Les fils de Tseruja

août 1938

Les fils de Tseruja

« Alors Abischaï, fils de Tseruja, dit au roi : Pourquoi ce chien mort maudit-il le roi mon seigneur ? Laisse-moi, je te prie, aller lui couper la tête. Mais le roi dit : Qu’ai-je affaire avec vous, fils de Tseruja ? S’il maudit, c’est que l’Éternel lui a dit : Maudis David ! Qui donc lui dira : Pourquoi agis-tu ainsi ? Et David dit à Abischaï et à tous ses serviteurs : Voici, mon fils, qui est sorti de mes entrailles, en veut à ma vie ; à plus forte raison ce Benjaminite ! Laissez-le, et qu’il maudisse, car l’Éternel le lui a dit. Peut-être l’Éternel regardera-t-il mon affliction, et me fera-t-il du bien en retour des malédictions d’aujourd’hui. » 2 Sa. 16, 9–12.

Les fils de Tseruja étaient Joab, Abischaï et Asaël. Tous trois étaient des hommes puissants qui combattaient pour David. Joab était le chef de son armée. Ces hommes prenaient tout particulièrement soin de David, et étaient zélés pour tirer vengeance de ses ennemis. Mais David ne pouvait pourtant pas se fier à eux. Il devait sans cesse rester vigilant à leur égard et les maintenir à leur juste place. Bien que leur cœur ait brûlé pour David, ils étaient souvent pour lui une cause de scandale et de beaucoup de chagrin. 2 Sa. 19, 22.

Abischaï a entendu Schimeï maudire David. Il ne pouvait pas supporter cela. Il voulait qu’on le tue, mais David l’a empêché et dit : « Qu’ai-je affaire avec vous, fils de Tseruja ? » Les fils de Tseruja ne comprenaient pas dans cette circonstance à quel point David était consacré à Dieu et plaçait sa confiance en Lui. C’est son entendement humble qui se manifeste à cette occasion. Il ne trouvait pas étrange que Schimeï le maudisse. Et pourtant, son propre fils en voulait à sa vie. David a donc remis la vengeance entre les mains de Dieu. Il avait appris à se confier en Dieu. La confiance qu’il avait en lui-même avait été brisée, c’est pourquoi Dieu pouvait aussi avoir confiance en lui. C’était un homme selon le cœur de Dieu.

Les fils de Tseruja étaient tout le contraire. Ils étaient empreints de confiance en leur propre bras et de force de caractère pour prendre eux-mêmes les choses en main. À cause de cela, David ne pouvait pas avoir confiance en eux, bien qu’ils soient zélés pour lui. Ils ne comprenaient rien à la manière dont Dieu conduit les choses et à Sa miséricorde, mais ils agissaient selon ce qu’ils trouvaient juste sur le moment.

Ces fils de Tseruja avaient beaucoup de pouvoir au milieu du peuple. David ne pouvait donc pas les corriger ou les remettre à leur place, comme il aurait souhaité le faire. Après que Joab eut tué Abner par trahison, David a dû se contenter de dire : « Je suis encore faible, quoique j’aie reçu l’onction royale ; et ces gens, les fils de Tseruja, sont trop puissants pour moi. Que l’Éternel rende selon sa méchanceté à celui qui fait le mal ! » 2 Sa. 3, 39. Une fois de plus, il a laissé à Dieu le soin de juger dans cette affaire.

Nous pouvons aussi rencontrer de tels fils de Tseruja de nos jours. Ils sont zélés pour Dieu et pour la justice. Ils sont même tellement zélés pour la justice qu’ils en oublient la miséricorde. Pour eux, la miséricorde représente quelque chose de faible et de lâche. De tels fils de Tseruja obtiennent souvent beaucoup de pouvoir, car ceux qui sont charnels admirent de tels caractères énergiques et une telle autorité. Mais pour les hommes spirituels, de tels fils de Tseruja sont souvent une cause de beaucoup de chagrin et d’ennuis. Leur force d’action se trouve en effet dans la confiance qu’ils ont en eux-mêmes, même si le peuple a l’impression qu’elle se trouve dans leur foi. C’est pourquoi il est difficile de les remettre à leur place. Il est nécessaire ici d’avoir des sens spirituels, pour être capable de juger des motivations.

Les fils de Tseruja savaient se servir de l’épée. Ils étaient donc une grande bénédiction quand il s’agissait de combattre les ennemis d’Israël. Ils étaient capables de battre les Philistins, mais quand il s’agissait des affaires intérieures du pays, ils se trompaient, et ils brandissaient leur épée avec fraude contre des hommes meilleurs qu’eux-mêmes. 2 Sa. 20, 10.

Ils cherchaient à conserver leur position et leur honneur en Israël. Pour garder cette position, ils se livraient à la fraude au nom de la justice. 1 Ro. 1, 5–7. Les choses ont donc mal tourné pour eux. Joab a été tué par Salomon auprès des cornes de l’autel.

De la même manière, les « fils de Tseruja » ont aussi de nos jours une grande habileté à manier l’épée. Quand il s’agit des Philistins, les ennemis de Dieu, contre lesquels il s’agit de ne pas faire de quartier, mais de frapper par interdit tout ce qui respire, ces fils de Tseruja apportent une grande bénédiction. Par cela, ils gagnent aussi une bonne réputation dans l’Assemblée. Mais quand il s’agit du service dans l’Assemblée, ces « fils de Tseruja » sont des incapables. Cependant, ils sont tout aussi remplis d’assurance vers l’intérieur que vers l’extérieur ; il faut donc toujours rester vigilant à leur égard.

Dans l’Assemblée, la grâce et la miséricorde doivent régner avec la justice. Pour exercer ce ministère, on a besoin de recevoir des révélations de l’Esprit. Pour les recevoir, notre confiance en nous-mêmes doit être brisée. Pour devenir des serviteurs miséricordieux et fidèles, notre esprit humain fort doit être brisé. On ne doit pas se considérer comme étant plus grand que ce qu’on est réellement. On doit, comme David, supporter qu’un Schimeï nous maudisse sans se venger. On ne doit pas rechercher son propre honneur, mais celui de Dieu, et le bien des âmes.

Les « fils de Tseruja » ne remplissent pas ses conditions, c’est pourquoi les choses finissent par mal tourner pour eux. Mais la maison de David reste fermement établie.