Du repos devant Dieu

L’âme étant arrivée ici n’a plus besoin d’autre préparation que de son repos. Car c’est ici que la présence de Dieu durant le jour, qui est le grand fruit de la prière, ou plutôt la continuation de la prière même, commence à être infuse et presque continuelle. L’âme jouit dans son for intérieur28 d’un bonheur inestimable. Elle trouve que Dieu est plus en elle qu’elle-même. Elle n’a qu’une seule chose à faire pour le trouver, qui est de s’enfoncer en elle-même. Dès qu’elle ferme les yeux, elle se trouve prise et mise en prière. Elle est étonnée d’un si grand bien, et il se fait au-dedans d’elle une conversation que l’extérieur n’interrompt point.

On peut dire de cette manière de prier ce qui est dit de la Sagesse, que tous biens sont venus avec elle, Livre de la Sagesse 7, 11. Car les vertus coulent agréablement en cette âme qui les pratique d’une manière si aisée qu’elles semblent lui être naturelles. Elle a un germe de vie et de fécondité qui lui donne de la facilité pour tout ce qui est bon, et de l’insensibilité pour tout ce qui est mauvais. Qu’elle demeure donc fidèle en cet état, et qu’elle se garde bien de chercher une autre disposition, quelle qu’elle soit, que son simple repos, que ce soit pour la confession ou pour la communion, pour l’action ou pour la prière. Il n’y a rien à faire que de se laisser remplir de cette effusion divine. Je n’entends pas parler des préparations nécessaires pour les sacrements, mais de la plus parfaite disposition intérieure dans laquelle on puisse les recevoir, qui est celle que je viens de dire.