Merci pour ta bonne lettre et parce que tu n’avais rien à reprocher à ma précédente lettre.
Ici à Horten, nous avons eu un temps riche en combats et en victoires. La situation devenait intenable aux réunions chez Knudsen, sous la direction du fr. Berg, et plusieurs amis se sentaient oppressés et découragés. Pour ce qui me concerne, je me sens aussi inapte à diriger les aspects externes d’une réunion. Mais nous nous sommes mis d’accord avec les personnes les plus actives du groupe pour annoncer une réunion chez moi jeudi dernier, sous la direction du fr. Isachsen avec d’autres. Figure-toi que la salle de séjour était remplie de personnes solides ; nous avons même dû aller chercher des chaises à l’étage. Le fr. Berg est venu, lui aussi ; il s’est assis au fond, près de la porte, et n’a rien dit, mais il a prié à Dieu. Cela a été une des meilleures réunions que nous ayons eues depuis longtemps.
À la fin de la réunion, j’ai dit aux amis rassemblés que l’expérience prouvait qu’il fallait que les réunions soient dirigées pour qu’elles soient en bénédiction, et que moi j’étais inapte à diriger, mais que plusieurs d’entre nous avions pensé à Isachsen et qu’il était prêt à le faire. J’ai aussi dit quelques mots sur les dons des uns et des autres, que nous devions nous servir les uns les autres avec ces dons, etc.
Après la réunion, le fr. Berg a fait un bout de chemin avec Isachsen et il lui a alors dit qu’il était tout à fait d’accord avec moi dans cette affaire.
Nous avons décidé d’avoir pour l’instant une réunion tous les jeudis.
J’ai traduit un article de Mme Guyon et je l’ai envoyé à papa, mais je n’aurais pas dû le faire, car il qualifie tout cela d’esclavage. Je te l’envoie pour que tu puisses en juger toi-même. Il y a beaucoup de vrai dans ce qu’il dit, mais il ne comprend pas qu’on peut lire en examinant soi-même les choses. Si tout le monde disait de ses cantiques qu’ils ne sont qu’une œuvre humaine et qu’ils les rejetteraient à cause de cela, je pense qu’il protesterait ; ou alors si je rassemblais toutes ses lettres dans un livre que je ferais imprimer et que j’appelle cela une œuvre humaine, etc. il ne l’apprécierait pas. Toutes les œuvres humaines ne se valent pas ; nous devons examiner les choses et apprendre à comprendre. Comme tu peux le voir, j’ai mis un point d’interrogation quelque part dans la lettre de papa, là où il dit : « Le sang de Jésus-Christ le fils de Dieu, la vie, qui est en nous, nous purifie (sanctifie) de tout péché. »
Cette phrase est tout à fait trompeuse. Son raisonnement part du fait que le sang est la vie pour en conclure que le sang est la vie de résurrection. L’eau et le sang appartiennent à la vie terrestre et non à la vie céleste.
Tu sais que nous avons envoyé un rapport avec des recommandations au corps ; ce rapport a été transmis pour avis au directeur de l’artillerie. Après un délai de presque deux mois, il vient d’être renvoyé au corps. Le chef de corps nous a convoqués et nous a fait lire la réponse du directeur de l’artillerie, que nous avons pu garder pour pouvoir la commenter. Sa note laisse penser qu’il est assez en colère ; il dit que notre rapport témoigne d’un manque flagrant de compréhension de ce qu’est le service dans l’artillerie, que nous surestimons notre propre rôle et nos compétences, et qu’il trouve de ce fait que nos recommandations sont inappropriées.
Le fait est que notre rapport n’est que trop vrai et qu’il est plutôt bien formulé ; il n’a pas pu réfuter la moindre phrase. Les gens disent qu’il a exercé une forte pression sur l’intendant principal d’arsenal pour qu’il dise quelque chose qui lui plaise bien à lui. Il paraît que la note de l’intendant principal d’arsenal lui a été renvoyée trois fois pour qu’il la corrige.
Nous avons maintenant l’intention de traiter la note du directeur d’artillerie point par point, pour que le chef de corps ait de la matière pour son travail.
(La conclusion de la lettre manque dans l’exemplaire original disponible.)
