À la lumière !
Cela fait longtemps maintenant qu’on discute au sujet de Ro. 7 dans « Miss. ». Mais si chacun voulait réfléchir un peu isolément et laisser l’Esprit de Dieu éclairer la question, je crois qu’on parviendrait à des résultats qui iraient plus loin que des considérations superficielles. Il faut en effet reconnaître que Paul n’était pas superficiel lorsqu’il a écrit l’épître aux Romains, car il était poussé par le Saint-Esprit, et il est nécessaire que cela soit compris et élucidé par le même Esprit.
Il me semble toutefois qu’on reconnaît maintenant presque unanimement que la prédication qui plaçait l’esclave dans Ro. 7 et l’affranchi dans Ro. 8 n’était pas soutenable. Qu’elle ait été insoutenable ressort aussi du fait que les hommes qui l’ont exposé partout, oralement et par écrit, n’ont pas fait le moindre effort pour la défendre. Sans dire un mot, ils ont sagement laissé leur édifice de pensées s’effondrer – malgré les efforts et la peine que cela leur a coûté pendant un certain temps. L’édifice qui, il y a quelques années seulement, a été bâti à grand renfort d’affirmations grandiloquentes et avec l’assurance de la victoire, inspire maintenant des regrets et fait jaser discrètement ici et là. Cela rappelle les paroles d’Elihu :
Ils ont peur, ils ne répondent plus ! Ils ont la parole coupée ! Job 32, 15.
Si les hommes qui prétendent avoir traversé Ro. 7 et être entrés dans Ro. 8 avaient vraiment dépassé Ro. 7, on pourrait sans doute s’attendre à ce qu’ils donnent une explication approfondie du chapitre avec lequel ils en auraient fini, mais en fait, on est aussi bien informé que si on s’adressait à un mur.
Arrêtons donc de recouvrir les murs de chaux et attachons-nous aux réalités, car le Seigneur enverra une averse sur le mur recouvert de chaux et nous nous retrouverons alors face à la vérité toute nue. Nous avons besoin de la vérité, même si cela fait mal dans le cœur et les reins. Nous avons eu plus qu’assez de divertissement religieux et de fables.
Il n’existe sans doute pas de carte maritime sans récifs ni écueils, et de la même manière, Ro. 7 peut renfermer des points difficiles, mais si nous regardons ce chapitre avec un cœur sincère et si nous le prenons sans détours, Dieu nous instruira.
Ce qui semble le plus difficile, c’est qu’on fasse encore vraiment ce qu’on hait alors qu’on est une âme affranchie.
Si on se réfère à la vie pratique, il est fort possible qu’on trouve une solution à cette énigme.
Un homme qui prétend être dans Ro. 8 se lève par ex. pendant une réunion de témoignages et fait un discours tellement long que lorsqu’il a à moitié fini, la plupart des gens sont sur le point de s’effondrer tellement leur esprit est desséché à force d’entendre une prédication qui n’en finit plus et est dépourvue d’esprit. Imaginons qu’un frère se lève et lui passe un bon savon parce que, dans son manque d’intelligence caractérisé, il a infligé à l’auditoire un sinistre supplice pendant si longtemps. Après avoir reçu ce savon, le premier de ces deux frères se lève et dit :
« En effet, frère, tu as raison. J’ai manqué d’intelligence, c’était caché à mes yeux, mais Dieu t’a donné la grâce de projeter de la lumière là-dessus, si bien que maintenant, je hais ma propre folie et je veux y renoncer à l’avenir. »
Tu imagines quel soupir de soulagement parcourrait l’auditoire. Cet homme hait vraiment son bavardage à n’en plus finir.
Fait curieux, le voilà revenu à Ro. 7 car il a fait ce qu’il haïssait, l’a reconnu et maintenant l’auditoire se réjouit tout comme lui qu’il soit revenu au chapitre qui n’était réservé qu’à l’esclave.
C’est une lumière nouvelle sur des actions égoïstes inconscientes qui produit de la haine, si tant est qu’on aime la lumière d’une façon générale.
Une sœur gémit d’une façon tout à fait inconvenante aux réunions. Elle croit que de telles choses sont nécessaires si on veut être considéré comme spirituel, – elle est bien entendu dans Ro. 8. Après une réunion, un frère lui explique toutefois que cette manière de se conduire n’a strictement rien à voir avec l’Esprit et que c’est simplement quelque chose qu’elle a inventé elle-même. Elle est étonnée, accepte la remarque, fait demi-tour et hait à l’avenir son comportement inconvenant, si bien que l’assemblée est dispensée du tourment que représente ses gémissements déchirants.
C’est cela la « haine » dont il est question dans Ro. 7 et dont on a une peur bleue. Fait curieux, cette haine a été capable d’affranchir. Dans les cas mentionnés ci-dessus, elle a affranchi l’assemblée de longs sermons dépourvus d’esprit et de gémissements déchirants, choses dont il n’est pas facile d’être débarrassé.
Non, tout n’est certainement pas comme il faut, et il y a assez de matière à haïr si seulement on veut ouvrir les yeux. L’Esprit avait beaucoup de choses à dire aux 7 églises d’Asie mineure, et je crois bien qu’il aurait quelque chose à dire à l’Église aujourd’hui, si seulement on voulait l’entendre. Mais c’est devenu tellement moderne, maintenant, que le prédicateur soit le seul à entendre pour l’assemblée. La conséquence en est que l’assemblée est tellement occupée par le prédicateur et le prédicateur par l’assemblée qu’il oublie lui aussi d’entendre. On peut voir par conséquent – si toutefois on souhaite voir – que tout s’achève par des considérations matérielles. Le prédicateur doit louer et honorer les frères qui subviennent à ses besoins, et en contrepartie, ils louent le prédicateur. Tout est ainsi dans le bon ordre, on ne remarque jamais rien.
Comment pouvez-vous croire, vous qui tirez votre gloire les uns des autres, et qui ne cherchez point la gloire qui vient de Dieu seul ? Jn. 5, 44.
Si on avait auparavant réglé son compte à la doctrine du passage à Ro. 8, nous aurions peut-être pu nous réjouir maintenant parce que plusieurs seraient parvenus à assez d’affranchissement pour reconnaître que « la haine » de Ro. 7 est tout à fait justifiée et convenable pour une âme vigilante qui a été affranchie du péché. C’est uniquement de cette manière que chacun en particulier et l’assemblée peuvent être purifiés.
Dans l’état actuel des choses, on cache presque toutes les espèces de renards parce qu’on a peur de mettre cela à la lumière, le haïr et s’en abstenir.
On enseigne que c’est seulement l’esclave qui fait ce qu’il hait – et il va de soi que personne n’a envie d’être esclave – il est préférable de cacher et d’héberger même les pires choses. La conséquence en est qu’on a la possibilité de continuer à agir sans sagesse de multiples manières, ce qui fait que dans pratiquement toutes les assemblées « affranchies » on peut voir et entendre les stupidités les plus ahurissantes et qu’on les prend pour du bon pain.
Celui qui aime la lumière vient à la lumière et y apprend à se haïr lui-même.
Horten, le 9-10-1909
