De l’abandon
C’est ici que doit commencer l’abandon et la donation de tout soi-même à Dieu, en se convainquant fortement que tout ce qui nous arrive de moment en moment est ordre et volonté de Dieu et tout ce qu’il nous faut. Cette conviction nous rendra contents de tout et nous fera regarder tout ce qui nous arrive en Dieu, et non du côté de la créature.
Je vous conjure, mes très chers frères, qui que vous soyez, qui voulez bien vous donner à Dieu, de ne point vous reprendre une fois que vous vous serez donnés à Lui, et de penser qu’une chose donnée n’est plus en votre disposition.
L’abandon est ce qu’il y a de [plus] conséquent dans toute la voie, et c’est la clef de tout l’intérieur. Qui sait bien s’abandonner sera bientôt parfait. Il faut donc se tenir ferme dans l’abandon sans écouter le raisonnement ni la réflexion. Une grande foi fait un grand abandon. Il faut se fier à Dieu, espérant contre toute espérance, Ro. 4, 18.
L’abandon est un dépouillement de tout soin de nous-mêmes, pour nous laisser entièrement à la conduite de Dieu. Tous les chrétiens sont exhortés à s’abandonner. Car c’est à tous qu’il est dit : Ne soyez pas en souci pour le lendemain, car votre Père céleste sait tout ce qui vous est nécessaire. Mt. 6. Pensez à Lui dans toutes vos voies et Il conduira lui-même vos pas. Pr. 3, 6. Exposez vos œuvres au Seigneur et il fera réussir vos pensées. Pr. 16, 3. Remettez au Seigneur toute votre conduite et espérez en lui, et il agira lui-même. Ps. 37, 5.
L’abandon doit donc être, autant pour l’extérieur que pour l’intérieur, un délaissement total entre les mains de Dieu, s’oubliant beaucoup soi-même et ne pensant qu’à Dieu. Le cœur demeure par ce moyen toujours libre, content et dégagé. Pour [ce qui est de] la pratique, elle doit être de perdre sans cesse toute volonté propre dans la volonté de Dieu, renoncer à toutes les inclinations particulières, quelque bonnes qu’elles paraissent, dès qu’on les sent naître, pour se mettre dans l’indifférence et ne vouloir que ce que Dieu a voulu dès son éternité. Être indifférent à toutes choses, soit pour le corps soit pour l’âme, pour les biens temporels et éternels. Laisser le passé dans l’oubli, l’avenir à la Providence, et donner le présent à Dieu. Nous contenter du moment actuel, qui nous apporte avec soi l’ordre éternel de Dieu sur nous, et qui nous est une déclaration autant infaillible de la volonté de Dieu qu’elle est commune et inévitable pour tous. Ne rien attribuer à la créature de ce qui arrive, mais regarder toutes choses en Dieu et les regarder comme venant infailliblement de sa main, à l’exception13 de notre propre péché.
Laissez-vous donc conduire à Dieu comme il lui plaira, soit pour l’intérieur, soit pour l’extérieur.