Horten, le 25 avril 1941
Cher frère ***
La bonne paix de Dieu.

Merci beaucoup pour ta bonne lettre et pour le zèle dont tu fais preuve. Cela m’a fait plaisir d’avoir des nouvelles de votre bonne conférence à Bergen. – Nous aurons une conférence de Pentecôte pour frères ici à Horten, et les frères de Stavanger sont cordialement les bienvenus.

Ma vocation et mon élection, c’est de vivre dans le calme. Je ne peux pas voyager avec bonne conscience ici et là et faire des réunions pour les foules. Si, par la grâce de Dieu, je peux gagner un disciple ici ou là, j’en suis reconnaissant et content. À leur tour, ils doivent être fidèles dans leur vocation. J’espère que tu comprends. Il ne faut pas déplacer le centre du cercle vers la périphérie, ni charger le bateau de telle manière que la proue ou la poupe sorte de l’eau. Il faut que le chargement soit équilibré.

Une conférence est comme une grande fête avec des feux d’artifice, mais ce sont les heures tranquilles sous la direction de l’Esprit dans les Écritures qui donnent de la moelle dans les os. C’est pourquoi, si Dieu me fait grâce et me donne la santé et une bonne occasion, je viendrai volontiers vous voir dans le calme – sans conférence – car j’ai entendu dire beaucoup de bien des amis de Stavanger. J’espère seulement que vous ne serez pas déçus par ma faiblesse, car ma vue a tellement baissé que je ne peux plus lire. Ma vue s’est détériorée rapidement il y a environ 2 mois.

À Pâques, nous avons eu de bonnes conférences à Brevik et à Drammen. Il y a aussi beaucoup à faire ici dans l’Est. Le plus difficile est de trouver des ouvriers capables. Les gens reçoivent un tas de connaissances, mais ils n’ont pas le lest correspondant. Ils hissent alors toutes les voiles, et chavirent malgré toute leur connaissance. Ils cherchent à être le plus visibles possible. Cela aussi est de la vaine gloire. Quand on se réjouit dans la lumière des autres et qu’on navigue toutes voiles dehors, on fait naufrage au jour de l’épreuve. Un jeune frère au Danemark a écrit tout un livre qu’il a envoyé pour relecture. Ce livre était tout à fait remarquable, mais je lui ai conseillé de le jeter au feu, car il avait trop peu d’expérience de la vie et de lest. Aujourd’hui j’ai reçu sa réponse ; le manuscrit avait été brûlé. Nous sommes misérables, nous les hommes.

Salue ta maison et les amis.

Salutations cordiales, ton frère,

J. O. Smith