Nous sommes revenus de Kjøllefjord où nous avons déchargé un charbonnier anglais. Là-bas, nous avons parlé avec Pedersen et sa femme, de Dyfjord, qui sont des Læstadiens. Ils avaient envie de nous entendre. Ils auraient aimé que nous puissions venir chez eux et avoir quelques réunions parmi les Læstadiens, qui trouvent Dieu chez leur frère, comme ils disent. Dimanche, c’était une journée de travail du matin au soir. D’abord à l’Armée du Salut, puis à la Mission Libre, et pour finir chez Strømme. Beaucoup se réjouissent maintenant quand nous assistons à leurs réunions. Les soldats de l’Armée du Salut grognent un peu, mais les officiers nous invitent à prendre la parole. Le lieutenant est maintenant saisi par la vérité. Pendant que nous étions à Kjøllefjord, il a envoyé un télégramme au colonel pour présenter sa démission. L’adjudant Lindvik est lui aussi disposé à nous écouter. Les choses n’évoluent cependant pas aussi vite avec lui. Je leur rends souvent visite en privé. Le fr. Andresen s’est ressaisi, il prie et il pleure. Dimanche soir, à la Mission Libre, nous avons relevé les thèmes sur lesquels ils nous accusent. Ro. 8, 3. Mais le résultat, c’est qu’ils étaient plutôt contents, et l’esprit d’opposition s’est vite envolé. Je ne sais pas s’ils le retrouveront. Le soir, à la réunion chez Strømme, il y avait deux femmes de la Mission Libre. Elles étaient tout à fait d’accord avec nous. La sœur Døvle a aussi réussi à percer. Elle a pleuré à cause de toute la superficialité de sa vie. C’est elle, la femme un peu âgée, qui avait été injurieuse à notre égard au début. Plus tard, elle s’est entretenue avec une autre sœur jusqu’à 2 h du matin, nous a-t-on rapporté. C’était curieux dimanche soir : ils se sont divisés en partis et avaient des discussions tellement vives que l’on ne s’entendait plus. Ici à Vardø, les assemblées chrétiennes ont perdu leur force d’opposition.
Hier, nous avons expédié beaucoup d’exemplaires de Skjulte Skatte sur la côte mourmane (Russie), où vivent pas mal de Norvégiens. Hier 40 soldats russes sont arrivés ; ils revenaient du front français. Ils semblaient en bonne forme. Certains d’entre eux s’étaient enfuis des camps de prisonniers allemands.
Si la guerre s’arrête un jour, le fr. Ellefsen devrait faire une tournée dans le Finnmark. Il est zélé et persévérant. Ça a été un peu difficile pour moi ici, car j’entre dans le travail du fr. Ellefsen. Et il n’est pas exclu que plusieurs des âmes avec lesquelles le fr. Ellefsen a travaillé aient pris la fuite. Certains d’entre eux semblent cependant revenir. Le fr. Strømme est devenu zélé. Susanne Norum, madame Strømme et Magda Johansen travaillent beaucoup, à la fois aux réunions et en dehors des réunions.
Je t’envoie un rouble russe ; il valait autrefois environ 200 couronnes. Je l’ai acheté pour 40 øre. J’en ai aussi envoyé un à Kristian. Il nous reste à passer environ 1 mois ici dans le Finnmark. Depuis le début de la guerre, je n’ai pas encore passé un seul Noël à la maison. Je ne sais pas ce qu’il en sera cette année.
Salue les tiens.
Salutations cordiales de ton frère
Johan