On peut à peine lire un journal, de quelque nature qu’il soit, sans qu’une personne ou une autre se plaigne qu’il y a si peu d’amour à notre époque ; – dans le temps, à l’époque des apôtres, tout était bien, mais maintenant tout va très mal.
Il va de soi qu’un tel verbiage vient uniquement du fait qu’on n’a pas la moindre trace de compréhension de ce qu’est l’amour. Lequel des enfants des hommes a aimé Dieu le premier pour qu’il ait pu envoyer son Fils en vertu de cet amour ? Ou est-ce que l’amour de Dieu n’est pas d’une telle nature qu’il a envoyé son Fils dans le monde pour souffrir et mourir lorsque nous étions encore des pécheurs ? L’amour authentique n’exige jamais rien ; il ne fait que donner. Mais l’amour-propre se plaint par écrit et à l’oral qu’on lui manifeste si peu d’intérêt. Le cordonnier doit lui confectionner des bottes pour rien, le tailleur des vêtements, le rédacteur lui est redevable de lui envoyer le journal gratuitement, bref : tout et tous lui sont redevables de l’honorer, de veiller à prendre soin de lui, de lui tirer leur chapeau, de l’adorer et de l’admirer ; faute de quoi il crie : « De nos jours, il n’y a pas d’amour. »
Dieu, qui est l’amour même, fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait pleuvoir sur les justes et les injustes ; il n’exige jamais, il ne fait que donner. Si nous voulons devenir parfaits comme notre père céleste est parfait, il est temps que nous cessions de réclamer et d’exiger constamment, et que nous cherchions plutôt à donner. L’amour authentique est toujours en action, mais il n’exige jamais de rétribution.
De même qu’on peut se durcir au point de vue naturel, on peut aussi le faire spirituellement. Il n’y a guère d’êtres plus inutiles que ces hommes pervers qui ne vivent que comme des plantes parasites et ne font qu’exiger et exiger, sans jamais être remplis.
Ce dont nous avons besoin de nos jours, ce sont des hommes et des femmes qui ont la source de l’amour dans leur poitrine et qui y puisent. Des gens qui supportent le mépris, la moquerie et les crachats, et qui, comme Paul, sont disposés à dire : injuriés, nous exhortons ; nous sommes devenus comme des rebuts dans le monde, les paillassons de tous jusqu’à présent. 1 Co. 4, 13. Mais il ne pousse pas beaucoup de telles perles au cours d’un siècle.
Depuis que j’ai reçu le baptême de l’Esprit en 1900, je n’ai rien connu d’autre chaque jour que le combat ; recevoir des coups et donner des coups a été ma nourriture quotidienne. Mais est-ce que personne ne t’a témoigné de l’amour ? demandes-tu. Je me contenterai de répondre que je suis heureux d’être en vie – je suis loin d’avoir quelque chose à exiger. Il y a beaucoup d’arêtes qui doivent être rabotées en nous avant que la main du Maître ait fini son travail. Oui, la main du Maître, dis-tu, si au moins c’était lui, ce serait en tout cas quelque chose ; mais nous subissons aussi toutes sortes d’attaques de la part des hommes. La seule réponse que nous puissions apporter est que les Écritures, qui ne peuvent pas être annulées, disent : Ce sont tous des esprits qui servent, envoyés pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut ; de même que toutes choses concourent au bien de ceux qui craignent et aiment Dieu.
Arrête donc de t’aimer toi-même et de vouloir obliger les autres à t’aimer aussi selon la chair ; mais si tu estimes que tu es une dignité – quelque chose de plus que les autres – une personne que tout le monde doit servir, sache que toute chair est de l’herbe. Il est peut-être temps de rappeler que l’amour est dans l’Esprit et non dans la chair, de même que désormais nous ne connaissons personne selon la chair – pas même nous-mêmes ; car lorsque nous étions dans la chair, Ro. 7, 5, ça allait mal avec nous, mais nous qui sommes morts, nous sommes maintenant affranchis de la loi sous laquelle nous étions retenus, de sorte que nous servons dans un esprit nouveau, et non selon la lettre qui a vieilli.
Dans « Missionæren » du 17 octobre de cette année, le fr. Ludvig Ellingsen souhaite que plusieurs donnent leur avis sur la façon dont un chrétien doit considérer la question de la tempérance – il se demande si on ne peut pas promouvoir cette cause d’une manière ou d’une autre, etc.
Par la même occasion, j’ai la joie de faire savoir que ce qui était impossible à la loi, parce que la chair la rendait sans force, Dieu l’a fait, en envoyant son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché et à cause du péché et en condamnant le péché dans la chair. La tempérance est une question qui a un caractère extérieur et qui travaille pour améliorer les hommes dans la chair. La cause de Christ, en revanche, consiste à anéantir la chair. Si nous aimons vraiment Christ, nous découvrons très rapidement que toutes nos capacités, tout notre temps, et toute notre force, tout doit lui être offert en sacrifice à lui seul. On ne doit pas demander à un professeur d’université d’enseigner dans une classe où les enfants apprennent l’alphabet, et on ne doit pas non plus demander à un imitateur vivant de Christ de s’occuper de la question de la tempérance. Que celui qui est dans la chair et dont les yeux se sont ouverts pour voir qu’il est mauvais de boire s’occupe de la tempérance. Il est tout à fait possible d’être un adepte de la tempérance tout en étant par ailleurs esclave du péché sous presque toutes ses formes. Mais quand nous avons transgressé un commandement, nous sommes coupables à l’égard de tous. On devient donc – en dépit de toutes les formes de tempérance totale – malgré tout un ivrogne. Mais les débauchés, les adultères et les ivrognes n’hériteront pas du royaume de Dieu ; or notre communion n’est qu’avec ceux qui marchent dans la lumière et qui sont héritiers du royaume des cieux. J’en conclus donc pour ma part qu’on doit sortir du milieu d’eux et ne pas toucher à ce qui est impur ; mais quand on peut se sentir à l’aise dans un tel contexte et qu’on peut même monter en grade jusqu’à y devenir quelqu’un d’important, cela prouve qu’on a extrêmement peu de compréhension de ce que cela veut dire d’être une odeur de mort menant à la mort pour ceux qui périssent. – C’est peut-être aussi pour la même raison que ceux qui sont sauvés sentent si extrêmement peu l’odeur de vie en question chez de telles personnes qui veulent être parmi les plus grands dans les associations de tempérance, dans les associations politiques et toutes sortes d’associations. Quelle communion y a-t-il entre le croyant et l’incrédule ? Quelle communion y a-t-il entre Christ et Bélial ? Sortez du milieu d’eux, mon peuple, et ne touchez pas à ce qui est impur, et je vous accueillerai, dit le Seigneur tout-puissant. Si quelqu’un veut être adepte de la tempérance, qu’il le soit pour Dieu, et Dieu en retirera la gloire ; mais si c’est pour une association de tempérance, c’est elle qui en retirera la gloire et elle pourra se glorifier de ta chair.
Votre frère qui a part à la force de la résurrection et à la communion des souffrances,
Johan O. Smith