Horten, le 15 octobre 1906
Cher frère, Aksel,

Merci beaucoup pour tes deux cartes postales. Celle avec la maison était amusante. Ici, tout va bien, et j’espère que c’est aussi le cas pour vous. Tu n’es plus aussi zélé pour écrire qu’au début ; peut-être ton zèle a-t-il diminué. Le zèle produit un plein affermissement dans l’espérance. Dieu est un Dieu jaloux et zélé. Évidemment, nous avons toutes sortes d’afflictions et de contrariétés, mais l’affliction produit la persévérance, la persévérance la victoire dans l’épreuve, et cette victoire l’espérance. Or, l’espérance ne rend pas confus. Ainsi toutes choses concourent au bien de ceux qui craignent et aiment Dieu. Mais être un disciple de Jésus, c’est vivre une vie où l’on renonce à soi-même et où l’on porte sa croix. Cependant, il ne nous éprouve pas au-delà de nos forces. Dieu a des projets de paix pour nous, et ses voies ne sont pas toujours nos voies. Quand il nous faut, dans l’obéissance, abandonner notre voie pour suivre la voie de Dieu, il est certain que cela peut faire mal, surtout quand on a la possibilité de se retirer. Mais le Seigneur dit : s’il se retire, mon âme ne prend pas plaisir en lui.

Il éprouve les siens au travers du feu,
Mais jamais il n’abandonne aucun d’eux,
C’est pourquoi ne redoute pas l’affliction,
Car sous cet habit, c’est une bénédiction.

Il est bien vrai que les épreuves sont des bénédictions sous un autre habit. Un serviteur de l’Assemblée doit tout d’abord être éprouvé, et s’il est sans reproche, alors il peut servir dans l’Assemblée. L’or doit être purifié par le feu, et le peuple que le Seigneur a choisi comme sien est purifié dans la fournaise de l’humiliation. Pour être souples et dociles, nous devons être capables d’aller aussi bien vers le bas que vers le haut. Celui qui n’aspire qu’à ce qui est grand aux yeux du monde, est très pesant, retenu captif et raide. Mais l’Esprit de la sagesse est souple et il assouplit ceux qui le reçoivent. Car Dieu regarde au ver qui se traîne dans la poussière le long du chemin autant qu’au roi dans son château. Voilà la liberté. Quelle folie de mépriser des hommes faits à l’image de Dieu parce que, dans son aveuglement, on s’imagine pouvoir atteindre ce qui est plus élevé en piétinant ceux qui sont plus bas ! Non ! c’est en s’humiliant toujours davantage qu’on acquiert comme fondement une saine compréhension, et c’est à partir de ce fondement qu’on est capable de se faire une idée juste des gens les plus élevés, car c’est le peuple qui est leur fondement. En effet, toute tour doit avoir une assise. Il faut toujours faire preuve d’une autocritique radicale et d’une maîtrise de soi exercée, à la lumière de l’Esprit de Dieu. De cette manière, on est une forteresse imprenable et un vase d’honneur, sanctifié pour le Seigneur et utile à son maître. On doit toujours veiller à être inattaquable, car c’est cela vaincre le malin. Tout péché existe dans le monde par la convoitise. Quand la convoitise a conçu, elle enfante le péché ; et le péché, étant consommé, produit la mort. C’est pour cela qu’il faut vaincre les convoitises et vivre selon l’Esprit. Celui qui cède aux convoitises de la chair est du monde et accomplit la volonté de la chair et de ses pensées. Il sème selon la chair et moissonnera de la chair la corruption.

Juste ces quelques lignes pour te faire réfléchir et pour te consoler, si tu te trouves dans les limites de la consolation, car Dieu est le Dieu de la consolation.

Salue tout le monde à la maison, Ludvig et sa famille, et reçois toi-même ma meilleure salutation. Écris-moi une lettre et dis-moi comment tu vas. N’aie pas peur d’ouvrir ton cœur, car je n’ai pas l’intention de te couper la tête, mais l’hypocrisie est du diable.

Ton frère,

Johan