L’hypocrisie
«Jésus se mit à dire à ses disciples : Avant tout, gardez-vous du levain des pharisiens, qui est l’hypocrisie.» Lu. 12, 1.
L’hypocrisie est une forme de mensonge. On cherche à afficher quelque chose qu’on n’a pas, à être quelque chose qu’on n’est pas. C’est une tromperie, vis-à-vis des autres ou de soi-même. D’après ce que dit Jésus, c’est un levain qui, si on ne l’ôte pas, fait lever toute la pâte, c’est-à-dire que toute la vie devient une immense hypocrisie, un grand mensonge. Nous comprenons par ces paroles de Jésus que ce péché était dangereux et mortel pour les disciples, et qu’ils devaient être particulièrement vigilants sur ce point. Il y a partout, dans tous les camps religieux, un grand nombre d’authentiques pharisiens. Leur tâche primordiale est de faire en sorte que les autres croient et parlent bien d’eux. Ils sont imprégnés d’hypocrisie et remplis de fraude. Ils haïssent la vérité et le châtiment, et sont loin, très loin, de mener une vie de disciple. Ce n’est pas à de telles personnes que Jésus s’adresse, mais aux disciples, et ce sont aussi les disciples et ceux qui veulent le devenir qui nous intéressent ; c’est pourquoi l’exhortation est tellement à propos, car l’hypocrisie est un ennemi très sournois de la vraie vie de Christ.
D’après notre nature, nous avons tous en nous un désir maladif d’être quelque chose, de préférence quelque chose d’important, et comme ceux qui sont vraiment quelque chose, spirituellement parlant, sont en réalité très peu nombreux, l’hypocrisie est un péché très commun, conscient ou inconscient, beaucoup plus commun qu’on ne le pense. On ne sait pas vraiment ce qu’on fait. Mais on veut être aussi bon que l’autre, on veut se faire valoir, et on fait semblant d’être tel qu’on sait qu’on devrait être. C’est là un poison de Satan, qui dérange et détruit la personne elle-même et les autres, et qui est d’autant plus stupide que tout ce qui est caché sera révélé (Lu. 12, 2). Quelle est donc la raison de cette œuvre de destruction ? Nous pouvons trouver deux raisons :
1. Ce qui est le plus habituel, c’est qu’on n’est pas obéissant à la vérité, bien qu’on l’ait entendue et qu’on l’ait acceptée. On reconnaît que la parole est vraie, mais on aime sa propre vie et on ne met pas la parole en pratique, de sorte qu’on reste stérile, sans fruits (Ja. 1, 22 ; 2, 14 et 20). Mais personne ne doit le savoir. L’hypocrisie vient alors très naturellement pour cacher l’état véritable dans lequel on est, et pour compenser ce qui manque, à savoir les fruits. On fait semblant d’être plein d’amour, on fait semblant d’être joyeux et d’avoir la paix, on fait semblant d’être zélé, on fait semblant d’être humble et doux, etc. A la longue, cela devient bien sûr très fatigant et lourd ; la seule solution, c’est de commencer à aimer la vérité et à haïr sa propre vie.
2. Une autre forme d’hypocrisie, que je crois être plus rare, mais qui est tout aussi satanique, c’est qu’on reconnaît et qu’on aime la vérité, qu’on se sépare des vieilles choses et qu’on se réjouit des choses nouvelles, mais qu’on prend soi-même la direction en main. On entend et on apprend, et au lieu d’attendre et de laisser Dieu agir, on veut se frayer un chemin soi-même. Au lieu de laisser Dieu créer quelque chose, on le fabrique soi-même. On n’est pas dans le repos pour attendre l’heure de Dieu, le moment où il fera le miracle, mais on est anxieux et incrédule, et on veut forcer les choses. Cela est aussi de l’hypocrisie. De cette manière, on peut vivre sans comprendre à quel point on a une vie creuse et vide. Il s’agit donc de se tenir sur ses gardes, d’être honnête et franc, pour que la mise à l’épreuve ne se solde pas par un échec. Dans ce dernier cas, c’est en fait soi-même qu’on trompe et envers qui on est hypocrite. Cela ne crée pas non plus de vrais fruits, on ne devient pas un membre à part entière du corps de Christ, mais seulement une imitation. C’est comme des fleurs artificielles : elles ressemblent à s’y méprendre aux vraies, mais n’ont pas de vie en elles. Ce n’est que Dieu qui peut donner la vie et la victoire, ce n’est que lui qui peut créer les choses nouvelles. Le fait de reconnaître cela met fin à l’hypocrisie, de sorte qu’on peut vivre à la gloire de Dieu en Jésus-Christ, et lui donner toute la gloire. Cette forme d’hypocrisie est la plus cachée, et donc la plus difficile à faire mourir. Une telle vie ressemble à l’offrande de Caïn. Dieu ne peut pas porter un regard favorable sur ce qui ne lui est pas agréable. Il faut ici être humble et aimer la vérité, pour s’humilier et reconnaître la vérité quand Dieu la révèle, pour que la vérité nous affranchisse. Nous sommes exhortés à avoir la vérité pour ceinture (Ep. 6, 14). Cela donne la paix et le repos d’être vrai dans toutes les circonstances de la vie. Ne fais pas d’efforts pour que quelqu’un ait une meilleure opinion de toi que ce que tu es. Aime la vérité ! Nous sommes exhortés dans 1 Pi. 2, 1 à rejeter toute hypocrisie, sans rien laisser.
Je veux aussi rappeler Pr. 26, 12 : «Si tu vois un homme qui est sage à ses propres yeux, il y a plus d’espérance pour un insensé que pour lui.» Cela se rapporte à un parent très proche de l’hypocrisie, qui mène à l’hypocrisie, à savoir le fait d’être imbu de soi-même et sage à ses propres yeux. Quand on reconnaît la vérité qu’«en moi, c’est-à-dire dans ma chair, n’habite rien de bon», on comprend quelle tromperie c’est d’être quelque chose à ses propres yeux. Ce que nous sommes et ce que nous pouvons devenir, nous ne le sommes que par la foi, et tout sujet de se glorifier est exclu par la loi de la foi. Ro. 3, 27. «La sagesse de l’homme prudent, c’est de comprendre sa voie ; la stupidité des insensés, c’est la ruse.» Pr. 14, 8. Dieu ne porte les regards sur aucun sage (Jb. 37, 24). Nous voyons que ce levain exclut radicalement la vie divine et rend impossible le travail de Dieu avec la personne en question. Prends donc l’exhortation de Jésus à cœur, et que chacun se tienne en garde contre le levain de l’hypocrisie !