Horten, le 18-3-1910
Cher frère, Aksel,

Merci pour la lettre. John Wintersborg m’a récemment envoyé une longue lettre ; il dit qu’il veut maintenant voyager au service de l’évangile, et il commence par la Suède. Qu’en dis-tu ? Une femme lui avait prophétisé qu’il devait changer d’habits et il a pris cela comme un signe de plus qu’il devait partir. Il est célibataire et on a besoin de jardiniers partout, il peut donc travailler de ses mains s’il comprend que ça ne marche pas ; car même si John est zélé, cela ne veut pas forcément dire qu’il est apte à s’occuper d’autres âmes. Mais il ne trouvera probablement pas de repos avant d’avoir au moins essayé.

J’ai essayé d’écrire quelque chose sur Romains 7, un verset après l’autre, mais je comprends que c’est difficile de rendre cela clair pour les autres, puisque c’est caché dans l’Esprit.

Voici l’explication du verset 2 :

L’homme auquel la femme est liée ici, c’est le Seigneur ; cf. Ex. 6, 2 et 3.

Cet homme devait mourir pour que la femme soit dégagée de la loi qui la liait à son mari ; et si la femme meurt avec lui, il en va d’elle comme il est écrit au verset 4 : « De même, mes frères, vous aussi vous avez été, par le corps de Christ, mis à mort en ce qui concerne la loi, pour que vous apparteniez à un autre, à celui qui est ressuscité des morts. »

Un corps a été préparé pour cet homme et il était la loi personnifiée pour tout le peuple d’Israël qui avait la loi. C’est pourquoi il dit à la femme cananéenne qu’il n’avait été envoyé que vers les brebis égarées de la maison d’Israël. Être marié à cet homme, c’est être marié à une odeur de mort qui mène à la mort ; car l’Esprit, qui est la loi inscrite sur les tables de chair de notre cœur, témoigne de mort, de sorte que toute notre propre vie est condamnée sous toutes ses formes.

On peut écrire beaucoup de choses, mais si on veut écrire des choses de valeur, il faut écrire comme pour Dieu et non pour les hommes. Peut-être que cela ressemblerait aux Écritures dont il est dit : « Ce sont elles qui rendent témoignage de moi. »

Le temps passe, Pâques approche rapidement ; j’ai étudié un peu l’artillerie à bord des patrouilleurs, pour mieux m’y connaître dans ce domaine.

Ce serait bien si l’autobiographie de Mme Guyon ne restait pas à Kristiansand pour de bon ; je crois en effet que sa lecture ferait du bien à tout un chacun. Cela donne une vision plus élargie ; on comprend qu’on n’est pas le seul à avoir absorbé toute la sagesse du monde. Sinon, il est dit que le sage capture des âmes, et c’est là une bonne échelle de mesure.

Tu n’as donc pas encore décidé ce que tu vas faire à Pâques. Laisse Dieu diriger les choses. Je suis pour ma part persuadé que nous tirerions beaucoup de profit d’une rencontre ici, car le fr. Ellefsen est lui aussi très différent de ce qu’il était auparavant. John a besoin d’être dirigé et soutenu. Il y aurait tellement à faire de tous côtés pour aider les gens – par la force de Christ – à trouver le droit chemin. Il y a un manque cruel de personnes ayant ce ministère. Mais que faut-il donc faire ? Ce ministère n’a pas beaucoup d’éclat ; on n’admire que les orateurs qui s’expriment au pupitre. Les conséquences sont à l’avenant ; les assemblées ne sont pas fondées et enracinées dans la vérité, mais s’en sortent à bon compte, de manière très superficielle.

Il se fait tard, tout le monde dort ici.

Salutations fraternelles.

Ton frère,

Johan