Horten, le 17-1-1923
Cher frère, E. Bekkevold.

Merci pour tes deux lettres. En ce qui concerne le fr. Bang, je vais dire ce que je pense de cette affaire. Il faut toujours être bon envers les pauvres, spécialement envers ceux qui sont parmi nous ; cf. 2 Co. 9, 6–15. Mais il n’est pas souhaitable d’imposer aux amis plus que ce qu’ils peuvent porter. Tout doit se faire volontairement, et non par contrainte.

Nous payons tous nos impôts à la commune. Celle-ci est de son côté un dispensateur de Dieu, qui distribue avec discernement à ceux qui sont dans le besoin. C’est une autorité établie par Dieu. Cette autorité consacre une partie de ses moyens à ceux qui sont dans le besoin. Le fr. Bang fait partie de ceux-là ; il doit donc accepter l’aide qu’il peut recevoir de ce côté-là. Les amis sont tous pauvres, et ils payent leurs impôts ; mais si quelqu’un dans l’assemblée a mauvaise conscience quant à accepter l’aide de la commune, cela charge les amis de plus d’impôts que les autres citoyens. On peut vite se retrouver avec 8 à 10 personnes alitées. Si elles devaient toutes dépendre de l’assemblée pour leur subsistance, j’ai peur que tout s’écroule. On peut avoir des scrupules inutiles. Les corbeaux ont ravitaillé Élie. Ceux qui s’occupent de l’aide sociale dans la commune ne sont-ils pas meilleurs que beaucoup de corbeaux ?

Si quelqu’un est dans le doute quant à ce genre de choses, il doit demander conseil avant de prendre une décision définitive. Du reste, c’est une affaire tellement simple que je m’étonne que l’on puisse se cabrer à cause de telles choses. J’ai reçu mon salaire de l’État pendant bientôt toute une vie, d’autres le reçoivent de la commune. Si je deviens vieux, je toucherai une retraite. Est-ce que je devrais refuser de la toucher et avoir des scrupules ?? Est-ce que je devrais plutôt commencer à extorquer de l’argent aux pauvres de l’assemblée ? Tout cela, ce ne sont que des bêtises. Le fr. Bang ne peut rien exiger de l’assemblée, que ce soit comme serviteur ou comme membre. C’est une autre chose que chacun en particulier se souvienne des pauvres, quand l’occasion s’en présente.

Salue le fr. Bang et dis-lui qu’il peut en toute bonne conscience accepter l’aide que la commune lui octroie, et que c’est beaucoup mieux que de forcer un groupe d’amis pauvres à payer un impôt supplémentaire.

Salutations cordiales de ton frère,

J. O. Smith