Horten, le 31-12-1909
Cher frère, Aksel,

Je t’envoie ci-joint une lettre de papa. Il souhaite que tu la lises. Il semble qu’il ait reçu la lettre circulaire avec un cœur bien disposé. Je crois que de telles circulaires impersonnelles seront aussi utiles à l’avenir, si Dieu conduit les choses de cette manière. Je me réjouis à chaque fois que papa écrit quelque chose qui indique qu’il a reçu un peu plus de connaissance de Dieu.

Ici à Horten, nous avons eu de nouveau une « giboulée » spirituelle. Le fr. Berg m’a violemment mitraillé à cause de la dernière fête chez Isachsen, à laquelle toi aussi, tu étais présent. Je méritais peut-être une bonne volée, parce que je n’avais absolument pas tenu compte du fait qu’il y avait là des gens qui passaient toutes mes paroles au crible comme si c’était du blé. Mais le fr. Berg ne s’est pas contenté de me donner une raclée, il a enfoncé le clou avec la plus grosse masse et de toutes ses forces.

Après ce discours tonitruant, je devais moi aussi rendre des comptes. La sœur Knudsen s’est alors levée pour dire que Dieu lui avait remémoré qu’elle devait nous rappeler de commander un transport à cheval, et qu’elle n’avait pas été obéissante. De même, le fr. Isachsen a raconté qu’il avait fait la proposition que les mêmes que la dernière fois (ma belle-mère et moi) aillent chercher la sœur Bakke avec une calèche. Personne n’avait répondu à cette proposition, et il a dit que cela lui avait appris qu’il devait veiller dorénavant à ce que ses propositions soient acceptées.

Après que ces témoins se soient exprimés, je me suis tourné vers le fr. Berg pour lui demander ce qu’étaient devenus les points qu’il avait soulignés dans son discours. Il a répondu que le tout avait été exposé dans une autre lumière (une fausse lumière, à son avis).

Il a toutefois poursuivi ses attaques en disant que j’avais dit que je ne ressentais absolument aucun besoin de faire venir la sœur Bakke à la réunion, qu’elle était bien là où elle était, etc.

Pendant toute son attaque, la sœur Bakke a prophétisé en faveur du fr. Berg, et quand je me suis expliqué, elle a prophétisé contre moi en pleine figure. J’ai alors dû lui fermer la bouche et convaincre de la folie que c’est d’utiliser la prophétie comme une arme. Le fr. Berg a prétendu que je n’avais pas le moindre amour pour la sœur Bakke.

Après cela, j’ai dû expliquer que bien que la sœur Bakke ne m’ait accordé aucune confiance, Dieu m’avait néanmoins utilisé pour la délivrer dans l’affaire avec Brun ; je lui avais aussi rendu visite bien des fois chez elle pour la gagner, si possible, et j’avais contribué à l’amener à la réunion.

Le fr. Berg s’est levé comme un lion et a immédiatement exécuté la procédure – l’audition et le règlement de l’affaire sont venus plus tard, c’est pourquoi je trouve que l’attaque a fini en queue de poisson.

Le jour d’après, je suis allé voir la sœur Knudsen pour parler de cette affaire. Elle m’a alors raconté que ses enfants avaient été longtemps malades cet été et qu’ils avaient dû acheter beaucoup de médicaments. Pendant cette période, le fr. Berg leur avait fait de grands discours pour leur expliquer qu’ils avaient péché, puisque la maladie avait frappé leur foyer. Mais quand 2 ou 3 des enfants du fr. Berg ont été hospitalisés à cause de la scarlatine, il a changé de discours.

Le fr. Berg est ensuite allé à Moss avec la sœur Bakke pour qu’elle y soit baptisée ; mais quand il est venu plus tard à la réunion, il n’était pas question que quelqu’un qui ne se laissait pas baptiser puisse être sincère dans la vie. La sœur Knudsen a alors ressenti qu’elle devait interdire au fr. Berg de faire des réunions chez elle. Mais c’est la sœur Bakke qui voulait à nouveau qu’il y ait des réunions, et c’est comme cela que tout a recommencé.

Tu connais assez bien les circonstances ici à Horten, c’est pourquoi je t’ai écrit cela avec tous ces détails. Je ne peux pas m’empêcher de rire d’agissements aussi bizarres. Le fr. Berg doit être une meule à gros grain, sur laquelle on peut se débarrasser de ses aspérités. Mais je crois qu’il fait tout avec la meilleure intention et avec un zèle entier pour la vérité, c’est pourquoi je l’apprécie bien malgré tout.

Tu sais que je me suis moqué de toutes les vexations qui ont duré 3 ou 4 semaines, etc. Ils ont gardé cela pour eux et n’ont rien dit à ce sujet, mais la sœur Knudsen l’avait intériorisé et cela l’avait affectée.

Tout cela m’apprend à supporter de plus en plus de choses. Le fr. Berg a dit que puisque je n’avais pas d’amour, tout mon ministère n’était rien, toute ma connaissance n’était rien, et tout a été réduit à néant. C’était comme si on m’avait donné un coup de massue sur la tête, et j’ai repensé à ces choses pendant toute la première garde, mais je suis maintenant arrivé à la conclusion que cela me fait plus de bien que de recevoir un gros paquet de flatteries. C’est d’ailleurs moi qui, en fait, ai été le premier à introduire cette méthode de combat ; il faut donc que j’accepte de prendre des coups.

Les sœurs ici se sont peu à peu habituées à cela, si bien qu’elles sont en mesure de supporter beaucoup plus aujourd’hui qu’au début ; la direction dans laquelle les choses se développent est donc en tout cas la bonne.

À l’occasion, quand tu viendras ici, il faudra que tu reprennes le baromètre que tu m’as donné, car tu l’as toi-même reçu du fr. Wintersborg et tu dois donc le garder toi-même. Imagine-toi que le fr. Wintersborg vienne ici et le voie dans ma maison ; il pourrait trouver cela un peu étrange. Ce qu’on a reçu en cadeau est plus fortement attaché à soi que ce qu’on achète. Nous avons maintenant tellement de choses que tu nous as offertes, donc je te prie de bien vouloir reprendre cet objet. Je me suis aussi concerté avec Pauline à ce sujet et elle est du même avis.

J’espère que le fr. Anthony ne prend pas mal le fait que tu aies été médiateur pour l’article de la sœur Palme. J’ai pensé à cela en lisant son article aujourd’hui dans « Missionæren » et « Korsets vei ». Je crois qu’il a très peur pour son journal, tu devrais donc probablement être attentif à ce point. Tu sais que s’il t’aime, il ne veut t’avoir que toi et pas toute une équipe à la remorque. Avec moi, il a expérimenté ce à quoi cela peut mener.

Ja, jetz werden wir schliessen für diesmahl. Lebst du da sehr wohl und sei hertzlich gegrüsst bei deiner Bruder[52],

Johan

Ce soir, nous allons rendre visite à la sœur Pauline Bergersen (pas Roa) pour une petite rencontre festive.