Canonnière « Viking », Kirkenæs, le 15-10-1917
Cher frère, Aksel,

Comme tu le vois, nous sommes actuellement à Kirkenæs. Nous sommes arrivés ici dans la nuit de samedi à dimanche. Le fr. Ellefsen est allé à terre hier matin (dimanche). Il a parlé avec une sœur du nom de Lillevik, et elle devait rassembler les gens pour une réunion à 5 h de l’après-midi. Le fr. Ellefsen est venu à bord et il voulait que je vienne avec lui, mais j’étais malheureusement de garde ; je suis pourtant allé voir le commandant en second et j’ai eu quartier libre. La sœur Lillevik nous a accompagnés à la réunion. Il y avait plein de monde, nous étions réunis dans un grand salon. À en juger par leur apparence extérieure, c’étaient des gens solides, hommes et femmes. Dans la matinée, le fr. E. avait appris qu’il y avait eu pas mal de controverses au sujet de Christ manifesté en chair. Deux prédicateurs, Lied et Modal ? avaient mis en garde contre le fr. E., mais la sœur Lillevik, avec son sens spirituel, avait défendu le fr. E. et la doctrine. Elle en a amené plusieurs à se ranger de son côté. Lorsque la réunion a commencé à 5 h, un homme de Vadsø s’est levé et il a dit qu’il dirigerait car c’est une chose sérieuse d’annoncer la Parole de Dieu. Cela m’a un peu étonné, car je croyais que nous allions diriger la réunion, et en y allant, j’avais demandé à E. de commencer. Le dirigeant a dit que deux des frères présents pourraient parler. Le fr. E. s’est levé et il a apporté un message clair. Il y a eu un cantique accompagné à la guitare. Ensuite je me suis levé et j’ai parlé de Hé. 2, du verset 14 à la fin du chapitre, Ro. 8, 3, et 1 Pi. 4, 1. J’ai essayé de frapper la question litigieuse à la tête. Il faut croire que ça a réussi, car le dirigeant n’a pas tardé à dire amen de temps à autre. La réunion a été vraiment bénie et l’honneur en revient à Dieu. Après la réunion, le dirigeant a proposé que nous ayons une nouvelle réunion à 9 h du soir et que nous nous arrêtions là pour l’instant. Nous avons néanmoins poursuivi la réunion d’échanges. J’ai demandé à ceux qui pouvaient avoir des difficultés sur le cœur de bien vouloir les exposer. Nous avons continué jusqu’à 7 h 30 à parler de Christ manifesté en chair. Aucune résistance. Madame Holst, la femme de l’agent maritime de la compagnie Bergenske, était d’accord ; comme madame Lillevik, madame Olson et d’autres. Madame Olson (magasin de mode pour dames) a dit après la réunion : Vous êtes les envoyés de Christ. Nous sommes sortis pour faire passer le temps jusqu’à 9 h, mais un frère nous a invités à dîner. Le dirigeant est venu avec nous. Nous nous sommes entretenus du militarisme, etc. À 9 h, le dirigeant était épuisé ; il s’est assis dans un coin et a abandonné la direction de la réunion. L’entretien a porté sur le chapitre 8 des Romains. Pour finir, le dirigeant s’est rangé de notre côté avec zèle et quand je suis parti pour rejoindre le bateau à 11 h (je devais me lever à 3 h 45), il ne voulait pas quitter E., qui est resté jusqu’à 12 h.

Il se trouve que le fr. Madsen vend des fruits et qu’il correspond avec la sœur Lillevik, et puis Sigrid Dannell a été ici, ce qui fait qu’ils connaissaient bien nos enseignements, mais ils avaient besoin de davantage d’éclaircissements. Skjulte Skatte est arrivé chez Lillevik justement au moment où nous étions chez elle dans l’après-midi. Son mari a renié la foi et c’est un ivrogne.

Le fr. Ellefsen est terrible quand il s’agit de s’incruster partout. Il s’appelle E., c’est vrai, mais, spirituellement parlant, on pourrait bien l’appeler « la sangsue », car il ne lâche pas sa proie. Les enseignements donnés à Kirkenæs sont maintenant arrivés à Vadsø, où Sigrid D. travaille actuellement comme infirmière, et où le fr. Ellefsen a déjà été. Nous attendons maintenant le bateau postal et, une fois que le courrier sera arrivé, nous partirons pour Vardø. C’est étonnant que Dieu nous ait donné la grâce de venir ici. Ils nous ont demandé avec insistance de revenir. C’est un endroit qui a de bonnes possibilités de développement. On dit qu’il y a suffisamment de minerai dans les mines pour qu’on les exploite pendant 300 ans. Il y a ici de grandes usines. Nous aurions bien voulu aller à terre aujourd’hui pour poursuivre nos entretiens. Ceux qui étaient avec nous étaient des gens très bien. Ils avaient la réunion parfaitement en main, nous l’avons compris tout de suite. Le fr. Madsen voyage et entretient une correspondance. Nous avions à peine quitté Vardø que le fr. Strømme avait reçu une lettre de lui, et lorsque nous avons franchi la porte chez Lillevik, elle venait d’ouvrir une lettre de lui. Madsen a eu un peu maille à partir avec le fr. E. à Bergen. Mais il a écrit à Strømme et il a reconnu qu’il avait fait erreur et qu’il voulait écrire à E. à ce sujet.

Nous avons bien compris à la réunion que les deux prédicateurs n’avaient rien pu faire. Les 4 femmes les plus influentes avaient défendu le fr. E. L’une d’elles a dit au prédicateur qu’elle avait parlé pendant une demi-heure avec le fr. E., mais que pendant ce court laps de temps, il lui avait dit des choses et résolu des difficultés dont aucun prédicateur n’avait jamais pu venir à bout de toute sa vie. C’était Mme Olson. Après cela, ils n’ont pas pu faire autrement que de baisser le ton.

C’est étonnant de voir comment Dieu bénit partout. Il y aurait beaucoup à faire ici, à Kirkenæs. Si seulement nous pouvions les mettre en relation avec Vardø. Il leur faudrait quelqu’un pour diriger. Kirkenæs est un bel endroit, avec des petits bois de bouleaux ici et là. La fille de Heidenstrøm à Bodø est photographe ici. Elle a joué de la guitare hier. Je me souviens de son père, du temps où il était dans la vieille ville. Il naviguait comme officier de quart.

À la dernière réunion, hier, il y avait 4 hommes + nous deux. Trois d’entre eux étaient assez jeunes. Ellefsen a toute une histoire à raconter sur chacun, ici, dans le grand Nord. Je n’aurais jamais imaginé qu’il avait de tels tentacules, mais c’est la Parole qui donne du pouvoir.

Voilà, comme cela tu as reçu des nouvelles de notre courte visite à Kirkenæs. Salue chez toi et salue les amis.

Cordiales salutations de ton frère

Johan

Le 15-10 dans l’après-midi. Merci pour ta très bonne lettre et pour la lettre de Helga qui vient d’arriver. Je te remercie aussi cordialement pour le paquet que vous avez envoyé et que le facteur est en train d’aller chercher à terre. C’était intéressant de voir la photo des jeunes. Quant à l’achat de l’immeuble, je ne suis pas homme d’affaires, tu sais. Je peux te dire que le lieutenant de l’Armée du salut à Vardø est sur le point de tout quitter. Lui, le fr. E. et moi étions seuls dans le logement de l’officier l’autre jour. Il nous a demandé de prier pour qu’il reçoive l’Esprit de Dieu. Nous avons beaucoup prié ensemble et nous sommes entretenus de beaucoup de sujets. Il a une pleine confiance et il est prêt à faire la volonté de Dieu sur quelque point que ce soit, a-t-il dit. Depuis que le docteur m’a dit ce qui produit un effet sur la respiration, j’ai été mieux, car je peux la contrôler dans une certaine mesure. Il n’est pas bon de trop cogiter ; j’y ai été trop fort en me livrant intensément à la réflexion sur beaucoup de choses. Dans certains domaines, il m’a même été impossible d’entrevoir une issue, mais j’ai découvert à cet égard ces derniers temps que Dieu est intervenu dans les circonstances par des « œuvres puissantes ». Je ne l’ai pas compris avant, et je ne l’ai pas non plus remarqué plus tôt. Mais si Dieu ne faisait pas cela, je serais obligé d’abandonner mon activité, car il y a beaucoup de rebelles. Nous pourrons parler de cela de vive voix. Le fr. Ellefsen et moi avons déjà beaucoup échangé sur des questions concernant le ministère.

Merci beaucoup pour la caisse et pour son contenu. Elle vient d’arriver avec une caisse de poires de Pauline. Tout était bien emballé et en bon état, sauf le grand bocal de prunes qui s’est cassé, si bien que j’ai dû le jeter par la bouche d’aération. Les gâteaux et les autres bocaux étaient toutefois intacts. Cet anniversaire est donc passé. Le navire est secoué ; nous sommes en route pour Vardø. Je viens de recevoir une lettre du fr. Johan Lohne, qui a de grands combats. Il a un cœur bien disposé. Il a envoyé 50 couronnes, l’autre jour, pour la location de la salle à Vardø. À Kirkenæs, ils voulaient nous louer la loge ce mardi. Je suis heureux que le royaume de Dieu fasse des progrès partout.

J’ai eu une lettre du fr. Oldeide, qui n’a pas été aux réunions ces derniers temps. Je l’ai exhorté à rester fermement attaché à la communion et à prendre soin de l’œuvre qui lui incombe, école du dimanche, parler aux pécheurs, etc. S’il se réconcilie avec le fr. Kvalheim sur ce point, j’écrirai au fr. Kvalheim qu’il ne doit pas le soupçonner de vouloir prendre sa place, chose qui sera désormais difficile. Le fr. Nils Strand a déménagé pour le Sundfjord. Le fr. Ellefsen est absolument ravi aujourd’hui en pensant aux réunions d’hier et à une lettre qu’il a reçue du fr. Madsen, qui se juge lui-même profondément et demande pardon à E. Le travail ici dans le Nord réussit au-delà de toute attente. À Vardø, plusieurs restent à l’écart parce qu’ils ont eu un accrochage avec nous, mais ils viendront sans doute – plusieurs d’entre eux. Le foyer du fr. Strømme est un lieu où se rencontrent beaucoup de croyants, et Mme Strømme a un don particulier pour convaincre les gens. Un jour, un homme est venu d’un fjord proche de Nordkynd. Il a vu Skjulte Skatte sur la table chez Strømme. Ils ont alors engagé la conversation et cet homme a dit qu’il avait lu Skjulte Skatte dans la maison de retraite et qu’il en avait retiré de la lumière. Il était entièrement d’accord avec Strømme et sa femme. La sœur Dannell avait envoyé notre journal à la maison de retraite. L’homme était originaire du Tanafjord et c’était un camarade d’exercice du fr. Strømme.

Salue bien Helga et dis-lui un cordial merci pour ce qu’elle a envoyé et pour la lettre et la photographie des jeunes de Drøbak.

Ton frère,

Johan