Horten, le 8 janvier 1908
Cher frère, Aksel,

L’humilité précède la gloire. Pr. 18, 12.

Merci pour ta très bonne lettre, où tu parles de Mlle Holmkvist, de Jensen et de la position de papa. Tu y évoques aussi la réunion mémorable chez Th. R. à laquelle j’ai pu participer, par la manière admirable dont Dieu conduit les choses, de 20 h 45 à 21 h 45 le soir même où je suis parti pour Egersund pour des raisons de service.

À cette réunion, Jensen, puis une grande dame qui était assise derrière le fr. Gerrard, puis Mlle Holmkvist (je ne me souviens pas de manière sûre pour cette dernière), ont parlé du fait que quand le fr. Barratt était à Kristiansand, il était entouré d’un groupe de personnes qui étaient les plus aisées, financièrement parlant, et qui donc aux yeux de ceux qui se plaignent étaient considérées comme les plus importantes selon la chair. La grande dame qui était assise derrière G. a dit que le soir où Barratt était chez le ramoneur Torjussen, elle avait elle aussi essayé d’entrer chez Torjussen, mais sa fille Anna avait répondu qu’elle pouvait certes entrer, mais qu’elle aurait du mal à trouver une place pour s’asseoir, etc. De ce fait, elle s’est sentie mise à l’écart. Le fr. Jensen aurait bien aimé parler avec Barratt, mais il était toujours entouré d’un groupe, ce qui lui fermait l’accès, et il s’est donc senti mis à l’écart. Le fr. John W. a raconté plus tard que la sœur Anna T. (maintenant Mme G.) était chez W. et a invité le père et la belle-mère de John, mais pas John lui-même. De ce fait, John s’est senti jugé selon la chair et brimé dans son esprit.

À en juger d’après ces éléments, j’ai le sentiment qu’on n’est pas complètement innocent du fait que le fr. Jensen, la sœur Holmkvist et en partie John se retrouvent un peu à l’écart. Ce soir-là, le fr. Gerrard n’a pas non plus réussi à clarifier complètement la situation.

Il me semble absolument indispensable que tous ceux qui ont péché dans cette affaire reconnaissent leurs erreurs à ceux qui ont souffert injustement ; je pense alors que les erreurs de ces amis s’effaceront d’elles-mêmes. Les serviteurs de l’assemblée doivent être les premiers à reconnaître leurs erreurs, pour que l’assemblée ait confiance en eux. Tu disais que tu aimerais tant que papa reçoive l’honneur dû à son âge. En faisant cette mise au point, vous gagneriez la pleine confiance du fr. Jensen, de la sœur Holmkvist et du fr. John, tout en honorant papa pour son œuvre extrêmement fidèle de berger. Papa est un homme juste, et on ne peut pas ne pas en tenir compte. Il y a des raisons au fait que Dieu l’ait amené à garder avec ténacité la liaison avec Jensen et Holmkvist. Il faut un jugement complet dans l’assemblée à Kristiansand, au cours duquel les forces qui dirigent s’humilient, ceux qui sont mis à l’écart soient consolés, et papa soit honoré pour sa fidélité.

Ta lettre d’hier m’a chargé d’un lourd fardeau, particulièrement ton combat contre papa, qui prenait fait et cause pour Jensen et H. Je ne trouvais pas d’issue à cette situation difficile. J’en ai parlé à Pauline, ainsi que de la réunion à laquelle j’ai assisté à Kristiansand. Pendant que je lui en parlais, tout s’est éclairé pour moi, avec la solution que j’ai évoquée ci-dessus. Quand vous aurez fait cette mise au point en présence de papa, Jensen, Holmkvist, John, Gerrard, Mme Gerrard, Torjussen et de la grande dame, je crois que cela sera une base solide pour fonder une assemblée ordonnée. Le fr. Gerrard a ici une occasion remarquable. Toi aussi, tu fais bien de te placer parmi ceux qui ont commis des erreurs, car tu as toujours considéré que toute la faute reposait sur J. et H. Cela ne veut pas pour autant dire que J. et H. sont exempts de toute faute ; mais votre faute envers eux sera enlevée, et cela dissipera probablement aussi leurs fautes envers vous, car la sagesse dissipe les péchés, et c’est de la sagesse de s’humilier.

Les voies de Dieu sont admirables et ses jugements insondables ; mais puisque nous l’attendons aussi sur la voie de ses jugements, humilions-nous sous ses jugements. Car si mon humilité peut gagner beaucoup d’âmes, pourquoi ne pas me mettre à plat ventre pour que l’on marche sur mon dos ?

Tu parles de beaucoup de choses dans ta lettre, que je n’aborderai pas pour l’instant, puisque cette affaire suffit à nous occuper. On peut cependant dire, que notre esprit peut être comparé à une constante que l’Esprit de Dieu et l’esprit du diable cherchent à influencer. L’esprit de vol, l’esprit de mensonge, etc. sont des parties constituantes du grand corps du péché (le diable). Si on suit les lignes directrices de l’esprit de vol, on le rencontre dans le diable. Il en va de même de tout autre esprit qui a une mission particulière au service du Malin.

Salutations cordiales à toi avec Pr. 18, 14. Salutations à l’assemblée avec Pr. 21, 16.

Salue papa tout particulièrement avec Philémon 7, en rapport avec le contenu de cette lettre.