Horten, le 16 décembre 1905
Chers parents et frères et sœurs !

Merci beaucoup pour ta lettre, que j’ai reçue avec plaisir et qui m’a apporté des informations. Nous nous portons bien ici. Christian est en forme et en bonne santé. Dimanche dernier, le fr. Berg et moi avons rompu le pain ensemble pour la première fois, juste nous deux. Cela a été un moment précieux. Combien les voies de Dieu avec nous sont admirables ! Sa miséricorde dure à toujours. Il surpasse toute intelligence et toute connaissance, et on ne peut l’atteindre ni avec l’une, ni avec l’autre ; et pourtant, on peut l’atteindre, mais quand on pense qu’on l’a atteint, on ne fait que dévoiler à quel point il nous manque encore beaucoup de choses. Il nous donne tout ce qui est bon et sa miséricorde réjouit nos âmes ; mais quand on veut retenir ce qui est bon, ce n’est pas là qu’il est, et si on veut s’agripper à la miséricorde, il en a aussi disparu depuis longtemps. Cela nous indique que la bonté et la miséricorde ne sont que les traces de ses pas, qui ruissellent de sève. Nous recevons la vérité quand nous reconnaissons la vérité, et quand nous avons reconnu la vérité, cela fait naître l’amour pour elle. Si on reconnaît la justice mais qu’on ne pratique pas la justice, on prouve par là qu’on n’aime pas la justice, mais qu’on se contente d’en avoir la connaissance. Si on reconnaît la justice et qu’on saisit l’amour pour la justice, alors on reçoit de la sagesse. Il en va de même de toutes les propriétés divines. Il faut qu’il y ait des réalités avant que l’amour ne puisse s’éveiller. Les réalités apparaissent par le fait que l’on reconnaît [la vérité]. Quand on est pris d’amour pour les réalités, les réalités deviennent notre part.

Adam ne pouvait pas avoir d’amour pour Ève quand elle était encore une côte dans son flanc. Mais quand Ève s’est tenue devant lui, il a pu être épris d’amour. Mais avant que de notre côté nous puissions être épris d’amour, Dieu doit présenter « quelque chose » dont on peut être épris. Cela nous fait comprendre à nouveau que Dieu nous aime en premier, puisqu’il nous présente de telles données.

La Science Chrétienne[15] n’est qu’une compréhension selon nos sens naturels. On prétend être affranchi de la loi, et on se réjouit fortement de ce que la chair a une pleine liberté. Il faut faire une distinction claire entre cette joie-là et la joie en Dieu. C’est une fausse lumière, qui ne peut donc pas dépasser l’horizon de nos sens naturels. C’est la lumière la plus remarquable de toutes les lumières dans le monde et du monde, mais elle appartient au monde. Elle se moque de tous ceux qui s’efforcent de servir Dieu en Esprit et vérité, et elle prétend être supérieure à tous. Si seulement on honore et on aime cette fausse lumière, qui prétend venir de Dieu, on peut par ailleurs très bien être un voleur ou un meurtrier. Elle s’élève au-dessus de tout ce qui s’appelle loi et exhortation, et elle se présente comme Dieu dans l’éternité et non pas comme Dieu dans l’homme. Elle s’étend pour être Christ après la résurrection, car cela lui permet d’éviter tout ce qui s’appelle obéissance, souffrances et tribulations ; elle n’aime pas ces choses, puisqu’elle ne sait que mettre en avant ce qui est le plus joli et le plus agréable de la nature et du monde. C’est pourquoi ceux qui sont animés de cet esprit se choisissent comme docteurs des personnes qui peuvent leur raconter que la résurrection a déjà eu lieu et qu’ils sont comme Dieu en éternité et pas comme Dieu dans l’homme. De cette manière, on devient insensible et épris de soi-même, et on se considère comme celui qui est arrivé le plus loin, que tous les autres feraient bien d’admirer et de prendre en exemple, car on est parfait.

Cette fausse lumière est le diable.

Le petit livre dont je parlais traite de cela de manière précise, et je suis étonné de voir qu’un prêtre du XIVe siècle pouvait avoir une telle lumière et qu’il éprouvait le même combat que nous. Le journal « Det gode budskap » ne veut pas de ce que j’ai écrit ; mais je souhaiterais que ces questions relatives à la Science Chrétienne soient connues des lecteurs du journal, car c’est une connaissance vraiment nécessaire. Je ne peux pas t’envoyer le livre avant qu’on ne m’y autorise ; mais je vais faire mon possible pour pouvoir le faire.

C’est bon d’y voir clair sur chaque point, car cela nous donne une victoire plus grande. Cette fausse lumière se manifeste parmi les élus de Dieu pour que le diable puisse s’emparer de ceux qui ont reçu de la connaissance de Christ mais qui ne sont pas nés de lui. On peut dire de telles personnes qu’elles sont sorties du milieu de nous, mais qu’elles n’ont jamais été des nôtres ; car si elles avaient été des nôtres, elles seraient demeurées avec nous. Satan apporte quelque chose qui est plus facile et plus agréable, et qui semble être tellement plus élevé que la vraie lumière ; celui qui n’est pas né de nouveau trouve donc que ça vaut vraiment la peine de mordre à cet appât. J’ai moi-même été trompé par cette fausse lumière, je sais donc combien elle est affreuse ; mais le fondement de Dieu est resté sous mes pieds et la fausse lumière n’a pas réussi à me déraciner.

Je crois que ce serait très utile que tu expliques cela chez Rasmussen ; ils peuvent très bien éprouver et soupeser les choses eux-mêmes, pour voir si les choses ne sont pas telles que je les dis.

Apparemment, il est prévu que je sois affecté cet été à la canonnière « Sleipner », comme assistant comptable. « Sleipner » est un navire-école ; il y a donc beaucoup à faire pour un second maître d’artillerie, mais c’est aussi instructif. La piété est utile pour la vie ici-bas et pour la vie à venir. Les choses ne se sont jamais si bien passées que maintenant, que ce soit à bord ou à terre. Dieu me donne réponse à tout ; je sais à peine d’où ça vient, car je ne pourrais pas répondre et parler de cette manière de mon propre chef. Je sais bien qu’il ne faut pas se réjouir de ce que les esprits nous sont soumis, mais de ce que nos noms sont inscrits dans le livre de vie. Cela déplace la joie de ce qui est terrestre vers ce qui est céleste ; des effets de la force à la force elle-même ; des œuvres à la personne même, etc. Mais il n’y a pas de doute sur le fait que cette joie va se faire sentir, car on est fortifié dans la foi quand on peut vaincre ses ennemis par des paroles de foi. Mais il en va de nous comme d’Élie : après une œuvre puissante vient une joie puissante du fait de cette œuvre puissante, puis on est complètement vidé de toute puissance, puisque pour un temps on s’attache à l’œuvre plutôt qu’à la personne. Mais quand on est de nouveau devenu affamé et pauvre en esprit, on se tourne vers la personne et on est heureux, car le royaume des Cieux appartient aux pauvres en esprit. Et ce royaume des Cieux nous remplit à nouveau de forces énormes pour continuer notre œuvre en Christ.

Bien à vous,

Johan O. Smith

Le matin du 17/12 nous avons reçu l’avis de livraison d’un paquet de Berglioth pour Christian. Nous ne sommes pas encore allés le chercher, mais salue d’avance Berglioth de la part de Christian et dis-lui merci beaucoup. Il aime les nouvelles choses, il sera donc certainement content. C’est un garçon très raisonnable et mignon, Pauline est fière de lui et ses amies l’envient d’avoir un tel petit garçon.