In memoriam : Bénie soit la mémoire de Johan O. Smith

mai/juin 1943

Bénie soit la mémoire de Johan O. Smith

Dieu a maintenant repris auprès de lui son serviteur bien-aimé et fidèle, après qu’il a servi le conseil de Dieu pendant son temps sur terre. Ce n’est qu’au matin de la résurrection que sera pleinement révélé ce que Dieu a pu accomplir à travers cet homme de foi. Mais nous voyons dès maintenant de grands résultats du travail de Johan O. Smith, et les mots nous manquent quand on veut dire quelque chose à ce sujet.

Dieu m’a fait la grande grâce de pouvoir être avec le fr. Smith et d’apprendre à le connaître personnellement, à la fois dans sa vie publique et en privé. Lorsque je pense au fr. Smith, je veux faire miennes les paroles de David au sujet de Saül : L’épée du fr. Smith ne retournait jamais à vide. 2 Sa. 1, 22. Il était un guerrier, et quand il annonçait la parole de Dieu, tout le monde se sentait obligé d’écouter. La parole tranchait et partageait, et jugeait les sentiments et les pensées du cœur ; le sang de la vie propre coulait. Ce n’était pas seulement le cas en public, mais aussi en privé. Il avait l’habitude de dire : Il y a bien assez de chair, qu’elle soit clouée sur la croix ! La parole de la croix, qui est une puissance de Dieu pour le salut, était sa prédication de A à Z. Il était lui-même, par sa vie, la meilleure preuve de la puissance de la croix. Il est écrit que la Parole a été faite chair et qu’elle a habité parmi nous. La Parole a été faite chair dans le fr. Smith, il la vivait, et nos mains pouvaient la toucher. De même que la parole de Dieu ne vieillit jamais, mais qu’elle est nouvelle et donne la vie à chaque fois que nous la lisons, il en était de même du fr. Smith. Il ne vieillissait jamais. Son corps s’est affaibli vers la fin, et il ne voyait plus très bien, mais il était toujours renouvelé et vivifiant. Jusqu’aux derniers jours, il avait de grandes révélations dans les Écritures. Les passages les plus connus devenaient nouveaux lorsqu’il les citait. Jour et nuit, il ne parlait que de la parole de Dieu. S’il parlait de choses terrestres, il en faisait toujours une application spirituelle. Ce qu’un frère m’a dit un jour est caractéristique : « Les lettres de Smith sont intéressantes : même s’il ne parle que d’une valise, c’est édifiant. » La raison en était qu’il vivait la Parole. Il est dit que le plus grand doit être le serviteur et l’esclave de tous, et nous avons vu ce verset s’accomplir dans le fr. Smith. Aux conférences, il allait et venait parmi nous, tranquillement et sans se faire remarquer. S’il voyait quelqu’un seul et timide, qui se tenait à l’écart, Smith allait le voir et lui donnait de la foi et du courage. Il connaissait chacun en particulier et s’occupait personnellement de la cause des humbles. Lorsqu’il est dit : N’aspirez pas à ce qui est élevé, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble, nous voyons que cela s’est accompli en Smith. Il ne cherchait pas à prêcher à de grandes assemblées. Non, il était content si quelques-uns étaient réunis dans une salle de séjour. À ceux-là, il exposait plus exactement la voie de Dieu. Quand Dieu ouvrait nos cœurs et que nous comprenions ce qu’il disait, il se réjouissait. Il avait l’habitude de dire que la sagesse est ce qu’il y a de plus grand, et que nous devions prier Dieu pour recevoir de la sagesse et un esprit de révélation dans sa connaissance.

Lorsque Smith parlait des œuvres de Dieu dans la nature, il disait : « Regardez comme c’est beau, tout ce que Dieu a fait, et plus on l’agrandit, plus c’est beau. Il en est de même de Dieu : plus on apprend à le connaître, plus il devient grand. » Cette parole s’applique au fr. Smith lui-même, et c’est normal, puisqu’il vivait sa vie en Dieu. Plus on apprenait à connaître le fr. Smith, plus il devenait grand. Lorsqu’on pouvait, en le fréquentant, observer sa vie privée, on était frappé d’étonnement en voyant comment il pratiquait la justice et la miséricorde dans les moindres détails. À une occasion, il a raconté : « Je travaille dans un service de l’État, et dans mon temps libre, j’écris des lettres et des articles pour “Skjulte Skatte” ; mais je ne me permets pas de tremper ma plume dans l’encre de l’État. J’ai mon propre encrier. » Lorsque nous étions en voyage ensemble, et que nous déjeunions dans des cafés, il était le premier à payer. Je n’ai jamais entendu qu’il ait été fait de collecte pour lui. Si nous réussissions une fois à lui rendre un service, il profitait de la prochaine occasion pour nous le rendre abondamment. Avec une telle vie comme fondement, nous comprenons qu’il pouvait faire briller la lumière. La vie est la lumière des hommes, disait-il souvent. Jn. 1, 4. Ce n’étaient pas des doctrines mortes qu’il annonçait, mais la vie. Il n’est pas étonnant que le monde religieux, avec toutes ses injustices, se soit opposé à la lumière que le fr. Smith faisait briller. Ils pouvaient invoquer tant qu’ils voulaient le sang et la grâce ; la lumière se frayait quand même un chemin. Le sang ne sert pas en effet à couvrir le péché, mais à en être purifié, et la grâce sert à nous enseigner (éduquer, trad. norv.). Tite 2, 11–12. Lorsque Smith annonçait le message du sang et de la grâce de Jésus, il n’était pas rare de voir ces pécheurs religieux partir furieux en claquant la porte.

Parce qu’il était un homme de foi, Smith savait se laisser diriger par Dieu. Nous nous sentions tellement rassurés lorsqu’il était avec nous, ou lorsqu’il avait donné son conseil. Même si des difficultés survenaient malgré tout, nous savions que cela s’arrangerait. Une fois que nous avions décidé d’avoir une réunion en plein air à Tonsåstoppen, les conditions météorologiques étaient mauvaises, mais le fr. Smith devait nous accompagner et nous étions rassurés. Le jour de la réunion, il faisait beau, et nous y sommes montés dans des camions. Beaucoup de gens étaient venus de près et de loin. Au fur et à mesure que l’heure de la réunion approchait, le ciel s’assombrissait, et quand Smith s’est levé pour témoigner, il tombait un peu de pluie mêlée à de la neige fondante. Le café de l’endroit était bien trop petit pour contenir toutes ces personnes. Alors Smith a levé les mains vers le ciel et a prié Dieu d’éloigner les nuages, pour que nous puissions faire la réunion. Puis il a pris sa Bible, l’a ouverte et s’est mis à lire. Alors la pluie a cessé, et le soleil est apparu. Deux hommes inconvertis se sont tournés l’un vers l’autre et ont dit : Ça, c’était vraiment de la force !

Cet évangile est justement quelque chose pour les jeunes, disait-il souvent. Et le fruit de sa prédication est justement un groupe de jeunes gens dans toute la Norvège et dans d’autres pays. Une fois, un homme âgé est venu à l’une de nos conférences, et ce qu’il a dit était caractéristique : « Mais il n’y a que des jeunes ici, je suis certainement devenu trop vieux. » Cependant, il y a aussi quelques personnes âgées parmi nous, et elles rajeunissent comme l’aigle, et elles prennent leur envol pour faire la volonté de Dieu le temps qu’il leur reste à vivre.

Les jeunes s’assemblaient autour du fr. Smith, et le souvenir de cet homme solide aux cheveux blancs au milieu du groupe de jeunes ne s’effacera jamais. Il captait l’intérêt de tous lorsqu’il posait des questions et y répondait, plaisantait et enseignait. On pouvait croire qu’il ne se fatiguait jamais. Lorsque nous rentrions après la réunion, le soir, et que nous nous asseyions pour manger, il était toujours tard quand nous quittions la table. Les entretiens duraient souvent bien au-delà de minuit. Il ne manquait jamais de contenu, c’est ainsi qu’il a été jusqu’à la fin. C’est pourquoi nous ne pensions pas qu’il nous quitterait si rapidement, et c’est triste de penser que nous ne le verrons plus ni ne l’entendrons plus ici-bas. Mais nous qui restons, nous voulons faire comme il écrit lui-même dans un cantique : Sur les traces de nos pères, prenons le pays ! Il n’essayait pas d’attacher à sa propre personne le groupe de jeunes qu’il enseignait, mais il cherchait à l’attacher à Christ, comme il disait si souvent : C’est Jésus qui est la tête, et vous devez croître en lui. C’est pourquoi nous avons en nous la force de la vie pour mettre la lampe sur le chandelier. Nous voulons porter la parole de vie à la gloire du fr. Smith au jour de Christ, pour qu’il n’ait pas couru ni travaillé en vain. Ph. 2, 16.