De la souffrance
Soyez contents de tout ce que Dieu vous fera souffrir. Si vous l’aimez purement, vous ne le chercherez pas moins en cette vie sur le Calvaire que sur le Thabor. Il faut l’aimer autant sur le Calvaire que sur le Thabor, puisque c’est le lieu où il fait paraître le plus d’amour.
Ne faites pas comme ces personnes qui se donnent dans un temps et se reprennent en un autre. Elles se donnent pour être caressées et se reprennent lorsqu’elles sont crucifiées, ou bien vont chercher dans la créature la consolation.
Non, chères âmes, vous ne trouverez de consolation que dans l’amour de la croix et dans l’abandon entier. Ô, qui n’a pas le goût de la croix n’a pas le goût de Dieu ! Mt. 16, 23. Il est impossible d’aimer Dieu sans aimer la croix, et un cœur qui a le goût de la croix trouve douces, plaisantes et agréables, les choses même les plus amères : Une âme affamée trouve douces les choses qui sont amères, Pr. 27, 7, parce qu’elle se trouve autant affamée de son Dieu qu’elle est affamée de la croix. La croix donne Dieu et Dieu donne la croix. La marque de l’avancement intérieur est que l’on avance sur le chemin de la croix14. L’abandon et la croix vont de compagnie.
Dès que vous sentez quelque chose qui vous répugne et qui vous est proposé comme souffrance, abandonnez-vous à Dieu d’abord pour ce qui est de cette chose15 et donnez-vous à Lui en sacrifice. Vous verrez que lorsque la croix viendra, elle ne sera plus si pesante, parce que vous l’aurez bien voulue. Cela n’empêche pas d’en sentir le poids. Quelques-uns s’imaginent que ce n’est pas souffrir que de sentir la croix. Sentir la souffrance est une des principales parties de la souffrance même. Jésus-Christ en a voulu souffrir toute la rigueur. Souvent on porte la croix avec faiblesse, d’autres fois avec force ; tout doit être égal [pour nous] dans la volonté de Dieu.