Merci beaucoup pour ta lettre, qui m’a fait plaisir, et pour le cadeau (cuillère en argent) pour le petit Christian. Il a aussi reçu une belle étoffe et un beau chien de Berglioth et de papa et maman. Il a tout reçu le 18 au matin. Tu penses bien qu’il a pris plaisir à se regarder dans les boutons brillants comme dans un miroir. Il a aussi reçu une carte postale de Selma, donc il a vraiment été gâté pour son premier anniversaire.
Merci parce que tu me contredis quand tu n’es pas d’accord avec moi, car cela permet de parvenir à une meilleure compréhension des choses. J’ai beaucoup réfléchi à ce que tu as écrit, pour pouvoir présenter les choses de manière d’autant plus claire. Pour ce qui est du mot « matière », tu sais bien que notre langue est adaptée à ce monde, et si on veut parler des choses célestes, on ne peut pas pour autant employer d’autre langue que celle que nous avons apprise. Mais nous traduisons les choses spirituelles par des paroles spirituelles, et nous ne prononçons pas des paroles que la sagesse humaine nous aurait enseignées, mais des paroles que le Saint-Esprit nous a apprises. Spirituellement parlant, je veux dire que « matière » et « matériel » représente « quelque chose », à l’opposé de « rien », même si la matière est abstraite, comme par exemple l’amour, la justice, la sagesse, la connaissance, etc. Il faut donc vouer son cœur à comprendre de telles choses, qui peuvent nous rendre sages. Car si on a du mal à comprendre la parole prophétique, combien plus de mal aura-t-on à comprendre le parler et l’écriture en langues. J’espère donc que nous sommes d’accord sur ce point, qu’on peut aussi bien parler de « matière » terrestre que de « matière » céleste, sans forcément penser à des choses palpables comme une montagne ou un arbre.
Le sujet suivant que tu as abordé est de nature plus complexe que cette question de « matière », même si c’est quand même assez semblable. Tu dis que l’amour était présent avant la sagesse et que Dieu avait un tel amour qu’il a utilisé le moyen de la sagesse pour le déverser. Ce sont là des propos très raisonnables qui sont difficiles à contredire, et pourtant ils peuvent être contredits.
Le fait est que rien n’est rien. Rien ne peut être ni aimé ni haï, et l’amour comme la haine ne sont rien pour « rien ». Avant que quoi que ce soit ait été créé, Dieu était pour rien comme rien était pour Dieu. Dieu possède de toute éternité l’amour, la justice, la vérité, la bonté et toutes les bonnes qualités, mais ces qualités n’étaient rien pour « rien ». Elles étaient liées à elles-mêmes et ne pouvaient être déversées sur rien. Si on veut parler de ce qu’est la première qualité en Dieu, il faut parler de celle qui agit en premier pour produire quelque chose. La sagesse est remplie d’amour ; l’amour n’est donc pas extérieur à la sagesse, mais en elle. Si tu retires l’amour de la sagesse, il ne te reste plus que la connaissance. L’amour n’utilise pas la sagesse, mais la sagesse est le régulateur de l’amour. L’amour est un facteur simple, mais la sagesse contient tous les facteurs, et elle est par conséquent la vie même. Il se peut qu’une mère aime son enfant au point de fermer les yeux sur ses fautes, au détriment de l’enfant, mais une mère qui a de la sagesse corrige son enfant au moment opportun et de la bonne manière.
Ce n’est pas l’amour pour ce qui n’était pas qui a conduit Dieu à créer quelque chose, car Dieu ne peut pas aimer rien. S’il y avait un désir tellement grand chez lui de pouvoir déverser son amour, qu’il a employé la sagesse, comme tu le dis, pour produire quelque chose, ce serait en quelque sorte pour répondre à un besoin en lui-même, et non pas par amour pour quelque chose qui n’existait pas. Tu es probablement d’accord avec moi sur ce point.
Nous voyons donc que la sagesse est la première œuvre de la création, jusqu’à ce que celle-ci soit créée. Car la création ne pouvait ni comprendre ni saisir l’amour avant d’avoir été créée. Toi non plus, tu n’aimes pas quelque chose que tu n’as ni vu ni connu, bien que tu possèdes l’amour qui a été déversé dans ton cœur par le Saint-Esprit. Maintenant, je sais que l’amour existe pour la création, mais je ne le savais pas quand je n’existais pas, car l’amour comme la haine étaient alors la même chose pour moi que rien ; et ce qui était quelque chose n’était néanmoins rien pour moi, puisque je n’étais rien. Mais quand la sagesse m’a formé, l’amour a commencé à brûler. La sagesse est donc la mère du bel amour.
Lis Ecclésiastique 24, 21 (v. 17 dans la traduction française), où il parle de la loi de la sagesse et où il dit de la sagesse : Je suis la mère du bel amour, de la crainte de Dieu, de la science et de la sainte espérance. Il n’a pas dit cela sans avoir une vision claire des choses.
Tu dis que l’amour existait avant l’œuvre créatrice ; il en allait de même de la sagesse, de la justice et de la vérité ; mais comme déjà dit, ces choses n’existaient pas pour « rien », qui n’était rien. L’amour n’est devenu agissant que lorsque la sagesse a accompli l’œuvre. La sagesse dit – Pr. 8, 7 : Car ma bouche proclame la vérité, et mes lèvres ont en horreur le mensonge.
Pr. 8, 23 : J’ai été établie depuis l’éternité, dès le commencement, avant l’origine de la terre. Je (la sagesse) fus enfantée quand il n’y avait point d’abîmes, point de sources chargées d’eaux ; avant que les montagnes soient affermies, avant que les collines existent, je fus enfantée. Verset 24. Heureux l’homme qui m’écoute, qui veille chaque jour à mes portes, et qui en garde les poteaux !
Il faut distinguer nettement la sagesse de la connaissance. La révélation dans la connaissance de Dieu est donnée à chacun pour l’utilité commune, et on parvient à la connaissance de Dieu en reconnaissant et en admirant ce qu’on reconnaît de cette manière. Cela produit de l’amour, et l’amour fait que nous observons ses commandements, et nous devenons alors sages.
Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, etc. L’amour de Dieu s’étend au monde entier et attire chacun à Christ (la sagesse de Dieu). Nul ne peut venir au Fils si le Père ne l’attire. Pour attirer au Fils, le Père use d’amour en convainquant en ce qui concerne le péché, la justice, et le jugement. Dès que le Fils nous a saisis, nous pouvons venir au Père par le Fils, car nul ne peut venir au Père si ce n’est par le Fils. L’amour attire à la sagesse, car sans elle, l’amour ne peut rien faire, et Dieu n’aime que celui qui s’attache à la sagesse. Seuls le Fils et ceux à qui le Fils veut le révéler connaissent le Dieu éternel. Le chemin par le Fils représente l’école de la sagesse et le chemin du châtiment et des tribulations. Nombreux sont ceux qui ne se soucient aucunement de ce chemin et de cette formation magnifique, et qui exultent parce que Christ a tout souffert, si bien qu’ils peuvent maintenant vivre selon la chair autant qu’ils le veulent. Dimanche soir, j’étais à une réunion où j’ai entendu quelqu’un se réjouir de ce que la femme de Lot soit devenue une magnifique colonne de sel. Quelle bêtise ! Et ce qui ne va pas, c’est que ceux qui les écoutent ne savent rien discerner. Ils disent que tous les hommes sont sauvés, on n’a donc pas besoin de conversion. À la même réunion, j’ai donné mon témoignage ; mais ils ont manifesté leur désapprobation à mon égard en faisant du bruit dans mon dos, et ceux qui ont parlé après moi ont fait comprendre que je me trouvais dans les ténèbres et le péché. Tu comprends donc que j’ai l’habitude d’être contredit de toutes sortes de manières, et je ne peux vraiment pas me glorifier d’avoir beaucoup de gens de mon côté dans ce monde. Mais la paix de Dieu habite en moi et elle me préserve de toutes les ruses de Satan et me délivre de la main de mes adversaires. Ceux qui se réjouissent de leur liberté dans la chair seront confus.
Salue à la maison et écris-moi vite « plus à ce sujet », comme tu l’as dit.
Ton frère,
JohanChristian et Pauline te remercient beaucoup pour le beau cadeau.
Cet après-midi, j’ai envoyé le livre à papa. Lis-le ! Crois-moi, il y a beaucoup à en apprendre. Il est vieux et peu connu, mais ça ne fait rien.
