La tour de garde, le pressoir et les vignerons

septembre 1935

La tour de garde, le pressoir et les vignerons

Écoutez une autre parabole. Il y avait un homme, maître de maison, qui planta une vigne. Il l’entoura d’une haie, y creusa un pressoir, et bâtit une tour ; puis il l’afferma à des vignerons, et quitta le pays. Mt. 21, 33.

Nous voyons ici la manière selon laquelle Dieu établit sa vigne. La vigne, c’était la maison d’Israël. Il a entouré ce peuple d’une haie de lois saintes et de directives qui devaient les protéger des païens impies. À l’intérieur de ce mur, il fallait cultiver la vigne pour qu’elle porte du fruit pour son maître.

Puis il y a creusé un pressoir. Il fallait apporter les fruits dans ce pressoir, pour qu’ils y soient écrasés et transformés en vin que l’on puisse conserver pendant des années, pour obtenir à la fin un vin vieux et clarifié.

Puis il a bâti une tour dans la vigne. Du haut de cette tour, on pouvait surveiller toute la vigne et veiller à ce qu’elle prospère. Une fois que tout cela avait été fait, il l’a affermée à des vignerons et a quitté le pays.

Lorsque le temps de la récolte fut arrivé, il envoya ses serviteurs vers les vignerons, pour recevoir le produit de sa vigne. Les vignerons, s’étant saisis de ses serviteurs, battirent l’un, tuèrent l’autre, et lapidèrent le troisième.

Il envoya encore d’autres serviteurs, en plus grand nombre que les premiers ; et les vignerons les traitèrent de la même manière.

Enfin, il envoya vers eux son fils, en disant : Ils auront du respect pour mon fils.

Mais, quand les vignerons virent le fils, ils dirent entre eux : Voici l’héritier ; venez, tuons-le, et emparons-nous de son héritage. Et ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne, et le tuèrent.

C’est ainsi qu’a agi le peuple de l’ancienne alliance. Ils ont lapidé les serviteurs de l’Éternel qui étaient envoyés pour voir s’il y avait du fruit. Et quand le Fils est venu, ils l’ont tué.

Voilà l’entendement de l’homme. Mais est-il devenu meilleur dans la nouvelle alliance ? Les gens de l’ancienne alliance ont jeté le fils hors de la vigne. Dans la nouvelle alliance, on a certes inscrit son nom sur une grande pierre tombale à l’intérieur de la vigne ; mais on a jeté sa personne dehors. C’est pourquoi il est dit : Sortons donc pour aller à lui, hors du camp, en portant son opprobre. Hé. 13, 13.

De nos jours aussi, le maître envoie ses serviteurs dans la vigne pour réclamer du fruit aux vignerons : l’amour, la joie, la paix, la patience, la douceur, la bonté, la fidélité, la bienveillance, la tempérance. Mais spirituellement parlant, les vignerons actuels agissent de la même manière qu’avant : Ils battent l’un, lapident l’autre, et tuent le troisième. Qu’est-ce que cela signifie ? Ils médisent des serviteurs du Seigneur, les accusent de propager des fausses doctrines, de prôner l’esclavage, etc. et puis ils les jettent hors de leur secte, de leur assemblée. Et ils agissent ainsi pour que s’accomplisse la parole du Seigneur : Ils vous excluront des synagogues ; et même l’heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu. Jn. 16, 2.

Partout où on n’a pas crucifié la chair avec ses passions et ses désirs, celle-ci se manifestera comme elle l’a fait chez les vignerons de l’ancienne alliance.

On ne fait pas usage du pressoir, c’est pourquoi tu n’en entends jamais parler. Il n’y a pas de vin vieux et clarifié. Mais à l’intérieur de la vigne, les vignerons s’affairent avec des œuvres mortes et de la mendicité pour financer toutes sortes d’activités. Jésus parcourait la contrée en faisant du bien et en guérissant tous ceux qui venaient à lui. Mais maintenant, il faut de grandes et belles villas pour prier pour les malades. Les malades doivent venir à eux. Jésus enseignait ses disciples en tout endroit où ils se trouvaient ; mais de nos jours, on mendie de l’argent pour édifier des bâtiments dans les quartiers les plus centraux et les plus chers. On parvient ainsi à avoir des postes rémunérés. On mendie pour la cause ; mais en fait, la cause, c’est eux-mêmes, habituellement.

Quand donc le maître envoie ses serviteurs pour s’enquérir des fruits de l’Esprit, ils trouvent le contraire : Des partis, puisque la vigne a été divisée en un grand nombre de partis qui sont en guerre civile les uns contre les autres, de sorte que le monde ne peut absolument pas croire. Et puis ils trouvent de la jalousie, de la colère, des querelles, de l’envie, de l’impureté et de l’adultère.

Il y a donc de bonnes raisons pour que les serviteurs du Seigneur qui s’enquièrent des fruits de l’Esprit soient jetés dehors. Il ne faut pas parler d’autre chose que de péché et de grâce. Car la vigne est remplie à ras bord de péché, et il ne faut pas mentionner Christ autrement que sous le nom de « victime expiatoire ». Il ne faut pas parler de Jésus comme « le chemin ». Ce serait une doctrine dangereuse et fausse. Il ne faut pas dire un mot du fait que Jésus est « la vérité ». Car s’il fallait dire la vérité, cela mettrait en très mauvaise posture tous les chardons et les épines qui poussent dans la vigne. Jésus n’est pas non plus la vie, mais la chair, elle, vit et prospère.

On n’a pas besoin de la tour dans la vigne. S’il y avait une âme vigilante et en prière dans la tour de garde, elle recevrait rapidement un message du maître comme quoi il y a beaucoup de choses qui ne vont pas dans la vigne. Une telle âme serait considérée comme étant critique et jugeant les autres. Il faut l’expulser de la vigne !

Jésus leur dit : N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l’angle ; c’est du Seigneur que cela est venu, et c’est un prodige à nos yeux ?

Les bâtisseurs de notre époque feraient bien, eux aussi, de se demander s’ils n’ont pas rejeté la pierre angulaire et s’ils ne bâtissent pas sur le sable. Les choses iront mal pour ces malfaiteurs.

C’est pourquoi Jésus dit : Le royaume de Dieu vous sera enlevé, et sera donné à une nation qui en rendra les fruits. Mt. 21, 43.

Après avoir entendu ses paraboles, les principaux sacrificateurs et les pharisiens comprirent que c’était d’eux qu’il parlait.