Horten, le 31 juillet 1905
Cher frère, Aksel,

Merci beaucoup pour ta très bonne lettre, qui montre que tu vas bien en Jésus-Christ.

C’est l’Esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien. Le Seigneur, c’est l’Esprit ; et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté. Celui qui a l’Esprit de Dieu n’a rien à dissimuler, c’est pourquoi tout peut être mis à la lumière. Quand nous marchons dans cette lumière, nous sommes mutuellement en communion, et le sang de Christ, le Fils de Dieu, nous purifie de tout péché. Qui nous condamnera ? Christ est mort ; bien plus, il est ressuscité.

J’apprends que tu as eu affaire à quelqu’un qui voulait te corriger. C’était certainement un des dix mille. Quand vous auriez dix mille maîtres en Christ, vous n’avez cependant pas plusieurs pères, dit l’apôtre. Mais c’est la grâce qui doit nous enseigner à renoncer à l’impiété et aux convoitises mondaines – pas les dix mille maîtres.

Tu parles aussi des gens avec qui tu étais, qu’ils étaient mondains, etc., mais que tu éprouves beaucoup de joie à leur annoncer la Parole. On ne peut pas fixer de règle sur ce point, car tout m’est permis, mais je ne me laisserai asservir par quoi que ce soit, dit l’apôtre. Si un non-croyant vous invite et que vous vouliez y aller, mangez de tout ce qu’on vous présentera, sans vous enquérir de rien par motif de conscience. Mais il se trouve que nous sommes esclaves de la loi de Dieu par notre entendement et de la loi du péché par notre chair, alors que les impies sont esclaves de la loi du péché à la fois par l’entendement et par la chair. C’est là qu’est la différence.

Si nous pouvons dire comme l’apôtre, avec une pleine certitude : 2 Co. 2, 15. Nous sommes, en effet, pour Dieu la bonne odeur de Christ, parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui périssent : aux uns, une odeur de mort donnant la mort ; aux autres, une odeur de vie donnant la vie. Et qui est suffisant pour ces choses ? Si nous sommes réellement suffisants pour ces choses, nous pouvons, si besoin est, aller dans les repaires les plus sordides comme dans les palais des rois, car nous sommes alors comme du feu dans de la paille sèche.

Mais si on est faible et que l’on a tendance à se laisser mettre avec les infidèles sous un joug étranger, alors le mieux qu’on puisse faire est de se séparer d’eux le plus vite possible, car quel accord y a-t-il entre Christ et Bélial, Dieu et le monde, l’incrédulité et la foi ? 2 Co. 6, v. 14 et suivants. C’est pourquoi, sortez du milieu d’eux, et séparez-vous, dit le Seigneur ; ne touchez pas à ce qui est impur, et je vous accueillerai. Notre entendement et celui du monde sont opposés l’un à l’autre. Le monde a l’affection de la chair, qui est la mort, mais nous avons l’affection de l’Esprit, qui est la vie et la paix. Nous devons nous purifier du vieux levain pour être une pâte nouvelle. Purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit, en achevant notre sanctification dans la crainte de Dieu.

Si on touche à du goudron, on a les doigts poisseux, si on touche le feu, on se brûle, et si on touche au péché, on ressent sa morsure. Notre liberté en Christ est grande, mais elle ne doit pas le moins du monde devenir un prétexte de vivre selon la chair. Demeurerions-nous dans le péché, afin que la grâce abonde ? Loin de là ! Nous qui sommes morts au péché, comment vivrions-nous encore dans le péché ?

Ne recherchons jamais les chemins larges, ne cherchons jamais à tout prix à savoir à quel point on peut s’approcher du monde tout en continuant à être chrétien ! Le cœur et l’entendement de telles personnes sont tournés vers le monde et vers les pots de viande de l’Égypte, et elles obtiendront ce qu’elles recherchent et ce à quoi elles aspirent. Mais recherchons la sagesse et la force de Dieu, et les choses d’en haut, et oublions ce qui est dans le monde. Puisses-tu être froid ou bouillant, dit le Seigneur. Mais parce que tu es tiède, je te vomirai de ma bouche. Être partagé ne sert à rien, on devient par là un esclave religieux, et on ressemble à une colonne de sel qui a perdu sa force. Froid ou bouillant ! On ne peut pas jouer la comédie avec Dieu, il a des yeux comme une flamme de feu, et tout est nu et découvert aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte. Il n’a pas besoin des hommes impies. Il n’est point servi par des mains humaines, comme s’il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous la vie et la respiration.

Si nous voulons être serviteurs du Seigneur, parlons comme la parole du Seigneur, qui est d’abord vivante, puis tranchante, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants. Elle n’est pas émoussée et usée, mais elle sépare jointures et moelles, et elle juge les sentiments et les pensées du cœur.

D’après ta dernière lettre, j’ai l’impression que tu veux essayer de garder tes camarades du monde tout en vivant en Christ. Mais laisse-moi te dire, cher Aksel, qu’il faut que tu les gagnes, sinon ce seront eux qui te gagneront. Très nombreux sont ceux qui ont essayé de concilier Dieu et le monde, mais cela a toujours échoué et a causé la perte de ceux qui s’y sont essayés. Si tu es joyeux et heureux en Christ, ne vends pas ton droit d’aînesse pour un plat de lentilles, comme l’a fait Ésaü. Plus tard, il chercha avec larmes à le retrouver, mais ce fut en vain. Si tu veux devenir fort et vigoureux comme un jeune lion, et sauter comme les veaux d’une étable, fais une croix sur le monde et sa gloire, et prêche de telle sorte à tes amis qu’ils prennent leurs jambes à leur cou, ou bien qu’ils fondent au feu de tes paroles.

Je ne peux pas faire autrement que parler comme je le fais. Que Dieu te donne l’intelligence et la révélation de l’Esprit pour comprendre ses mystères, que les sages et les puissants de ce monde ne comprennent pas. Ce n’est pas la vérité qui doit se conformer à nous, mais nous à elle. Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira. Christ est le chemin, la vérité et la vie. Il surpasse toute connaissance. Si nous connaissons le mensonge, le mensonge sera à nous, et si nous connaissons la vérité, la vérité sera à nous.

La sagesse doit nous conduire dans le feu comme dans l’eau. La vérité est radicale et ne prend aucun égard à notre vie dans ce monde. Dieu n’a pas non plus épargné son Fils.

Lis Luc 11, du verset 37 à la fin du chapitre. Jésus est ici assis à table chez un pharisien, mais regarde comment il s’en prend à eux. Il n’était pas esclave de ses hôtes à cause d’un repas.

Il est dit d’Étienne dans Ac. 6, 10 : mais ils ne pouvaient résister à sa sagesse et à l’Esprit par lequel il parlait. Ils se sont bouché les oreilles et se sont précipités tous ensemble sur lui (Ac. 7, 57). Étienne était l’homme qu’il fallait pour prêcher au monde, car personne ne pouvait lui résister. C’est justement pour cela qu’ils sont devenus ses ennemis. Étienne était une pierre d’achoppement solide.

Abraham assistait au conseil de Dieu. Il fit des objections quand Dieu voulut détruire Sodome, et Dieu fut très attentif à ce qu’il disait. Lot était sûrement juste lui aussi, mais Dieu ne pouvait pas lui parler comme il parlait à Abraham. Il en est de même de nos jours. Il est possible de se donner entièrement et sans réserve à Dieu, de manière à être admis dans son conseil intime. Il est intéressant d’y être. On y comprend le pourquoi des choses. Là, on n’est pas dans l’incertitude quant à ce que l’on fait, mais on a une pleine assurance et on peut parler avec une pleine assurance. Nous croyons, c’est pourquoi nous parlons. Si on est incertain, on parle de manière incertaine. Mais la foi est la démonstration des choses qu’on ne voit pas. Ce n’est pas une vague certitude.

Il est précieux que tu aies compris clairement que nous devons nécessairement servir la loi de Dieu avec notre entendement et la loi du péché avec notre chair, et Paul rendait grâces à Dieu pour cela. C’est surprenant, mais c’est de cette manière que le sujet de nous glorifier reste toujours exclu, et la grâce continuelle nous châtie et nous éduque. On n’a pas besoin d’être ignorant de ces choses, mais cela est caché pour la plupart. Ils n’osent pas le croire. C’est seulement de la lâcheté. Il faut un peu de hardiesse. Nous avons obtenu la liberté de la Norvège par une opération rapide. Nous obtenons de même la liberté en Christ par des opérations rapides. Fini toutes les unions et les relations avec le monde ! Ils fixent des conditions. Ne t’en soucie pas le moins du monde ! Satan est écrasé, et la condition est de croire cela.

Salue à la maison. J’espère que Ludvig viendra bientôt. Il est très habituel qu’on veuille être actif, mais le fait est que Dieu est celui qui produit en nous le vouloir et le faire. Ce que nous faisons extérieurement ne vaut rien, ce n’est que de la folie.

J’ai parlé aujourd’hui et il y a quelques jours avec le capitaine de vaisseau Kielland. Il ne peut pas supporter ceux qui ont continuellement la parole de Dieu sur les lèvres, dit-il. À son avis, nous devrions garder cela pour les moments où nous sommes dans notre chambre. Je lui ai répondu qu’il ne serait pas facile d’aller partout dans le monde pour faire de toutes les nations des disciples s’il fallait que chacun se cantonne dans sa chambre. Il s’est mordu les lèvres et n’a plus rien dit. Mais aujourd’hui, il avait trouvé quelque chose et il voulait répliquer, et on m’a demandé de descendre dans son bureau, mais ce n’étaient que des bêtises ; il voulait simplement être celui qui avait raison, et je l’ai laissé tomber, car il ne comprenait que les choses naturelles et non les choses spirituelles. J’ai beaucoup parlé de ces choses avec l’intendant d’arsenal Sande ces jours-ci, car je travaille dans son bureau en ce moment. Aujourd’hui, je lui ai lu Lu. 11, là où Jésus était invité à dîner, et il a ri et s’est réjoui.

Ne tarde pas à écrire, car c’est très intéressant d’avoir de tes nouvelles.

Bien à toi,

Johan