’avais en 1900. J’ai aussi dit que beaucoup ont reçu l’Esprit et les dons sans l’imposition des mains, que ceux qui ont reçu l’Esprit vivent une vie pieuse et fuient le péché sous toutes ses formes, et que l’Esprit qui nous conduit à renoncer au mal ne présente aucun danger. Je lui ai dit ensuite que l’Esprit qui a été répandu à Jérusalem à la Pentecôte devrait être appelé « l’esprit de Jérusalem » – à en croire Schrenk et Dallmeyer – et que l’Esprit qui animait Luther devrait s’appeler « l’esprit de Wittenberg », etc. En ce qui concerne 1 Co. 14, 2, j’ai dit qu’il est évident que celui qui parle en langues parle à Dieu ; personne ne sait en effet ce que signifient toutes ces paroles bizarres. Quand l’interprétation est donnée, cela sert à l’édification, et cela concerne les hommes. C’est cela qui leur semblait complètement faux. J’ai répondu que c’était dans « l’Esprit de Christ » que l’on parlait, et que « l’Esprit de Christ » est ainsi fait qu’il a toujours à cœur les hommes – leur malheur et leur bonheur.

En tout cas, toutes ces « élucubrations » et toutes ces « fables habiles » qu’ils emploient ne sont que naturelles et humaines. J’ai écrit à Kristiansen qu’il faut être dans de profondes ténèbres pour oser utiliser des expressions comme celles que Dallmeyer a utilisées. – Schrenk lui a certainement mis le pied sur le cou.

Quant aux affirmations de Rubanowitsch concernant le fait d’utiliser le mot « Moi, Jésus » dans une prophétie ; cela signifierait selon lui qu’on a l’esprit du diable, qui veut prendre la place de Dieu etc. Il est tout à fait clair que Jésus utilise « Moi, Jésus » pour parler de lui-même ; mais « le témoignage de Jésus est l’Esprit de la prophétie ». Dans de tels cas, on cite volontiers des choses qui ont été dites soit par Jésus lui-même, soit par ses apôtres qui étaient poussés par l’Esprit, ou bien on les dit soi-même, poussé par l’Esprit. Il veut séparer l’Esprit de Jésus de l’homme, mais il se trompe à cet égard, car ce n’est pas seulement notre esprit qui est identifié à lui, mais aussi notre corps et notre âme ; mais ces choses étaient dures à avaler pour Rubanowitsch. Pour le reste, la nourriture qu’ils ont à donner n’est qu’une « doctrine » sèche ; mais Dieu est celui qui prend les sages au piège dans leur insolence. Kr. va sûrement avoir du mal à s’en sortir indemne dans cette affaire. S’il ne sort pas du milieu d’eux et si, au lieu de cela, il touche à quelque chose d’impur, il succombera tôt ou tard. Dieu met tout homme à l’épreuve, et si on n’est pas capable de rester debout, on succombe.

Pour ce qui est d’écrire dans les journaux au sujet des erreurs commises dans les différentes villes, je crois que c’est très dangereux, car on aurait vite fait de donner aux adversaires une occasion d’intervenir, et les faibles pourraient se retirer.

Dieu n’impose pas ce combat à tous, seuls les bergers doivent tenir l’ennemi à distance. Les brebis doivent pouvoir continuer à paître – sans rien savoir de ces combats. On ne doit pas laisser le loup entrer dans le troupeau et commencer à le combattre là, car cela disperserait les brebis. Il faut mener son combat solitaire en silence, et quand l’ennemi, le loup, est tué, alors on peut l’apporter dans le troupeau et le montrer aux brebis, car cela fortifie leur confiance envers le berger. C’est Dieu qui a placé dans l’Assemblée des « bergers », etc. Il faut toujours montrer son côté le plus fort à l’ennemi, car cela lui donne de la crainte – et son côté le plus fort à ceux que l’on fait paître, car cela les fortifie. Le côté faible, on peut le présenter à Dieu, qui veille sur nous tous. J’ai eu un fort désir de t’écrire cette lettre. Nous avons un combat dans le monde des esprits, mais quand nous avons vaincu dans l’Esprit, quelques traits de plume suffisent pour mettre en déroute toute une armée d’ennemis. Il nous donne le pouvoir de marcher sur les serpents et les scorpions, et de remporter la victoire sur toute l’armée de l’enfer. Il faut faire une nette distinction entre une « doctrine de l’homme » et la connaissance de Dieu. Ces Allemands avaient fait monter au front un scorpion terrible. Dallmeyer s’était en effet entretenu avec plusieurs frères anciens, et il voulait encore s’entretenir avec plusieurs « pères en Christ ». Puisse-t-il seulement ne pas rencontrer des pères comme ceux qui étaient assis en rangs serrés au Théâtre National à Christiania, à la conférence de pasteurs ! Ce genre de pères n’auraient-ils pas fait de bons spectateurs dans les arènes romaines, quand les chrétiens subissaient le martyre ? C’est affreux quand Samson perd ses cheveux, car ils peuvent alors lui crever les yeux, pour qu’il ne voie plus rien. Dieu les livre à leur sens réprouvé.

Ceux qui sont appelés à paître le troupeau de Dieu doivent être des gens qui ne se laissent pas renverser par les premières manœuvres du diable.

Pour ce qui est des choses qui se sont produites dans l’assemblée, on peut aussi les mettre en grande partie sur le compte de : « Ainsi donc, moi-même, je suis par l’entendement esclave de la loi de Dieu, et je suis par la chair esclave de la loi du péché. » « Heureux l’homme à qui l’Éternel n’impute pas l’iniquité, et dans l’esprit duquel il n’y a point de fraude ! » Il y avait sûrement du péché, mais le Seigneur n’a pas voulu l’imputer, car il n’y avait pas de fraude dans leur esprit. Nous devons aussi tenir compte de cela. En ce qui concerne le frère dont tu as parlé, il n’y a pas de danger à craindre, si seulement il renonce lui-même à ses folies.

Salue tout le monde à la maison. Les fr. Olsen et Berg viennent d’entrer à l’instant et je leur ai lu la lettre. Salue le fr. Gerrard, Helga et aussi les amis. Reçois toi-même les salutations les plus cordiales de ton frère qui participe au combat et à la victoire en Jésus-Christ.

Johan
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C’est au travers des combats que nous devons apprendre à nous connaître les uns les autres. C’est amusant de combattre, car la victoire s’ensuit toujours. « Grâces soient rendues à Dieu, qui nous fait toujours triompher en Christ. » Si donc ils « nous examinent sous toutes les coutures » (F.S. dans « Missionæren ») ou s’ils veulent nous « grundig ausfegen[36] » (Dallmeyer), nous n’en restons pas moins fortement enracinés dans la force de Dieu, et nous n’avons pas à les remercier.

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J’ai été obligé d’écrire à Kr. avec une certaine prudence, pour qu’il ne croie pas que je suis complètement fou.

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Je viens à l’instant de recevoir une lettre de Plum. La lettre a été très utile, a-t-il dit, car une sœur avait condamné une des colonnes et celle-ci avait commencé à se retirer. Il demande si le Seigneur a institué Barratt comme dirigeant. Le journal « Kirkeklokkerne » s’attire beaucoup d’ennemis car il défend le mouvement.

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Si nous devons correspondre sur la question de savoir comment le parler en langues avec interprétation peut s’adresser à des hommes, cela peut se résoudre dans l’Esprit ; mais c’est plus facile à comprendre qu’à expliquer. Je n’ai pas pu écrire à Kr. de façon détaillée à ce sujet.