De la confession et de l’examen de conscience
L’examen doit toujours précéder la confession, mais l’examen doit être conforme à l’état des âmes. Celles qui sont à ce stade doivent s’exposer devant Dieu, qui ne manquera pas de les éclairer et de leur faire connaître la nature de leurs fautes. Il faut que cet examen se fasse avec paix et tranquillité, attendant la connaissance de nos péchés plus de Dieu que de notre propre recherche. Lorsque nous nous examinons avec effort, nous nous méprenons aisément. Nous croyons le bien mal et le mal bien, És. 5, 20, et l’amour-propre nous trompe facilement. Mais lorsque nous demeurons exposés aux yeux de Dieu, ce divin soleil fait voir jusqu’aux moindres atomes. Il faut donc se délaisser et s’abandonner beaucoup à Dieu, tant pour l’examen que pour la confession.
Dès que l’on est dans cette manière de prier, Dieu ne manque pas de reprendre l’âme pour toutes les fautes qu’elle fait. Elle n’a pas plutôt commis un défaut qu’elle sent un brûlement qui le lui reproche. C’est alors un examen que Dieu fait, qui ne laisse rien échapper, et l’âme n’a qu’à se tourner simplement vers Dieu, souffrant la peine et la correction qu’il lui fait. Comme cet examen de la part de Dieu est continuel, l’âme ne peut plus s’examiner elle-même. Et si elle est fidèle à s’abandonner à Dieu, elle sera bien mieux examinée par sa lumière qu’elle ne le pourrait faire par tous ses [propres] soins. L’expérience le lui fera bien connaître.
Pour la confession, il est nécessaire d’être averti d’une chose, qui est que les personnes qui marchent dans cette voie seront souvent étonnées que, lorsqu’elles s’approchent du confessionnal31 et qu’elles commencent à dire leurs péchés, au lieu du regret et d’un acte de contrition qu’elles avaient l’habitude de faire, un amour doux et tranquille s’empare de leur cœur. Ceux qui ne sont pas instruits veulent se tirer de là pour former un acte de contrition, parce qu’ils ont ouï dire que cela est nécessaire, et c’est vrai. Mais ils ne voient pas qu’ils perdent la véritable contrition qui est cet amour infus, infiniment plus grand que ce qu’ils pourraient faire par eux-mêmes. Ils ont un acte éminent qui comprend les autres [actes], avec plus de perfection, quoiqu’ils ne fassent pas la distinction entre ces multiples actes32. Qu’ils ne se mettent pas en peine de faire autre chose, lorsque Dieu agit plus excellemment en eux et avec eux.
C’est haïr le péché comme Dieu le hait que de le haïr de cette sorte ; c’est l’amour le plus pur que celui que Dieu opère en l’âme. Que celle-ci ne s’empresse donc pas d’agir, mais qu’elle demeure telle qu’elle est, suivant le conseil du Sage : Mettez votre confiance en Dieu, demeurez en repos dans la place où Il vous a mis. Ecclésiastique (ou Siracide) 11, 21.
Elle s’étonnera aussi qu’elle oubliera ses défauts et qu’elle aura peine à s’en souvenir. Il ne faut pas qu’elle s’en fasse de la peine, pour deux raisons : la première, parce que cet oubli est une marque de la purification de la faute et que c’est le meilleur en ce degré d’oublier tout ce qui nous concerne, pour ne nous souvenir que de Dieu. La seconde raison est que Dieu ne manque point, lorsqu’il faut se confesser, de faire voir à l’âme ses plus grandes fautes ; car alors il fait lui-même son examen, et elle verra qu’elle en viendra mieux à bout de cette sorte que par tous ses propres efforts. Ceci ne peut pas s’appliquer aux degrés précédents33, où l’âme, étant encore dans l’action, peut et doit recourir à ses propres efforts34 pour toutes choses, plus ou moins, selon son avancement. Pour les âmes de ce degré, qu’elles s’en tiennent à ce qu’on leur dit et qu’elles ne changent point leurs simples occupations. Il en est de même pour la communion. Qu’elles laissent agir Dieu et qu’elles demeurent en silence. Dieu ne peut être mieux reçu que par un Dieu35.