Des sécheresses

Comme Dieu n’a point d’autre désir que de se donner à l’âme amoureuse qui veut le chercher, il se cache souvent pour réveiller sa paresse et l’obliger à le chercher avec amour et fidélité. Mais avec quelle bonté récompense-t-il la fidélité de sa bien-aimée et combien ses fuites apparentes sont-elles suivies de caresses amoureuses !

On croit alors que c’est une plus grande fidélité et que c’est marquer davantage son amour, de le chercher avec effort de tête, à force d’action, ou que cela le fera bientôt revenir. Non, croyez-moi, chères âmes, ce n’est point la conduite de ce degré. Il faut qu’avec une patience amoureuse, un regard abaissé et humilié, une affection fréquente, mais paisible, un silence respectueux, vous attendiez le retour du Bien-aimé. Vous lui ferez voir par cette manière d’agir que c’est Lui seul que vous aimez, et son bon plaisir, et non le plaisir que vous aurez à l’aimer. C’est pourquoi il est dit : Ne vous impatientez point dans les temps de sécheresse et d’obscurité. Souffrez les suspensions et les retardements des consolations de Dieu. Demeurez uni à Lui. Attendez-le avec patience, afin que votre vie croisse et se renouvelle. Ecclésiastique (ou Siracide) 2, 2-3.

Soyez patients dans la prière. Et quand [même] vous ne feriez rien d’autre toute votre vie que d’attendre le retour du Bien-aimé en patience, dans un esprit humilié, abandonné, résigné et content, ô l’excellente prière ! Vous pouvez l’entremêler de plaintes amoureuses. Oh ! que ce procédé charme le cœur de Dieu et l’oblige bien plus à revenir que nul autre !