Eduquer ses enfants et prendre soin d’eux :
tout autre chose que les punir et les maltraiter
Il y a eu des fluctuations, au fil des siècles, dans la façon dont la société et les pouvoirs publics ont conçu l’éducation des enfants. Au sein des diverses communautés religieuses elles-mêmes, les opinions ont varié dans ce domaine. Des différences sont apparues d’un pays à l’autre, et, à l’intérieur d’un seul et même pays, d’un milieu culturel à l’autre. Un exemple peut servir d’illustration : en Norvège, une loi interdisant les châtiments corporels des enfants a été votée dès 1987, alors qu’en Hollande, pas plus tard qu’en 2002, un projet de loi invitant les parents à s’abstenir de toute forme de violence corporelle ou morale dans l’éducation de leurs enfants a été soumis au parlement, mais n’a pas pu être adopté. Cela signifie que le châtiment corporel n’est pas interdit aux Pays-Bas, si ce genre de mesure peut être considérée comme un « moyen pédagogique dans l’éducation des enfants ». La France, par exemple, fait partie des pays européens qui ne semblent pas avoir l’intention d’instaurer une loi de ce type dans un avenir proche.
Pendant la période de leur vie où ils doivent éduquer des enfants, tous ceux qui ont cette charge sont influencés par la conception généralement répandue dans le pays où ils habitent et l’époque à laquelle ils vivent. Dans le domaine de l’éducation des enfants, il y a des « querelles d’experts », et on entend les avis les plus divergents, depuis un extrême qui consiste à recommander une éducation entièrement libre sans aucune contrainte, jusqu’à l’autre extrême où l’on fixe des limites strictes, presque impossible à respecter, et où l’on punit l’enfant d’une façon ou d’une autre parce qu’il n’a pas su rester à l’intérieur de ces limites.
L’Assemblée Chrétienne (Den Kristelige Menighet ou DKM, en norvégien) qu’on appelle aussi les « Amis de Smith », a commencé avec la conversion de Johan Oscar Smith en 1898. Il a servi dans la Marine norvégienne pendant 40 ans. Lui et sa femme Pauline ont eu 6 enfants, dont l’un était fortement handicapé. Son plus jeune fils, Helge Anker Smith, né en 1918, est toujours en vie.
Si l’on examine le journal Skjulte Skatter (Trésors cachés), qui est la principale publication de l’Assemblée Chrétienne depuis 1912, ainsi que les lettres de Johan Oscar Smith qui ont été imprimées, on constate qu’il a écrit au total 1134 articles et lettres. Le mot « châtiment » n’apparaît que 50 fois dans tous ces articles et ces lettres. Dans 15 d’entre eux, on trouve le mot « punition ». Quant au mot « éducation des enfants », il n’est mentionné dans aucun de ses écrits. Le mot « verge » (c’est le même mot que « martinet » en norvégien) est utilisé dans 5 de ses articles et lettres, mais jamais en rapport avec les enfants ou l’éducation des enfants. Il a utilisé ces différents mots en rapport avec le châtiment que Dieu nous donne par sa Parole.
L’image que ses enfants donnent de leur enfance et de leur jeunesse montre qu’ils ont grandi dans un foyer où ils se sentaient en sécurité et où on prenait soin d’eux avec amour. Ils ont été guidés par l’exhortation et par la sollicitude qu’on leur a manifestée. C’est cela qui caractérise l’enseignement de Johan Oscar Smith, et c’est aussi le contenu du message dont son fils Aksel J. Smith était lui-même porteur et qu’il a transmis dans l’Assemblée Chrétienne pendant plus de 60 ans.
Le mot « éducation des enfants » est utilisé dans 18 articles dans Skjulte Skatter. Nous choisissons parmi ceux-ci un extrait du compte rendu de la conférence de Pâques de 1971. C’est Aksel J. Smith qui a écrit ces lignes :
Si nous devons exhorter, il faut le faire en toute bonté. Si nous avons fait des erreurs dans l’éducation de nos enfants ou dans un autre domaine, il est bon de s’en rendre compte pendant que c’est encore le temps de la grâce, comme cela, nous pouvons devenir doux et bons. L’éducation des enfants de l’époque moderne veut enlever le châtiment et l’exhortation. On estime que c’est en grandissant sans aucune contrainte qu’ils deviendront des personnalités. C’est une aussi grande folie que de croire qu’on peut récolter de grandes et belles carottes sans désherber et sans arroser. La folie du monde est grande dans tous les domaines et elle est à son comble chez ceux qui croient être sages.
Dans l’assemblée, nous grandissons avec le châtiment et l’exhortation, et c’est une vraie consolation. Nous sommes ainsi transformés de gloire en gloire.
Dans l’éducation des enfants, il est extrêmement important qu’il y ait une bonne relation entre la mère et le père. Il faut que les enfants grandissent au soleil de l’amour. Il est écrit que certains plantent, d’autres arrosent, mais que c’est Dieu qui fait croître. Quand les enfants reviennent de l’école du dimanche, par exemple, et que la parole de Dieu a été plantée en eux, est-ce que nous sommes ensuite comme un vent sec, ou arrosons-nous ce qui a été planté ? Gardons et arrosons les bons germes et désherbons le reste.
On peut continuer à chercher des mots « provocateurs » en rapport avec le châtiment, la verge et l’éducation des enfants parmi les quelques 9500 articles ou lettres qui ont été écrits dans Skjulte Skatter ou dans la littérature publiée par les éditions Skjulte Skatter depuis le début en 1912, mais on est étonné de voir que ce genre de mots n’apparaît que dans un nombre réduit d’articles.
En revanche, le mot « bon » est utilisé dans plus de 1850 articles, le mot « aimer » dans plus de 960, et le mot « joie » dans plus de 2100 articles.
Nous voyons par là que le message de l’Assemblée chrétienne n’a pas insisté particulièrement sur l’éducation des enfants. Le travail qui se fait oralement et par écrit, dans l’Assemblée chrétienne, vise en tout premier lieu à apprendre à celui qui écoute ou celui qui lit à aimer son conjoint et ses enfants, comme Paul nous y exhorte.
Lorsque la loi interdisant les punitions corporelles a été introduite en Norvège en 1987, Sigurd Bratlie – qui a été l’un des principaux responsables de l’Assemblée chrétienne pendant toute sa vie – a dit à peu près la chose suivante : C’est une bonne loi pour les enfants, car la plupart des adultes punissent leurs enfants parce qu’ils sont en colère, et c’est pour cela qu’ils les frappent. Ils ne contrôlent pas eux-mêmes leur propre irritation et leur colère. Une loi comme celle-là épargnera beaucoup de souffrances aux enfants. Elle évitera aussi à beaucoup d’adultes de céder à la colère et à l’irritation et de faire subir de sérieux dommages à leurs propres enfants et à ceux des autres.
Nous-mêmes, nous n’avons jamais entendu Sigurd Bratlie parler de punition corporelle par rapport au fait de châtier ou d’éduquer les enfants. Dans l’article qu’il a écrit en 1969, Nous et nos enfants, il donne au contraire les indications suivantes à ceux qui veulent éduquer leurs enfants d’une manière bonne et bénie : Quand un enfant naît dans une famille, c’est un rayon de soleil qui vient du ciel. Tu le sens nettement quand il se met à sourire. Quand l’enfant te sourit, tu sens que cela réchauffe. Il n’y a pas de lutte contre le mal dans ce sourire, c’est le repos et la paix. Et pourtant, l’enfant a hérité de la nature mauvaise de ses parents. La lutte ne tarde pas à commencer. Il faut alors combattre le bon combat de la foi, de façon que le froid ne l’emporte pas sur la chaleur, et que le sourire que tu adresses à l’enfant ne disparaisse pas. Car dans ce cas-là, l’enfant cesserait de te rendre ton sourire, ce sourire dont tu as gardé un bon souvenir parce qu’il réchauffait ton cœur, et l’enfant serait effarouché. S’il en est ainsi, c’est que tu n’as pas compris comment combattre le bon combat de la foi.
L’Assemblée Chrétienne a toujours été ancrée dans le travail qui consiste à donner aux enfants, aux jeunes et aux adultes une qualité de vie bonne et bénie et un sentiment de sécurité. Mais, comme dans beaucoup d’autres associations, groupements, églises et communautés religieuses, il y a des gens qui ne s’intéressent pas à vivre ce qu’ils enseignent. C’est pourquoi, parmi nous aussi, dans l’Assemblée Chrétienne, il y a eu malheureusement des gens qui n’ont pas voulu ni souhaité se conformer au message principal qui a été écrit et annoncé tout au long du siècle précédent. Certains d’entre eux ont même rédigé – et essayé de faire publier par les éditions Skjulte Skatter – des traités et des écrits qui sont en contradiction directe avec ce que Johan Oscar Smith et ses collaborateurs ont annoncé. Au fil des années, plusieurs d’entre eux se sont vexés et ont quitté notre assemblée, quand ils ont vu que leurs théories et leurs points de vue n’étaient pas acceptés.
En particulier au début des années 90, un bon nombre de ces personnes voulaient entraîner l’assemblée dans une autre direction que celle qui avait été donnée par ceux qui en avaient eu la responsabilité jusque-là et par nous à qui cette responsabilité avait été confiée. Certaines de ces personnes ont fait parler d’elles dans les médias en Norvège et à l’étranger, et on a beaucoup entendu parler de « division parmi les Amis de Smith ». Le temps a montré autre chose. L’assemblée n’a sans doute jamais connu une croissance et un développement comparables à ce que nous avons vu ces dix à quinze dernières années. Mais ce qu’il est intéressant de voir, c’est que les discours, la prédication, les lettres et les écrits de certaines de ces personnes ont justement servi de support à une compréhension de la vie et de l’éducation des enfants étriquée, sans largeur de vues, une compréhension de la vie tout à fait différente de celle qu’avaient les dirigeants de l’époque et qu’ont ceux qui dirigent maintenant. Avec le recul du temps, nous comprenons plus clairement pourquoi quelques-uns nous ont quittés il y a quelques années : le message de la bonté, de la sollicitude, de la chaleur, de l’amour et de la douceur n’était pas la chose essentielle dans leur vie et leur prédication. Il arrive malheureusement de temps à autre que les médias, en Norvège et en Europe centrale, se servent de ce que certaines de ces personnes ont dit comme si c’était une référence quant à ce que l’assemblée enseigne au sujet de l’éducation des enfants. A cet égard, nous sommes plus contents que jamais que de telles personnes aient choisi librement de quitter l’Assemblée Chrétienne. Leur doctrine, leurs pensées et leur prédication, oralement et par écrit, n’étaient en aucune manière compatibles avec ce que l’Assemblée Chrétienne a enseigné depuis le début du XXe siècle et enseigne à notre époque moderne.
Nous qui avons aujourd’hui la responsabilité de l’Assemblée chrétienne, nous continuons à construire sur l’enseignement que Johan O. Smith a donné. Cela figure d’ailleurs dans nos statuts. De très bonne heure, il a eu une vision claire et sans préjugés à l’égard de l’émancipation de la femme, la place de la femme dans l’assemblée, l’éducation des enfants et en particulier le jeu, le sport et les activités qu’on peut organiser avec les enfants et les jeunes. Les enfants et les jeunes qui sont dans notre assemblée aujourd’hui sont au bénéfice de cet héritage, comme le prouve le fait que l’immense majorité de ceux qui fréquentent nos réunions et nos conférences en Norvège et à l’étranger sont précisément des enfants et des jeunes.
Paul exhorte chacun à veiller à la façon dont il construit sur le fondement. 1 Co. 3, 10. Aux versets 16 et 17, il souligne que l’homme est le temple de Dieu et qu’il ne faut pas que ce temple soit détruit. Si l’on abuse d’un enfant ou qu’on le maltraite, physiquement ou psychologiquement, on détruit le temple de Dieu, ou la propriété de Dieu. Car Jésus lui-même a dit que c’est aux enfants qu’appartient le royaume des cieux. C’est pourquoi nous travaillons activement dans l’Assemblée Chrétienne – où que ce soit dans le monde et quelles que soient les cultures ou les origines sociales – pour que les enfants et les jeunes vivent dans une bonne atmosphère, entourés de chaleur et dans un sentiment de sécurité, en même temps qu’ils apprennent à faire de bonnes œuvres et qu’ils deviennent ainsi de bons citoyens utiles à la société. L’Assemblée Chrétienne – qu’on appelle les « Amis de Smith » – et nos dirigeants n’ont jamais eu d’autre but dans leur travail.
Si des actes condamnables et criminels sont commis – par exemple vol, vandalisme, meurtre, pédophilie, inceste, violence et maltraitance – les dirigeants de l’Assemblée Chrétienne considèrent qu’il est juste et nécessaire de laisser les pouvoirs publics, la police et la justice, s’occuper de ces cas. Les dirigeants de l’Assemblée chrétienne ont confiance dans le professionnalisme dont font preuve les pouvoirs publics dans le traitement de ces affaires, et il va de soi qu’ils respectent leurs décisions. Ce sont avant tout les intérêts de la victime qui comptent pour les dirigeants de l’Assemblée Chrétienne. Si les pouvoirs publics souhaitent collaborer avec celle-ci dans le cadre d’affaires auxquelles certains de ses membres seraient mêlés, il sera naturel pour la direction de l’Assemblée Chrétienne de prêter son concours de façon professionnelle.
D’ailleurs, depuis 1996, l’Assemblée Chrétienne a constitué une équipe qui a les compétences spécifiques requises pour s’occuper de diverses formes de conflits familiaux et donner des conseils en rapport avec diverses questions touchant à la santé mentale. Nous respectons ainsi une résolution des Nations-Unies (WHA 50.19) qui fait mention d’un plan triennal concernant la violence et la santé voté par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en mai 1997. Cette équipe de l’Assemblée chrétienne a organisé des sessions d’information, des cours et des séminaires sur le développement naturel de l’enfant depuis sa naissance jusqu’à l’adolescence, diverses formes de violence et de maltraitance et sur la santé mentale dans plus de 80 assemblées dans 17 pays.
Le but de l’Assemblée Chrétienne est de poursuivre avec sagesse la construction de l’œuvre de Dieu à notre époque, face aux défis que renferment de nos jours les médias, la télévision, les ordinateurs, l’Internet, et toutes les autres influences, bonnes et mauvaises. Nous ne pourrons jamais enseigner ces choses à nos enfants en les frappant parce que nous sommes en colère ou irrités, ou en leur faisant du mal d’une façon ou d’une autre. Jésus a enseigné à choisir entre le bien et le mal. C’est aussi notre mission d’enseigner cela à nos enfants à notre époque !
Pour plus d’informations, cf. www.brunstad.org