Horten, le 8 février 1909
Cher frère, Aksel,

Comme je comprends que tu as décidé dans ton cœur de ne pas m’écrire, je t’envoie malgré tout quelques lignes, dans la puissance et au nom de Christ. Si j’ai attristé quelqu’un, qui peut alors me réjouir, si ce n’est celui que j’ai attristé ? Mais ce n’était pas mon intention d’attrister quelqu’un, et c’est l’intention que l’on doit juger pour pouvoir prononcer un jugement juste. Ces jours-ci, un juriste nous fait des cours de droit, et il nous explique que c’est l’état d’esprit et l’intention dont il faut tenir compte quand on juge un malfaiteur. Si un délit est commis sans que l’entendement de son auteur y ait participé, le malfaiteur est innocenté. Je ne veux pas dire par là que je devrais être innocenté dans cette affaire, mais le fait est que si je suis connu de Dieu, je devrais aussi l’être de ta conscience. Cela a toujours été une joie pour moi d’avoir de tes nouvelles, et cela continuera ainsi. Cependant, cette joie n’est pas plus grande que la vérité elle-même ; je serais donc prêt à la sacrifier pour la cause de la vérité. Mais puisque la vérité de Christ m’est devenue si précieuse, chaque frère et sœur de la vérité m’est aussi devenu précieux. Et si le fait de m’humilier peut donner de la communion en Jésus-Christ, alors c’est une grande joie pour mon cœur de m’humilier, même sur les points où j’avais auparavant combattu, avec le zèle de Christ, pour faire progresser la vérité.

Non pas que cela soit mon honneur à vos yeux, mais à ceux de Dieu, qui perçoit les intentions, même à travers le jugement. Ainsi, j’espère que nous nous retrouverons de nouveau en Jésus-Christ, et si ce n’est pas juste là où nous avons perdu prise, ce sera au moins quelque part dans le pays promis, là où le visage doit toujours être dirigé vers Jérusalem.

Ces temps-ci, nous avons aussi toute une série de problèmes ici à Horten, mais par l’Esprit qui juge et qui consume, tout rentrera certainement dans l’ordre. (Pr. 21, 16) L’homme qui s’écarte du chemin de la sagesse reposera dans l’assemblée des morts. Nous devons accepter qu’il y ait des combats dans l’assemblée des vivants – car il n’y a pas de victoire sans combat. Dieu nous apprend toujours quelque chose dans le combat. Dans l’assemblée des morts, il y a naturellement une grande tranquillité.

Juste ces quelques mots au passage.

Salutations cordiales avec 1 Co. 4, 2. Pour mémoire, 1 Co. 1, 26–30.

Salue le fr. Gerrard et la sr. Helga. Salue de même papa et maman et les autres frères et sœurs.

Ton frère, qui participe toujours au jugement, à la délivrance, à la tristesse et à la joie,

Johan