Tranquilles dans Sion et insouciants sur la montagne de Samarie
«Malheur à ceux qui vivent tranquilles dans Sion, et en sécurité (insouciants, autre trad.) sur la montagne de Samarie… Vous croyez éloigné le jour du malheur… Ils reposent sur des lits d’ivoire, ils sont mollement étendus sur leurs couches ; ils mangent les agneaux du troupeau, les veaux mis à l’engrais. Ils extravaguent au son du luth, ils se croient habiles comme David sur les instruments de musique. Ils boivent le vin dans de larges coupes, ils s’oignent avec la meilleure huile, et ils ne s’attristent pas sur la ruine de Joseph. C’est pourquoi ils seront emmenés à la tête des captifs ; et les cris de joie de ces voluptueux cesseront.» Am. 6, 1–7.
Il n’est pas question ici de ceux qui sont tranquilles et sans soucis dans le monde, en Égypte, mais il est question d’Israël, des enfants de Dieu. On recherche avidement une joie insouciante.
On se réjouit d’être un enfant de Dieu, de ce que tout va bien, de profiter du soleil et de la pluie, d’avoir à boire et à manger, d’avoir une maison et des vêtements ; on va aux réunions là où l’on a envie d’aller, on a la liberté et la joie. Mais c’est souvent une joie insouciante.
Il se peut qu’un témoignage donné à une réunion ouvre les yeux de l’un ou de l’autre, de sorte qu’il se rend compte de la terrible situation dans laquelle se trouvent les pécheurs. On peut sur le coup avoir un élan de bons sentiments et prier pour un réveil — souvent, ce n’est d’ailleurs pas tant à cause du pécheur qu’on prie de cette manière, mais à cause de soi-même, parce que c’est tellement agréable quand il y a un temps de réveil ; c’est donc souvent soi-même et pas les pécheurs qu’on a à cœur — mais dès que ma prière a été prononcée, je ne me soucie plus des pécheurs. Je peux ainsi vivre semaine après semaine dans une joie insouciante, sans avoir de détresse pour les pécheurs, sauf quand j’en vois un de temps en temps plonger dans la perdition éternelle. A ces moments-là, nous nous réveillons et nous déplorons notre manque d’amour, puis nous oublions l’épisode, et recommençons à vivre dans la joie insouciante ! Nous sommes tranquilles et insouciants à l’endroit où nous nous trouvons.
Il y a peu de détresse pour les pécheurs. Qui est disposé à faire de cette détresse sa détresse, à crier au Seigneur pour qu’Il accorde son salut, à se revêtir de la grande tristesse de l’amour au sujet de ceux qui sont en route vers l’enfer ? Ne pas se contenter de couvrir sa tête d’un sac à une réunion, de temps en temps, pour montrer qu’on est triste, ou se couvrir la tête d’un peu de cendres d’humiliation au cours d’un témoignage, pour que les autres croient à un amour qu’on ne possède pas et qu’on ne pratique pas ! Mais avoir de la détresse qui engendre des cris et des prières de supplication à celui qui peut sauver. Fais-tu partie des insouciants dans Sion ?
Ou bien tu vois un frère ou une sœur malade. Cela ne t’inspire peut-être qu’une pensée agréable d’«amour». Tu prononces une petite prière à la réunion, et puis tu oublies le tout, et tu continues à vivre dans ta joie insouciante. Ou bien as-tu de l’amour pour te revêtir de l’étonnante détresse de la compassion, te jeter devant la face de Dieu dans cette détresse et combattre pour celui qui est malade, combattre jusqu’à remporter la victoire ? L’amour supporte tout — et il tient bon longtemps.
Il est question dans ce passage d’Amos de la ruine de Joseph, ce qui signifie ce qui peut être endommagé dans l’assemblée. Es-tu insouciant vis-à-vis des membres du corps de Christ, est-ce que cela te laisse indifférent s’ils vont bien ou mal ? Tu vois Satan faire un travail de sape visant à séparer les enfants de Dieu les uns des autres, ils se mettent peut-être à se disputer ; tu en vois beaucoup qui sont mous, paresseux, nonchalants et d’autres qui sont enflés d’orgueil. Tu te plains peut-être, tu es excédé à cause de cet état de fait, mais tu n’as pas de détresse. Pas de compassion, pas de cœur qui prend soin des autres, pas de détresse qui donne sa vie, pas de supplications au Seigneur, pas de souffrances, pas de combats.
Tu fais partie de ceux qui sont tranquilles et insouciants. L’Éternel s’écrie : malheur à toi ! Tu préfères être mollement étendu sur ta couche, chanter des cantiques à la gloire du Seigneur comme David, mais tu ne veux pas souffrir, lutter et combattre pour Israël comme David l’a fait, comme Jésus l’a fait, comme Paul et bien d’autres l’ont fait. Tu ne t’attristes pas sur la ruine de Joseph. Tu préfères de loin extravaguer au son du luth, dans ta joie insouciante. Tu crois éloigné le jour du malheur, tu veux jouir de ta joie, et tu ne penses pas qu’un jour vient où des comptes te seront demandés, au sujet de ceux dont tu as vu la vie mais que tu n’as pas aidés. Ta joie égoïste ne te sera alors d’aucun secours. Nous devons marcher comme Il a marché.
Quand Paul exhorte à se réjouir sans cesse, il ne s’agit pas de cette joie insouciante, car Paul lui-même éprouvait une grande tristesse et avait dans le cœur un chagrin continuel à cause de ses parents selon la chair (Ro. 9, 2–3). Au milieu de ses combats et de ses luttes pour ses frères, dans les liens et les chaînes, au milieu des dangers et des souffrances, la joie dans le Seigneur était sa force ; c’était là la consolation avec laquelle il pouvait aussi consoler les autres de la consolation qu’il avait reçue de Dieu.
«Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi de Christ.» Ga. 6, 2. Tu comprendras ce que signifie porter des fardeaux si tu abandonnes ta joie insouciante et que tu commences à servir les autres. Il est dit d’Épaphras qu’il ne cessait de combattre pour les Colossiens dans ses prières. Il ne se contentait pas de prier, mais il combattait dans ses prières pour eux. Col. 4, 12–13.
Oh ! si nous avions l’amour de Christ ! Nous sommes devenus riches par sa pauvreté. Il avait un aspect misérable pour que nous puissions resplendir de gloire. C’est ainsi que Paul a combattu, pour faire présenter à Christ une vierge pure, sans tache ni ride, qui paraisse devant lui dans la joie.
Mais Dieu dit de ceux qui sont tranquilles et insouciants : «les cris de joie de ces voluptueux (paresseux, autre trad.) cesseront.» Am. 6, 7. A ceux qui ne s’inquiètent pas de ce que l’Esprit et la Parole veulent dire, il ne reste plus que la paresse et les cris.