Moss, le 3 août 1907
Cher frère, Aksel,

Je ne t’entendais pas bien au téléphone. J’ai sans doute compris l’essentiel, mais je ne suis pas arrivé à tout saisir. Merci pour ta bonne lettre, dans laquelle tu me demandes d’aller à Copenhague. Je te remercie beaucoup pour la confiance que tu me témoignes et qui me fait beaucoup de bien en esprit, mais je n’ai pas le droit de sortir du pays. Mes permissions sont limitées, et je dois surveiller le bateau un jour par semaine et faire un rapport. Par ailleurs, il y a d’autres raisons plus importantes qui entrent en ligne de compte. Il s’agissait de fonder une école (une école de prophètes), une de ces bonnes vieilles écoles d’autrefois. Il est extrêmement difficile de trouver des élèves pour une telle école, car il faut que les élèves soient spirituels, puisque Dieu est Esprit et que la connaissance de Dieu ne peut être reçue que dans l’Esprit. Jésus dit : Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais moi, je vous ai choisis. Les élèves d’une telle école devraient être choisis par une personne très spirituelle. De plus, les règles de doctrine en Christ sont d’une telle nature qu’il faudrait peut-être commencer par neutraliser ceux qui disposent de l’argent. Il y a un zèle brûlant qui n’est pas de Dieu, mais pour Dieu : Pierre coupa l’oreille du serviteur ; les disciples voulaient commander que le feu descende du ciel et consume ceux qui ne recevaient pas Jésus. De la même manière, ils peuvent, dans leur premier enthousiasme, mettre sur pied une école, etc., mais une école selon l’Esprit est une affaire très difficile à mettre sur pied, car il faut démolir avant de construire. Ces frères qui ont pensé fonder une telle école ont certainement de bonnes intentions et un grand zèle, mais il leur manque le discernement. Le désir de mon cœur est bien sûr de travailler en Christ, mais il faut pour cela un solide fondement. Si j’allais au Danemark, et si je remarquais qu’il y règne beaucoup d’incompréhension, et que je le leur faisais savoir, le supporteraient-ils ? Mon ministère en Christ est d’une telle nature que j’ai peur d’être trouvé par eux tel qu’ils ne le voudraient pas, car il faut avant tout que le corps du péché soit anéanti, mais il est peu probable qu’on veuille soutenir financièrement un tel ministère ; en tout cas, Paul devait travailler de ses mains en même temps qu’il annonçait la Parole.

S’ils maintiennent leur décision de fonder une école, alors, si c’est Dieu qui est l’instigateur de ce projet, et s’il veut que j’y aille, il agira dans leurs cœurs pour qu’ils t’écrivent et te demandent mon adresse. Ils prendront alors contact avec moi ou bien l’un d’entre eux viendra me rendre visite. Il est en tout cas exclu que j’aille là-bas sans les avoir au préalable instruits jusque dans les détails de ce que cela signifie d’ouvrir une école spirituelle. Commencer quelque chose qui échoue peu de temps après n’a pas la sagesse de Dieu comme fondement, mais peut-être le zèle pour Dieu sans discernement. Dieu ne veut pas confondre ses serviteurs, c’est pourquoi il nous donne de l’intelligence pour que nous évitions de nous lancer dans des projets voués à l’échec. Le roi Haakon a voulu qu’il y ait un plébiscite[29] avant qu’il accepte son élection en tant que roi ; il voulait avoir un fondement sous les pieds, de sorte que s’il tombait par la suite (était désavoué), sa chute serait un déshonneur pour le peuple et non pour lui.

Il en va de même dans cette affaire. Helga peut habiter chez Ellefsen ; il le lui a proposé tout de suite lorsque j’ai dit qu’elle voulait venir avec toi à Horten. Nous n’avons de la literie et de la place que pour une personne, comme tu le sais ; Helga est cordialement la bienvenue, de même que toi, cela va sans dire. Ce sera intéressant de parler ensemble. Je dois maintenant aller à Fredrikstad pour quelques jours. Kristoffersen a sûrement envie d’avoir des nouvelles, car il souhaite beaucoup se consacrer au service de l’Évangile. C’est pour cela qu’il tient tellement à parler avec toi.

Salutations cordiales à Helga et à toi, de la part de ton frère toujours dévoué dans l’Esprit,

Johan