Horten, le 1er juillet 1906
Chers parents et frères et sœurs,

Merci pour ta lettre du 26-6. Je vois par là que tu comprends les choses comme moi, à savoir que Christ avait une volonté humaine et pécheresse dans son corps qu’il devait vaincre, mais qu’il a toujours triomphé de la convoitise. Oui, nous avons l’Esprit de Christ, et il se manifeste en nous comme il se manifestait en lui. Par là, nous pouvons conclure qu’il devait combattre ce que nous devons combattre. C’est cet Esprit qui a triomphé du monde, car celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde. C’est par cet Esprit que nous devons être plus que vainqueurs. Mais Dieu exige une obéissance absolument inconditionnelle et une pleine soumission à sa volonté. En étant de l’argile dans sa main, nous recevons une force et une plénitude extraordinaires. Cette force disparaît si l’on garde la moindre chose pour soi. L’onction de l’Esprit donne de la force et de la fermeté pour travailler, mais dès qu’un homme commence à considérer quelque chose comme grand dans le monde, ou à garder pour lui-même quelque chose qu’il ne veut pas abandonner, il devient incapable d’être un outil et n’est plus qu’une épave dans ce monde, bien que le monde entier soit sous la puissance du malin. C’est pourquoi il est absolument primordial de demeurer en Lui, comme l’Esprit nous l’a enseigné.

Les apôtres avaient beaucoup de connaissance, mais ils ne devaient pas partir pour exercer leur ministère avant d’avoir été revêtus de la puissance d’en haut. Jésus lui-même a d’abord dû recevoir la force d’en haut, avant de commencer son œuvre. Je n’ai jamais mesuré comme maintenant l’importance d’être attentif et de demeurer dans l’onction de l’Esprit, car j’en vois beaucoup qui se sont égarés parce qu’ils se sont écartés du chemin sur un point ou un autre. On peut s’égarer de beaucoup de manières, mais il n’y a qu’un seul chemin. Jusqu’à ce jour, Dieu m’a gardé dans l’onction de son Esprit et la puissance de Dieu repose sur moi comme depuis le jour où j’ai fait le bon choix. Esaü a méprisé son droit d’aînesse et Samson sa chevelure. Ils les ont abandonnés. Cela signifie qu’ils ont abandonné leur consécration à Dieu. Esaü était consacré dès sa naissance et le pacte qui faisait de Samson un naziréen était directement lié à ses cheveux. Il a méprisé ce lien divin, et la force a disparu. Si nous méprisons les injonctions de l’Esprit et que nous ne sommes pas obéissants en tout, nous rompons le lien de l’alliance, le lien de la promesse, et la force retourne à celui qui l’avait donnée. Si l’on veut retrouver cette force, on doit laisser repousser ses cheveux, renouer les liens qui ont été rompus ; et alors la force revient. Dieu est extraordinairement exact, car de même que Christ a dû suivre le chemin, l’Esprit de Dieu nous conduit. Peut-on imaginer quelque chose de plus radical ?

J’ai acheté hier un livre traduit de l’anglais, qui s’intitule « Le baptême de l’Esprit », de R. A. Torrey. Il coûte 65 øre ; c’est un très bon livre et je te le recommande chaleureusement. Il est facile à lire et simple à comprendre, et contient beaucoup d’enseignements précieux. Il était exposé en vitrine d’une librairie ici, et je l’ai regardé plusieurs fois avant de me décider à l’acheter. Dans ce livre, l’auteur explique comment on obtient la puissance (le baptême de l’Esprit), comment elle agit et comment on peut la perdre. Ces choses sont expliquées simplement, correctement et efficacement, sans détours ni artifices.

Il y a beaucoup de choses auxquelles nous devons veiller. Quelle terrible sécheresse règne dans les assemblées ! Pourquoi en est-il ainsi ? Tout simplement parce que la puissance et l’onction de l’Esprit sont absentes. On ne trouve que rarement une personne ici ou là qui peut annoncer la parole de Dieu avec force et autorité. La parole de Dieu renferme de l’autorité, car le Seigneur est Seigneur, et un seigneur exerce une autorité, d’autant plus d’autorité qu’il n’y a qu’un seul Seigneur, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous. Le baptême de l’Esprit est une chose, dit Torrey, mais si l’on veut entreprendre quelque chose, on a besoin d’une effusion de l’Esprit toute particulière. Après que les apôtres eurent été remplis de l’Esprit à la fête de la Pentecôte, il leur arriva la chose suivante : ils furent remplis de l’Esprit. Cela signifie qu’ils reçurent la force pour entreprendre ce qui les attendait. Il ajoute qu’un homme peut être né de Dieu sans pour autant connaître le baptême de l’Esprit. J’ai fait cette même expérience. Jésus aussi était né de Dieu, avant de recevoir le baptême de l’Esprit comme force pour faire son travail, comme les apôtres, Apollos et ceux de Samarie. Contrairement à ce que certains enseignent, le baptême de l’Esprit n’anéantit pas notre nature pécheresse, dit-il, et il a raison sur ce point.

Pauline vient d’entrer pour me dire que Christian est le garçon le plus brave qu’elle connaisse. Oui c’est un petit bonhomme solide, bien joufflu, le teint rose et avec des bras costauds ; il se frotte à des petits garçons plus âgés que lui. Il est le chouchou dans le quartier et il donne un nom à tous ceux qui lui parlent. Il appelle parfois sa maman « Paula » et cela le fait bien rire. Il a en effet entendu que c’est le surnom qu’on lui donne. Il parle beaucoup et se fait bien comprendre. Johanne a de nombreuses caractéristiques communes avec Christian, elle lui ressemble beaucoup ; mais elle n’a que 2 mois, donc c’est quand même difficile à dire. Christian a un tempérament ardent et un esprit puissant l’accompagne ; quand il est à proximité, ça se ressent bien, même s’il est petit. Nous avons l’impression qu’il a reçu un grand talent à gérer. Ses capacités mentales sont bien développées ; il peut intervenir quand des adultes parlent et bien faire comprendre qu’il a écouté et compris ce qu’ils disent.

Il aime beaucoup sa maman et c’est aussi elle qui s’en occupe le plus. Il aime aussi beaucoup son arrière-grand-mère, car elle lui donne toujours quelque chose. J’ai maintenant appris à me servir d’une machine à écrire, au bureau du corps. C’est Rosenqvist qui est chef de corps. L’après-midi, je fais des travaux d’entretien avec les maisons et le jardin. Cette année, j’ai remboursé presque 300 couronnes et j’ai fait beaucoup de travaux moi-même. La terre est impeccable dans le jardin. C’est une vraie bénédiction de la part de Dieu que j’ai pu acquérir cette propriété à d’aussi bonnes conditions. Dire qu’au début, je n’en voulais pas ! Je m’en sors bien, surtout quand je fais moi-même la plupart des travaux de réparation. Cette année, nous avons installé un nouvel escalier en pierre vers la rue et une nouvelle meule, et il me reste encore environ 70 couronnes pour d’autres réparations, en comptant des traites à 5% d’intérêt. Comme dit, c’est une bénédiction de Dieu ; mon cœur se réjouit d’avoir de quoi travailler, et je crois que Dieu me l’a donné. C’est pour ça que j’ai acheté la propriété au plein milieu de la crise l’année dernière – bien qu’elle soit en plein dans la ligne de tir et bien qu’il soit question de déménager la base navale. J’ai appris que quand quelque chose vient de Dieu, toutes les puissances de l’enfer ne peuvent pas le renverser ; c’est pourquoi j’y vais avec confiance, même si le monde entier me fait signe des mains pour me dire que je suis fou. Cette glorification est peut-être excessive, mais il faut une image forte pour illustrer ce qui m’est passé dans le sang.

Portez-vous bien.

Bien à vous,

Johan

Répondez vite.

Cela fait longtemps que je n’ai pas eu de nouvelles de Aksel.

Maman et Anna feront peut-être une tournée en passant par Moss, Horten, etc. – le circuit de Brevik ?