Horten, le 1er novembre 1905
Cher frère, Aksel,

J’ai reçu ta très bonne lettre aujourd’hui. C’était vraiment réjouissant de lire ta lettre, car elle était remplie plus que jamais auparavant de vérités pertinentes. Pauline était tout à fait d’accord avec toi, de même que le fr. Berg à qui j’ai lu la lettre.

Il est bon de raisonner d’une manière autonome. On peut faire découler une conclusion de la précédente. La sagesse connaît les événements passés, et en déduit des conclusions sur les choses à venir.

Tu parles de la lumière et de l’ombre, et tu dis que plus on s’approche de la lumière, plus l’ombre devient nette et marquée. Lorsqu’on se trouve dans les ténèbres, il n’y a pas d’ombre, et lorsqu’on se trouve au plein cœur de la lumière, il n’y a pas d’ombre non plus. Nous sommes d’accord là-dessus. Mais se pose alors la question : Qu’y a-t-il entre la lumière et l’ombre ? C’est le corps du péché, ou si tu préfères, Christ sur la croix lorsqu’il a été fait péché pour nous. Et l’ombre elle-même, qu’est-elle donc ?? C’est tout simplement l’image de Christ sur la croix, ou du corps du péché. Comment pouvons-nous donc voir la lumière elle-même ? Il a inauguré pour nous une route nouvelle et vivante au travers du voile, c’est-à-dire de sa chair. Si une ouverture est faite dans ce qui faisait de l’ombre, nous comprenons que cette ombre disparaît aussi au fur et à mesure que l’ouverture s’agrandit.

Cela nous amène à une autre chose à laquelle il vaut la peine de prêter attention. La loi n’est que l’ombre des choses à venir, et non pas l’image de ces choses. La loi a été comme un pédagogue pour nous conduire à Christ. Une fois que nous sommes venus à Christ, nous ne sommes plus sous la loi ou sous le pédagogue, mais nous sommes entrés dans un nouveau processus, à savoir : Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs. Nous savons que nous avons été crucifiés avec lui, pour que le corps du péché soit détruit, et pour que nous soyons formés pour devenir conformes à lui dans sa mort. La racine même doit maintenant être détruite ! La loi ne pouvait que s’appliquer aux actes pécheurs, mais l’œuvre de Christ sur la croix détruit la source même de ces actes pécheurs – c’est ce que la Parole appelle le corps du péché. La loi ne pouvait qu’ôter les mauvais fruits de l’arbre, mais ce qui était impossible à la loi, Dieu l’a fait, en déracinant l’arbre tout entier.

Revenons maintenant à l’ombre, en nous souvenant que tout péché commis par l’homme l’est hors du corps.

Tu vois que l’image de la croix est projetée sur l’ombre. La lumière est en dehors de l’ombre. La lumière peut atteindre toutes les transgressions commises hors du corps, n’est-ce pas ? Mais elle ne peut pas atteindre l’ombre même du corps du péché. Pour ôter l’ombre tout entière, il faut détruire le corps du péché. Alors, et seulement alors, l’ombre disparaît. Nous voyons ici à nouveau que ce qui était impossible à la loi, parce que la chair la rendait sans force, Dieu l’a fait, en condamnant le péché dans la chair, en envoyant, à cause du péché, son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché. La loi pouvait condamner ce qui était en dehors de la chair, mais elle n’avait pas de pouvoir dans la chair.

Écris-moi, cher frère, et dis-moi si tu saisis cette vérité précieuse. Si tu la saisis, tu comprendras en même temps que Dieu m’a donné, dans sa grâce, de l’intelligence dans les mystères de Christ. C’est là aussi ma seule gloire dans ce monde, mais la sagesse de Dieu est plus précieuse pour moi que l’or et les pierres précieuses. J’ai demandé à Dieu de me donner de l’intelligence et de la compréhension, et ma prière a été exaucée, car il a dit lui-même par Jacques : Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans reproche. Je me réjouis de ce que tu as demandé la même chose. Tu ne me l’as pas dit, mais je vois par ta dernière lettre que l’Esprit de sagesse repose sur toi, car il se reconnaît facilement par ceux qui le possèdent. Tu as fait un bon choix, cher Aksel. Obéis toujours à ses conseils, et sois attentif aux signaux qu’il t’envoie, et ce sera pour toi un compagnon précieux tout au long de ta vie.

Maintenant, tu n’as pas besoin de croire uniquement parce qu’un tel ou un tel l’a dit, car tu as toi-même une source de sagesse à laquelle tu peux puiser. Ne crains pas les adversaires, car la sagesse réglera toutes choses et dirigera tout dans la bonne voie.

Dieu me donne l’occasion de parler avec une personne ici et là, et je les supplie avant tout de rechercher la sagesse de Dieu.

Toutes choses ont leur contraire, comme tu le dis. Et c’est Dieu qui a disposé les choses ainsi, c’est pourquoi nous ne devons pas murmurer à cause des tribulations, car nous savons que l’affliction produit la persévérance, la persévérance la victoire dans l’épreuve, et cette victoire l’espérance. Or, l’espérance ne trompe point. Un homme mûr en Jésus-Christ a un sens exercé pour discerner entre le bien et le mal. Adam ne connaissait que le bien avant sa chute, mais Dieu connaissait à la fois le bien et le mal, c’est pourquoi nous sommes mieux lotis qu’Adam avant sa chute.

Une batterie électrique a un pôle positif et un pôle négatif, et il en est de même de la vie spirituelle. L’une des vies diminue à mesure que l’autre augmente, et les rapports qu’elles entretiennent l’une avec l’autre, c’est la haine, car celui qui ne hait pas jusqu’à sa vie dans ce monde ne peut être Son disciple.

Dieu dit à Adam : Le jour où tu en mangeras, tu mourras. Christ a dû souffrir la mort pour nous. Il est mort, c’est-à-dire que son corps est mort, mais une autre mort a aussi eu lieu en lui, car le corps du péché a été détruit et il est mort. Alléluia ! La tête de Satan a été écrasée, car Satan ne peut avoir contact avec l’homme que par la chair (le corps du péché), mais lorsque le corps du péché est mort, Satan aussi est mort, ou écrasé sous nos pieds.

Christ est la sagesse de Dieu : Dieu a déployé toute sa sagesse dans l’œuvre qu’il a faite en Christ et avec Christ. C’est pourquoi tous les trésors de la sagesse et de la science habitent corporellement en lui. Cette gloire remplit maintenant son corps ; mais sur la croix, c’est le péché qui a rempli son corps. Si donc nous portons toujours avec nous la mort de Christ, nous devons comprendre que puisque cette mort est la mort de Christ, Christ a pris sur lui la cause de la mort, c’est-à-dire le péché. Mais il n’a jamais été le serviteur du péché.

Je m’arrête ici pour cette fois, avec une salutation fraternelle. Salue à la maison et salue Ludvig.

Ton frère uni avec toi en Christ,

Johan