Ce qui est caché dans l’homme
Ce sont les actions secrètes des hommes que Dieu va juger. Ces choses peuvent être cachées pour nous-mêmes et pour les autres, mais Dieu nous connaît parfaitement. La maniè-re dont il nous traite dépend de nos actions secrètes, car ce sont elles qui, à la longue, jouent un rôle décisif. C’est pourquoi il peut sembler difficile, à la fois pour nous et pour les autres, de comprendre pourquoi Dieu agit comme il le fait.
On peut comparer les hommes à l’eau d’un étang. Par temps calme, l’eau est tout à fait limpide et semble pure, mais personne ne sait ce qu’il y a au fond. On ne sait pas de quoi ce fond est fait. Cela n’apparaît qu’à l’occa-sion d’une tempête, quand l’eau est agitée. Si le fond est sale, l’eau devient sale elle aussi. Dans ces conditions, on ne peut pas en boire, même si elle semble pure. Mais si le fond est propre et bon, l’eau reste elle aussi pure et bonne, malgré les tempêtes et le mauvais temps. Il n’y a alors aucun danger à en boire.
Il en est de même des hommes. Quand il n’y a pas de tempêtes dans leur vie, mais que tout va comme ils le souhaitent, ils peuvent paraître vraiment bons et serviables. Ils inspirent confiance et on peut leur confier un assez grand nombre de responsabilités. Mais les jours de mauvais temps finissent par arriver, et une partie ce qui se trouve au fond de leur cœur devient alors visible. On apprend alors mieux à les connaître, et on se sent déçu.
Il peut en être ainsi avec des personnes qui sont dans des difficultés. Elles se brouillent avec d’autres personnes. Elles ont tendance à vouloir dominer, rechercher leur propre intérêt, leur propre gloire, etc. Mais à un moment donné, on les reprend, et tout le monde prend ses distances par rapport à elles. À ce moment-là, elles reconnaissent leur faute et semblent se convertir. Elles s’efforcent de s’humilier et de faire preuve d’un esprit de sacrifice. L’eau semble à nouveau pure, on pense qu’elles ont renoncé à ces saletés et qu’elles s’en sont purifiées, et on a de nouveau confiance en elles. Mais de nouvelles difficultés surgissent, et les vieilles choses remontent à la surface. L’eau se trouble à nouveau. Cela révèle que la conversion n’a pas été vraie ; elles ne s’étaient pas purifiés du péché. Ils s’étaient contentés de laisser les saletés se déposer au fond. Ces choses misérables s’y trouvaient toujours, cachées aux yeux des hommes, couvertes d’une eau claire et limpide, d’humilité, de dévouement et d’amour. Mais Dieu jugera ce qui est caché dans les hommes.
Qui peut comprendre l’élection et la vocation de Dieu ? Samuel ne l’a pas compris quand il devait oindre David comme roi. 1 Sa. 16, 7. Même si Dieu a élu quelqu’un, il le met malgré tout à l’épreuve, pour révéler ce qui est caché dans l’homme. Saül était élu, mais les épreuves ont été pour lui un échec. 1 Sa. 13, 13–14. Quand on choisit un serviteur dans l’Assemblée, il faut veiller à ce qu’il soit irréprochable ; mais cela ne suffit pas : il faut le mettre à l’épreuve avant de pouvoir vraiment avoir confiance en lui. 1 Ti. 3, 9–10. C’est pourquoi Pierre écrit que nous devons nous efforcer d’affermir notre vocation et notre élection. 2 Pi. 1, 10.
Dieu nous met de la sorte à l’épreuve sans que nous comprenions nous-mêmes de quoi il est question. Si on le comprenait, on serait sur ses gardes. On entend souvent les hommes dire : «Si j’avais su, j’aurais pris la chose différemment.» Saül s’est sûrement dit la même chose après avoir été repris par Samuel. Mais il ne devait pas le savoir à l’avance, car c’est justement de cette manière que s’est révélé ce qui était caché en lui.
Nous voyons par là qu’on ne peut jamais avancer par ruse dans le royaume de Dieu. Cela ne peut tenir qu’un peu de temps. Si on se détourne un peu dans le caché des commandements de Dieu, de sorte que le fond du cœur est souillé, on peut réussir à faire bonne figure devant hommes, mais Dieu sait faire remonter à la surface les choses cachées, par différentes épreuves. Il ne sert alors à rien de s’excuser. Si donc on veut garder sa vocation et son élection, il faut marcher devant la face de Dieu et toujours travailler à son salut avec crainte et tremblement. Par toutes les activités qu’on a, on a vite fait de rassembler un peu de poussières et de saletés. Si on n’est pas humble et qu’on ne s’en purifie pas, cela finit par se déposer au fond du cœur, et cela s’accumule, de sorte qu’au jour de l’épreuve l’eau devient trouble. C’est pourquoi, purifiez vos âmes dans l’obéissance à la vérité, en vue d’un amour fraternel sincère. En faisant ainsi, on ne risque rien ; on n’a pas besoin de craindre les épreuves, car on n’a rien à dissimuler.
Quand le roi Joas est venu vers Élisée pour lui demander de l’aide contre les Syriens, le prophète lui a demandé de prendre les flèches et de frapper contre terre. Le roi frappa trois fois et s’arrêta. Le prophète fut alors rempli d’indignation contre lui et dit : Il fallait frapper cinq ou six fois ; alors tu aurais battu les Syriens jusqu’à les exterminer ; maintenant tu ne les battras que trois fois. 2 Ro. 13, 14–19.
C’était une curieuse mise à l’épreuve, et Joas a sûrement pensé plus tard : si j’avais su, j’aurais sûrement frappé bien plus, et même jusqu’à douze fois. Mais il ne le savait pas, et ce qui était caché en lui a été révélé. Il était trop mou et indifférent, et il n’était pas disposé à combattre les Syriens jusqu’à les exterminer.
Pendant que Moïse était sur la montagne et recevait les dix commandements, Aaron a laissé la bride sur le cou du peuple, et ils ont dansé autour du veau d’or. Quand Moïse est descendu de la montagne et a vu le peuple qui était dans le désordre, il se tint à la porte du camp et dit : À moi ceux qui sont pour l’Éternel ! Et tous les fils de Lévi s’assemblèrent autour de lui. Et Moïse leur dit : Consacrez-vous aujourd’hui à l’Éternel, chacun même au prix de son fils ou de son frère, afin qu’il vous accorde aujourd’hui une bénédiction. Ex. 32, 26–29.
Les fils de Lévi avaient été élus pour être sacrificateurs, mais ils ont ici été mis à l’épreuve, et ils en sont sortis victorieux. On peut se demander : pourquoi une des autres tribus ne s’est-elle pas rassemblée autour de Moïse ? Ils avaient dansé autour du veau d’or, et cela leur avait enlevé l’assurance de pouvoir le faire. Le jour où les autres étaient dans la crainte, et tremblaient à cause de la colère de l’Éternel, a été le jour où les fils de Lévi ont été consacrés comme sacrificateurs, un jour où l’Éternel leur a accordé sa bénédiction. De. 33, 8–11.
Nous voyons à nouveau comment Dieu sait exposer à la lumière les choses cachées. Les fils de Lévi ont affermi leur vocation et leur élection.
Nous aussi sommes appelés à être rois et sacrificateurs. 1 Pi. 2, 9. Ap. 20, 6. Et comme les fils de Lévi, nous aussi parvenons à notre jour de consécration. Jésus dit : «Personne ne peut être mon disciple s’il ne hait pas son père et sa mère, sa sœur et son frère, sa femme et ses enfants, et même sa propre vie.» Les fils de Lévi devaient agir exactement de cette manière au jour de leur consécration. Lorsque nous commençons à suivre Christ, et que nous vivons la vérité, sans prendre d’égards pour la chair, nous sentons que le chemin devient étroit. La parenté, les amis et les connaissances viennent alors nous voir avec leur compassion, comme Pierre est venu vers Jésus, mais il a reçu en réponse : «Arrière de moi, Satan !» Ils t’entourent, et différentes choses s’accumulent autour de toi. Tu comprends qu’un jour décisif s’approche. Tu te sens comme de la dynamite bien tassée dans un trou de mine. Puis vient le jour de ta consécration ; la mèche a brûlé jusqu’au bout et l’explosion se produit. Ce jour-là, le mot «épargner» n’existe pas pour toi. Cela te coûte ta parenté et tes amis, mais après tu es libre. Tu peux servir Dieu sans entraves et sans égards humains. Tu as affermi ta vocation et ton élection. C’est cette épreuve décisive au début de ta vie qui fait de toi un parfait disciple.
Ce jour-là, l’immense majorité des gens sont infidèles. Quand ils commencent à se sentir à l’étroit, ils font des concessions ici et là, et, à grand renfort de négociations, ils se sortent de l’étau dans lequel ils ont l’impression d’être pris. Ils conservent la communion avec leur parenté et leurs amis, mais sont rejetés en tant que disciples de Jésus — en tant que rois et sacrificateurs.
Mais même si tu as tenu bon au jour de ton épreuve de consécration, Dieu continue à t’envoyer des jours de mise à l’épreuve. Ils ne sont peut-être pas sérieux au point de mettre en jeu ta vocation et ton élection, mais si tu n’es pas fidèle, ton chandelier est déplacé. A chaque mise à l’épreuve qui se solde par un échec, tu t’enfonces, et si tu as beaucoup de défaites de cette sorte, tu peux perdre ta vocation et ton élection. Tu passes alors pour être vivant, car les hommes ont une vision limitée des choses, mais Dieu, qui juge ce qui est caché chez les hommes, sait que tu es mort.