De la vertu

C’est [là] le moyen court et assuré d’acquérir la vertu, parce que Dieu étant le principe de toute vertu, c’est posséder toute vertu que de posséder Dieu. Et plus on s’approche de cette possession, plus on a la vertu en degré éminent. De plus, je dis que toute vertu qui n’est point donnée au-dedans17 est un masque de vertu, et comme un vêtement qui s’ôte et ne dure guère. Mais la vertu communiquée par le fond est la vertu essentielle, véritable et permanente : La beauté de la fille du roi vient du dedans. Ps. 45, 14. Et de toutes les âmes, il n’y en a pas qui la pratiquent plus fortement que celles-ci, quoiqu’elles ne pensent pas à la vertu en particulier. Dieu, à qui elles se tiennent unies, leur en fait pratiquer de toutes sortes. Il ne leur souffre rien, il ne leur permet pas un petit plaisir.

Quelle faim ces âmes amoureuses n’ont-elles pas de la souffrance ! À combien d’austérités ne se livreraient-elles pas si on les laissait agir selon leurs désirs ! Elles ne pensent qu’à ce qui peut plaire à leur Bien-aimé et elles commencent à se négliger elles-mêmes et à se moins aimer. Plus elles aiment leur Dieu, plus elles se haïssent et plus elles ont de dégoût des créatures.

Ô si l’on pouvait apprendre cette méthode, si facile qu’elle est propre pour tous, pour les plus grossiers et ignorants comme pour les plus doctes, combien aisément toute l’Église de Dieu serait-elle réformée ! Il ne faut qu’aimer. Aimez et faites ce que vous voudrez (St. Augustin). Car lorsqu’on aime bien, on ne peut vouloir rien faire qui puisse déplaire au Bien-Aimé.