Horten, le 6-4-1941
Cher frère, Børge Nielsen
Paix.

Merci pour ta lettre. Ma vue est devenue trop mauvaise pour que j’arrive à lire aisément – même avec des lunettes. Je ne peux donc pas répondre par écrit à tout, car tu n’es pas le seul à m’écrire.

Pour ce qui est de ton manuscrit, il était certes tout à fait correct, mais toi-même, tu risques de faire naufrage à cause de ce manuscrit.

Quand j’étais jeune et que je naviguais sur la Baltique pour transporter du bois vers la Hollande, etc., j’ai entendu que certains voiliers jetaient le lest par-dessus bord et faisaient place nette à fond de cale avant d’arriver au port. Ils naviguaient sans lest et étaient ainsi prêts à charger dès qu’ils accosteraient. Mais il arrivait qu’une tempête éclate avant qu’ils accostent. Le navire a alors chaviré, le gréement et les voiles étaient immergés alors que la quille et le gouvernail se retrouvaient hors de l’eau.

Il en va de même de la connaissance. Ce sont des voiles hissées haut. Mais si on n’a rien à fond de cale, on chavire à la première tempête venue.

Tu aimerais réformer – de préférence tout le Danemark. Tu navigues en ayant hissé les basse-voiles, les huniers, les perroquets et les voiles d’étai. Les énoncés doctrinaux sont tout à fait justes, même un bosco expérimenté doit reconnaître que le gréement est correct, mais il y a bien peu de matière dans la cale du navire.

Reste tranquille, exerce-toi à écouter celui qui parle du ciel. Jette ton manuscrit au feu et commence à bâtir avec de l’or, de l’argent et des pierres précieuses sur le fondement des apôtres et des prophètes.

Le fr. Wetlesen était prometteur, mais il a fait naufrage dans la doctrine de Manassé et Éphraïm[39]. Jonassen l’a suivi.

Je t’écris cela pour te donner un bon conseil, et tu as bien fait de rechercher plus en profondeur pour ne pas chavirer.

Tu comprends maintenant le reste. Salue les amis.

Salutations cordiales, ton frère

J. O. Smith