Horten, le 29-09-1909
Cher frère, Aksel,
Grâce et paix de la part de Jésus-Christ notre Seigneur.

Merci pour ta bonne lettre que j’ai reçue aujourd’hui. C’est toujours une joie de recevoir tes lettres car tu t’efforces toujours de t’approcher de plus en plus de Dieu dans la connaissance et la vie. Le fr. Anthony vient ici demain (jeudi). Il s’est beaucoup réjoui à la pensée que nous aurons peut-être l’occasion d’être ensemble et de travailler ensemble. J’ai écrit à l’amiral commandant pour demander une permission de trois mois, à partir du 15-10 prochain jusqu’au 15-01-1910. La réponse est susceptible d’arriver vers le 10 octobre. Des allusions discrètes ont été faites, selon lesquelles 6 seconds-maîtres d’artillerie pourraient avoir une permission cet hiver, si bien que ça va sans doute s’arranger, si Dieu le veut. J’ai mentionné dans ma demande que le rédacteur avait promis de me donner des cours d’anglais et de m’aider à faire des traductions, la contrepartie étant que je lui prête main-forte d’une autre manière. Il est en effet fortement souhaité que la Marine retire un profit des permissions.

Dimanche dernier, j’étais chez Ellefsen qui était en permission. Il était accompagné d’un très jeune matelot de troisième classe qui a trouvé la paix avec Dieu alors qu’il était à bord. Le fr. Ellefsen est maintenant plus zélé que jamais. La vie à bord et la résistance n’ont fait que le rapprocher de Christ. Il a raconté comment il avait mené à bien des combats spirituels lorsqu’il était à bord, c’est-à-dire des combats en esprit – sans paroles – contre différentes personnes. Il a dit que les autres le haïssaient selon l’Esprit – en particulier ses supérieurs.

Le fr. Birkeland, qui a été sur l’autre patrouilleur (Tordenskiold), a aussi parlé d’un jeune apprenti machiniste qui s’est converti à bord. Il s’appelle Terjesen et vient de Porsgrund. Son père et sa mère, de même que tous ses frères et sœurs, qui sont au nombre de 9, sont sauvés, il ne restait que ce garçon, mais quand il a raconté qu’il avait trouvé Jésus à bord, cela a déclenché une immense allégresse. Sa mère étant d’une santé fragile, ils n’ont pas osé le lui dire, de peur que l’effet de surprise soit trop grand. Hier, le fr. Birkeland avait les larmes aux yeux et il a dit qu’il aspirait fortement à avoir une conversation sur de nombreux sujets.

C’est remarquable de voir comment Dieu travaille, plus remarquable encore que ce que je peux dire. Sa bonté est de plus en plus manifeste, si bien que j’ai beaucoup pensé ces derniers jours à Ép. 2, 7 : afin de montrer dans les siècles à venir l’infinie richesse de sa grâce par sa bonté envers nous en Jésus-Christ.

Lors d’une conversation qui a eu lieu un peu plus tard chez Pauline Roa, Dieu a projeté pour nous une lumière magnifique sur 2 Pierre 1, v. 19 jusqu’à la fin du chapitre, où on voit clairement que les Écritures (la parole prophétique) n’ont jamais été écrites par une volonté d’homme et par conséquent ne peuvent pas être interprétées par une volonté d’homme, mais par et dans le Saint-Esprit.

Tu es dans une situation un peu difficile, d’après ce que je vois. Tu as eu un certain désir de suivre « le chemin de la foi ». Dieu satisfera certainement ce désir selon sa richesse ; car il a une grande richesse de situations par lesquelles il peut nous faire passer pour mettre à l’épreuve notre foi, qui, une fois l’épreuve passée, est plus précieuse que l’or périssable qui cependant est éprouvé par le feu. Mais l’Éternel, le Seigneur, peut nous délivrer du feu et de l’eau et du royaume des morts – pour nous faire entrer dans une gloire qui est éternelle et qui a du poids. C’est pourquoi, là aussi, Dieu va certainement trouver une issue, mais c’est dans le calme et le repos que sera notre force. Nous devons rester tranquilles et voir le salut du Seigneur. Tu te souviens sûrement que nous nous sommes entretenus de ces choses.

Aasgaardstrand n’est qu’une très petite localité peuplée de marins et de pêcheurs pauvres, si bien que tu ne peux guère y vivre. Il n’y a sans doute pas de dentiste. Le commandant en chef P. a parlé de Fredriksværn, où il pensait qu’il y avait peu de chance qu’il y ait un dentiste. Cette ville doit être à environ une demi-heure de Larvik et elle est nettement plus grande qu’Aasgaardstrand. Anthony pourrait certainement t’en dire plus sur cette ville.

Merci pour ta salutation, elle convenait remarquablement et elle a été en bénédiction pour moi, car Dieu a déplacé des portes d’airain et brisé des verrous de fer, et il veut encore le faire.

Cela me fait beaucoup plaisir de voir les progrès que le fr. Anthony fait en Christ, et qu’il reçoit une paix plus profonde et plus grande. C’est seulement notre travail dans l’Esprit qui porte un fruit éternel et est de l’or, de l’argent et des pierres précieuses qui supporteront le feu quand le jour viendra. Souvenons-nous de cela et rappelons-le à d’autres pour que nous puissions être de plus en plus des collaborateurs de Dieu et que nous puissions dire comme Paul : Nous sommes les collaborateurs de Dieu, vous êtes le champ de Dieu. Mais Dieu est Esprit et son travail est spirituel, et c’est pourquoi, si nous voulons être ses collaborateurs, nous devons avoir des résultats dans l’Esprit. Être le champ de Dieu est une chose, mais être ouvrier dans ce champ est tout à fait autre chose.

Cordiale salutation de ton frère,

Johan