Second degré d’oraison

Le second degré est appelé par quelques-uns : « contemplation », « prière de foi et de repos », d’autres lui donnent le nom de « prière de simplicité ». Et c’est de ce dernier terme qu’il faut se servir ici, car il est plus propre que celui de contemplation, qui signifie une prière plus avancée que celle dont je parle.

Lorsque l’âme s’est exercée, comme il a été dit, durant quelque temps, elle sent que peu à peu la facilité de s’approcher de Dieu12 lui est donnée. Elle commence à se recueillir plus aisément. La prière lui devient aisée, douce et agréable. Elle se rend compte que c’est le chemin pour trouver Dieu. Elle sent l’odeur de ses parfums (Ca. 1, 3). Alors il faut qu’elle change de méthode, puis qu’elle fasse avec fidélité et courage ce que je vais dire, sans s’étonner de tout ce que l’on pourrait lui alléguer.

Premièrement, sitôt qu’elle se met en présence de Dieu avec foi et qu’elle se recueille, qu’elle demeure un peu de cette sorte dans un silence respectueux. Si, dès le commencement, en faisant son acte de foi, elle se sent un petit goût de la présence de Dieu, qu’elle en demeure là, sans se mettre en peine d’aucun sujet ni de passer outre, et qu’elle garde ce qui lui est donné tant qu’il dure. S’il s’en va, qu’elle excite sa volonté par quelque affection tendre. Et si dès la première affection elle se trouve remise dans sa douce paix, qu’elle y demeure ; il faut souffler doucement [sur] le feu et, sitôt qu’il est allumé, cesser de souffler, car qui voudrait encore souffler l’éteindrait.

Je demande surtout que l’on ne finisse jamais la prière sans que l’on demeure quelque temps sur la fin dans un silence respectueux. Il est encore de grande conséquence que l’âme aille à la prière avec courage, qu’elle y porte un amour pur et sans intérêts. Qu’elle n’y aille jamais tant pour avoir quelque chose de Dieu, que pour lui plaire et faire sa volonté. Car un serviteur qui ne sert son maître qu’à mesure qu’il le récompense, est indigne d’être récompensé. Allez donc à la prière, non pour vouloir jouir de Dieu, mais pour y être comme il veut. Cela fera que vous serez égal dans les sécheresses comme dans l’abondance et que vous ne vous étonnerez point des rebuts de Dieu ni des sécheresses.