Moyen court et très facile de faire oraison

que tous peuvent pratiquer très aisément et arriver par là en peu de temps à une haute perfection

Jeanne-Marie Guyon

Marchez en ma présence et soyez parfaits. Ge. 17, 1.

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Préface de l’auteur

L’on ne pensait pas donner au public ce petit ouvrage, que l’on avait conçu dans une grande simplicité. Il avait été écrit pour quelques particuliers qui désiraient aimer Dieu de tout leur cœur, mais comme quantité de personnes en demandaient des copies, à cause de l’utilité que la lecture de ce petit traité leur avait apportée, elles ont souhaité le faire imprimer pour leur propre satisfaction, sans autre vue que celle-là.

On l’a laissé dans sa simplicité naturelle. L’on n’y condamne la conduite de personne ; au contraire, l’on estime celle que tiennent tous les autres. L’on soumet même tout ce qu’il contient à la censure des personnes d’expérience et de doctrine ; priant seulement les uns et les autres de ne pas s’arrêter à l’écorce, mais de pénétrer le dessein de la personne qui l’a fait, qui n’est autre que de porter tout le monde à aimer Dieu, et à le servir avec plus d’agrément et de succès, en pouvant le faire d’une manière simple et aisée, propre aux petits qui ne sont pas capables de choses extraordinaires ni de celles qui sont étudiées, mais qui veulent bien tout de bon se donner à Dieu.

L’on prie ceux qui le liront de le lire sans prévention, et ils découvriront sous des expressions si communes une onction cachée qui les portera à la recherche d’un bonheur qu’ils doivent tous espérer posséder.

L’on se sert du mot « facilité », disant que la perfection est aisée, parce qu’il est facile de trouver Dieu en le cherchant au-dedans de nous. On pourrait alléguer ce passage : Vous me chercherez et vous ne me trouverez pas. Jn. 7, 34. Cependant cela ne doit pas faire de difficulté, parce que le même Dieu, qui ne peut pas se contredire, a dit : Qui cherche trouve. Mt. 7, 7. Celui qui cherche Dieu sans vouloir quitter le péché ne le trouve point, parce qu’il le cherche là où il n’est pas. C’est pourquoi il est ajouté : Vous mourrez dans votre péché. Mais celui qui veut bien se donner quelque peine pour le chercher dans son cœur, en quittant sincèrement le péché pour s’approcher de lui, le trouvera infailliblement.

Quantité de personnes se sont figuré la dévotion si affreuse et la prière si extraordinaire qu’elles n’ont pas voulu travailler à leur acquisition, désespérant d’en venir à bout. Mais comme la difficulté que l’on se fait d’une chose cause le désespoir d’y pouvoir réussir et ôte en même temps le désir de l’entreprendre, et que lorsqu’on considère une chose comme avantageuse et aisée à obtenir, on s’y donne avec plaisir et on la poursuit avec hardiesse, c’est ce qui a obligé de faire voir aussi bien l’avantage que la facilité de cette voie.

Oh ! si nous étions persuadés de la bonté de Dieu pour ses pauvres créatures et du désir qu’il a de se communiquer à elles, on ne s’imaginerait pas des monstres et on ne désespérerait pas si facilement d’obtenir un bien qu’il désire extrêmement nous donner ! Et après qu’il nous a donné son Fils unique et l’a livré lui-même à la mort pour nous, Ro. 8, 32, pourrait-il nous refuser quelque chose ? Non, assurément ! Il ne faut qu’un peu de courage et de persévérance ; on en a tant pour de petits intérêts temporels et on n’en a point pour l’unique nécessaire, Luc 10, 42.

Que ceux qui auront de la difficulté à croire qu’il est facile de trouver Dieu par cette voie n’en croient point ce que l’on leur dit, mais qu’ils en fassent l’expérience et qu’ils en jugent par eux-mêmes. Et ils verront que l’on leur en dit bien peu en comparaison de ce qui en est.

Très cher lecteur, lisez ce petit ouvrage avec un cœur simple et sincère, avec la petitesse de l’esprit, sans vouloir l’éplucher scrupuleusement. Et vous verrez que vous vous en trouverez bien. Recevez-le avec le même esprit que l’on vous le donne, qui n’est autre que de vous porter tout à Dieu sans réserve, qui n’est pas de le faire valoir ou estimer quelque chose, mais d’encourager les simples et les enfants d’aller à leur Père, qui aime leur humble confiance et auquel la défiance déplaît beaucoup. N’y cherchez rien que l’amour de Dieu et ayez le désir sincère de votre salut, et vous le trouverez assurément, suivant cette petite Méthode sans méthode.

L’on ne prétend pas élever son sentiment au-dessus de celui des autres, mais l’on dit sincèrement l’expérience que l’on a eue, tant par soi-même que par d’autres âmes, de l’avantage qu’il y a à se servir de cette manière simple et naïve pour aller à Dieu. Si l’on n’y parle pas de quantité de choses que l’on estime, mais seulement du moyen court et facile pour prier, c’est que n’étant fait que pour cela, il ne peut pas parler d’autre chose. Il est certain que si on le lit dans le même esprit qu’il a été écrit, on n’y trouvera rien qui choque l’esprit ; on sera encore plus certain de la vérité qu’il renferme, si on veut bien en faire l’expérience.

C’est à vous, ô saint Enfant Jésus, qui aimez la simplicité et l’innocence, et qui faites vos délices d’être avec les enfants d’hommes, Pr. 8, 31, c’est-à-dire avec ceux d’entre les hommes qui veulent bien devenir enfants, c’est à vous, dis-je, de donner le prix et la valeur à ce petit ouvrage, l’imprimant dans le cœur, et portant ceux qui le liront à vous chercher au-dedans d’eux, où vous reposerez comme dans une crèche où vous désirez recevoir les marques de leur amour et leur donner des témoignages du vôtre. Ils se privent de ces biens par leur faute. C’est votre ouvrage, ô Enfant-Dieu, ô Amour incréé, ô Parole muette et abrégée, de vous faire aimer, goûter et entendre. Vous le pouvez, et j’ose dire que vous le devez, par ce petit ouvrage qui est tout à vous et tout pour vous.