Je suis noire, mais je suis belle
Il n’y a pas grand chose dont on a autant peur que le fait de devenir noir. C’est pourquoi on peut lire que les faux prophètes passaient du plâtre sur la folie, pour faire croire qu’elle était blanche, quelle que soit sa noirceur. Cela plaisait au peuple, ce qui explique aussi pourquoi ils agissaient de la sorte. Mais quand les vrais prophètes parlaient, le plâtre tombait, et ils devenaient noirs. Cela ne leur plaisait pas, c’est pourquoi les’vrais prophètes étaient haïs. Mi. 2, 6. Jé. 8, 11.
Dans le cantique des cantiques, l’épouse reconnaît qu’elle est noire. Elle ne cherche pas à le cacher. Mais je suis belle, dit-elle. Une chose est sûre : les personnes qui n’ont pas peur de reconnaître leur véritable état sont belles. En revanche, celles qui disent : je suis blanche, devraient ajouter : mais laide. Ce qui est beau, c’est l’entendement humble, qui reconnaît son état. Mais l’entendement orgueilleux, qui cache son vrai état, est laid.
«C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant ces choses, appliquez-vous à être trouvés en lui sans tache et irrépréhensibles dans la paix.» 2 Pi. 3,14.
On peut se demander : si je ne suis pas trouvé sans tache et irrépréhensible, où se trouve la tache ? Elle se trouve dans mon esprit. En quoi consiste-t-elle, et comment vient-elle ? Dieu chérit avec jalousie l’esprit qu’il a fait habiter en nous. Ja. 4, 5. Du fait que nous avons vécu selon la chair, notre esprit a été imprégné de péché. Pour avoir communion avec Dieu, mon esprit doit être purifié, il doit être vivifié. Pour cela, il faut que je reconnaisse de mon côté quel est mon état, pour que le péché puisse être enlevé. Là où je n’ai pas de lumière, je ne peux pas reconnaître mon état ; je ne suis pas non plus accusé à ce sujet. Si j’ai une tache, c’est une accusation contre moi ; il doit donc s’agir du domaine sur lequel j’ai de la lumière. Quand donc la lumière de Dieu m’éclaire, elle révèle mon péché, qui se manifeste à ma conscience. Si je n’ai pas alors le bel entendement qui consiste à être disposé à reconnaître mon état, je ne me purifie pas non plus. Si je ne reconnais pas ce qu’il en est de moi, je m’endurcis, et cet endurcissement devient une tache noire dans mon esprit. Il n’y a pas alors de communion intime avec Dieu. Ou bien je ne reconnais les choses qu’en partie ; cela aussi engendre une tache. Mais appliquons-nous à être trouvés sans tache et irrépréhensibles ! Nous ne devons pas avoir peur d’être noirs, car nous savons que nous pouvons nous purifier ; mais si on badigeonne de plâtre, il n’y a pas de purification.
Quels châtiments nouveaux vous infliger ? demande le prophète. «La tête entière est malade, et tout le cœur est souffrant, de la plante du pied jusqu’à la tête, rien n’est en bon état : ce ne sont que blessures, contusions et plaies vives, qui n’ont été ni pressées [pour en faire sortir le pus] (trad, norv.), ni bandées, ni adoucies par l’huile.» És. 1, 5-6.
Cela fait mal de presser une plaie pour en faire sortir le pus. On souhaite le faire le moins possible. C’est pourquoi il reste facilement un peu de pus dans la plaie. Même si elle se cicatrise à l’extérieur, il reste quelque chose à l’intérieur, qui fait qu’elle ne guérit jamais comme il faut. C’est pourquoi le médecin pose des drains dans la plaie après une opération, pour que tout le pus puisse s’écouler et que la plaie se cicatrise de l’intérieur. Il n’a pas peur qu’il s’écoule trop de liquide, mais il ser réjouit quand il en sort beaucoup.
Après que l’on s’est converti à Dieu, on rencontre beaucoup de situations difficiles. Dans ces situations, on a vite fait de pécher ; mais si quelqu’un a péché, nous avons un avocat auprès du Père. 1 Jn. 2, 1-2. Mais le pire dans de telles situations, c’est que peu nombreux sont ceux qui sont assez humbles pour reconnaître pleinement leurs torts. Ils ont tellement peur de devenir noirs, qu’ils embellissent la chose, ils s’excusent et se défendent eux-mêmes. Ils peuvent ainsi s’en sortir d’une certaine manière, la plaie peut se cicatriser à l’extérieur ; mais elle n’a pas été drainée. Ce n’était pas un aveu franc et complet de ses torts. Il reste quelque chose à l’intérieur, qui fait que les choses ne guérissent jamais complètement. On a alors une tache. Il n’y a pas de paix. Ou bien on a expliqué une affaire, en présentant sa façon de voir avec assurance, force et clarté ; on a peut-être même tapé du poing sur la table pour donner plus de poids à ce qu’on dit. Plus tard, il s’avère que les choses n’étaient pas comme on les a expliquées. Il y a alors peu de gens qui sont assez humbles pour retirer ce qu’ils ont dit, sans embellir la situation, sans tenter d’expliquer qu’on ne voulait pas dire les choses comme ceci, mais comme cela, etc. On a peur de devenir noir. Mais l’épouse dit : je suis noire, mais je suis belle. Si on peut se tirer d’affaire à bon compte par rapport à la vérité, et avoir l’air d’être un peu plus blanc, on n’est pas beau. On le sent soi-même ; on a une tache quelque part. Il s’installe quelque chose de dur et d’inflexible dans notre esprit, qui fait que la communion n’est pas comme elle devrait l’être.
La plupart des gens, après s’être convertis à Dieu, ont été mêlés à toutes sortes de choses, dont ils ne se sont pas tirés sans taches. Ils ont eu trop peur d’être noirs. S’ils ne l’avaient pas craint, ils auraient pu avoir part à une purification complète. Mais on répugne à presser la plaie après qu’elle se soit cicatrisée de l’extérieur et qu’elle soit devenue belle d’apparence, et on préfère souffrir dans le caché. On a probablement demandé pardon à Dieu, mais on a gardé le souvenir de la chose dans sa mémoire et dans son esprit. De telles personnes ne sont pas réellement belles. Elles ont une tache, elles ne font pas partie des cent quarante-quatre mille qui se tiennent avec l’Agneau sur la montagne de Sion, car ceux-là sont irrépréhensibles, et dans leur bouche il ne s’est point trouvé de mensonge. Ap. 14, 5.
Après la mort de Jehojada, les chefs de Juda vinrent se prosterner devant le roi. Ils voulaient servir les idoles, et le roi les a écoutés. 2 Ch. 24, 17.
Le souverain sacrificateur Jehojada était un homme de Dieu fort, et aussi longtemps qu’il était en vie, les chefs n’ont pas osé servir d’autres dieux que Dieu. Mais à sa mort, on a pu voir où était leur cœur, et à la fois le roi et les chefs se sont mis à servir les idoles.
Il en est de même pour beaucoup : quand ils sont sous l’influence d’une prédication puissante de la parole de Dieu, ils abandonnent le monde et servent Dieu. Tout peut sembler très bien extérieurement, mais ils portent toutes sortes de choses dans leur esprit. Ils n’ont pas chassé de leur esprit le monde et sa vanité. Quand ils ne sont plus soumis à la lumière claire et à l’influence puissante de la parole de Dieu, ils se remettent à servir les idoles.
Il y en a ainsi beaucoup qui vont aux réunions, qui comprennent que le chemin étroit est le bon chemin à suivre. Ils renoncent à eux-mêmes, ils se débarrassent des fastes et des ornements mondains, mais ils ne sont pas heureux. S’il n’y avait pas eu cette influence puissante et cette vive lumière, ils auraient gardé tous ces ornements. Ils s’en sont bien débarrassés complètement, mais ils continuent à porter dans leur esprit de l’intérêt, un sens exercé et de l’amour pour ces choses. Si Dieu venait les ôter du monde, ils ne feraient pas partie des prémices. Les prémices sont sans tache et irrépréhensibles. Elles ont un cœur qui brûle pour la cause de Dieu, de sorte qu’elles haïssent le monde et ses désirs. Elles purifient leur esprit de ces choses. De telles personnes deviennent vraiment heureuses, et même si on leur donnait la liberté de faire ce qu’elles voudraient, elles demeureraient fidèles dans la vérité — sur le chemin étroit.
«Je sais qu’il s’introduira parmi vous, après mon départ, des loups cruels qui n’épargneront pas le troupeau, et qu’il s’élèvera du milieu de vous des hommes qui enseigneront des choses pernicieuses, pour entraîner les disciples après eux», disait Paul. Ac. 20, 29-30.
Du vivant de Paul, ces hommes se tenaient tranquilles. Ils n’étaient capables de rien entreprendre, mais ils avaient toute cette matière dans leur esprit. Paul connaissait ces esprits, mais il ne pouvait rien faire, car ils se tenaient tranquilles. Ils étaient peut-être zélés pour renoncer à eux-mêmes et pour servir ; mais Paul sentait que leur esprit était plein de cupidité, de soif de dominer et de recherche de leur propre honneur, et il en souffrait, alors que les autres admiraient peut-être ces hommes. Jean écrit aussi : «Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres... mais cela est arrivé afin qu’il fût manifeste que tous ne sont pas des nôtres.» Seuls ceux qui ont part au salut, par la sanctification de l’esprit et par la foi en la vérité, sont des nôtres. 2 Th. 2, 13.
Il y en a aussi beaucoup qui sont généreux. Ils donnent peut-être mille francs dans la collecte. Mais ces mille francs ne quittent pas leur esprit. Ils ne s’en reposent pas. Ils auraient préféré que quelqu’un ait vu ce qu’ils avaient donné. Ils ne font pas partie des prémices ; ils ont une tache, ils ne sont pas irrépréhensibles.
Paul nous exhorte à travailler à notre salut avec crainte et tremblement. Ph. 2, 12. Pour être trouvé en lui sans tache et irrépréhensible, il faut travailler ; ce n’est pas un but inaccessible. Si seulement nous sommes disposés à être noirs, rien ne peut nous faire obstacle : nous sommes beaux. Peu nombreux sont ceux qui acceptent de porter cet opprobre, car ils pensent aux hommes, à ce qu’ils vont penser et ce qu’ils vont dire d’eux ; le résultat est qu’on a une tache, et il y a bien assez de gens pour badigeonner avec du plâtre, pour consoler et encourager en disant : paix, paix ! Mais de telles personnes ne font pas partie des prémices, ne font pas partie de l’épouse ; car elle est sans tache et irrépréhensible. Elle n’a pas marché devant la face des hommes. Elle n’a pas eu peur de reconnaître son véritable état. Elle est devenue noire, mais belle.