Le corps du péché
Beaucoup d’enfants de Dieu sont d’avis qu’une fois qu’ils ont reçu l’Esprit de Dieu, ils sont totalement libérés du corps du péché. Ils disent que toutes les tentations viennent de l’extérieur. Le tentateur essaie de l’extérieur de semer la mauvaise semence dans leur cœur, car tout ce qui se trouve dans l’homme est pur, étant donné que, d’un côté, on est mort avec Christ, et que de l’autre, on est ressuscité avec lui.
D’autres expliquent que nous portons le corps du péché aussi longtemps que nous habitons dans notre corps, mais que le péché ne doit pas régner sur nous, mais nous sur lui, et que le corps du péché doit ainsi être détruit petit à petit.
D’autres encore croient qu’on doit parler le moins possible de ces choses, car selon eux, la simplicité est le bien le plus élevé.
Comme je crois qu’il est d’une importance vitale d’examiner correctement ce que la parole de Dieu veut dire par ce qu’elle nous dit, je crois aussi qu’il serait très utile d’examiner si nous sommes vraiment libérés du corps du péché une fois pour toutes, ou si nous devons le traîner avec nous aussi longtemps que nous habitons dans notre corps terrestre.
Paul explique dans Ro. 6, 6 que notre vieil homme a été crucifié avec Christ, afin que le corps du péché soit détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché.
Ce n’est pas le corps du péché qui a été crucifié, mais le vieil homme. La croix n’a même pas atteint le corps du péché en nous. Elle n’a atteint que le vieil homme, c’est-à-dire que nous sommes crucifiés sur tous les points où nous avons une pleine conscience du mal. Et pourtant, nous pouvons faire aujourd’hui des choses que nous ne pourrons pas faire dans un an, parce que d’ici là, nous aurons pris conscience du fait que c’était mal. Autrement dit, nous sommes davantage crucifiés et le corps du péché est davantage détruit.
Cette destruction du corps du péché est en étroite relation avec Ph. 3, 10 : Afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort.
Toute destruction entraîne la souffrance et la mort. La communion des souffrances de Christ est une condition nécessaire de notre sanctification, car là aussi, Christ est le chemin. Et si nous souffrons avec lui, nous serons aussi glorifiés avec lui.
Ce qui serait le plus agréable, ce serait évidemment que nous soyons libérés du corps du péché une fois pour toutes. Mais Dieu n’a pas voulu qu’il en soit ainsi.
Les ennemis de la croix de Christ mènent un combat acharné justement dans ce domaine, car ils veulent que tout soit mis sur le compte de Christ, afin de ne rien avoir à faire eux-mêmes. Il est certain que tout doit être mis sur le compte de Christ, et qu’il faut absolument que tout soit mis sur son compte, mais le fait est que nous devons nous trouver en lui, ce qui fait que nous devenons nécessairement participants aux souffrances et aux joies avec lui.
Une autre chose derrière laquelle les ennemis de la croix de Christ se cachent est qu’il est bon d’être simple et enfantin. Ils croient que ça les dispense de s’approprier la connaissance qu’il faut souffrir avec Christ, et ils se protègent eux-mêmes et gardent leur vie dans ce monde innocemment derrière cet écran de simplicité et d’attitude enfantine. En effet, c’est vraiment une attitude enfantine qui rappelle beaucoup le loup revêtu de vêtements de brebis.
Christ a mené le corps du péché à la mort pour son propre compte, lorsqu’il a été fait péché pour nous, mais ce qui a eu lieu en Christ doit nécessairement avoir lieu en nous. Si nous n’arrivons pas aussi loin que Christ, nous devons malgré tout pouvoir dire avec Paul : Je fais une chose : oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ.
Horten, le 30 juillet 1909
