Les lois et les liens du corps

C’est de lui, et grâce à tous les liens de son assistance, que tout le corps, bien coordonné et formant un solide assemblage, tire son accroissement selon la force qui convient à chacune de ses parties, et s’édifie lui-même dans la charité. V. 16.

Quand il est dit ici que le corps est coordonné et uni grâce à tous les liens de son assistance, il faut se souvenir de ce qu’est le corps. Seules appartiennent au corps les âmes qui ont été baptisées dans un seul Esprit, pour former un seul corps.

Il faut être très attentif à la vocation et à l’élection de chaque membre, pour ne pas transgresser les lois qui régissent le corps. Tous n’ont pas la même œuvre à accomplir, de même que tous n’ont pas la même grâce. L’un peut avoir un don particulier pour juger les esprits des hommes ; un autre a des révélations sur la connaissance de Dieu. Certains sont particulièrement généreux, d’autres hospitaliers, d’autres encore sont particulièrement serviables. Certains exhortent, d’autres enseignent, d’autres encore chantent et jouent. L’un a des dons pour servir à la cuisine, un autre pour convaincre et consoler.

Tous ces liens contribuent à l’assemblage du corps, pour former un tout. C’est Christ qui les a donnés, en toute sagesse et intelligence, pour que tout dans la maison soit rendu propre à célébrer la gloire de celui qui a préparé la maison.

Ne sois donc pas prompt à juger ton frère, sous prétexte que ses dons et sa grâce ne correspondent pas aux tiens. Il a peut-être un œil exercé dans d’autres domaines, où tu es plus aveugle. Sois humble et modeste dans tes pensées et dans ton jugement, car aucun de nous n’a reçu des dons pour s’en servir afin de condamner nos frères ; nous les avons reçus pour servir et pour aider.

De même qu’il y avait des lois à l’extérieur du corps, pour le châtiment de ceux qui transgressent, il y a aussi des lois dans le corps, pour apporter de l’aide mutuelle et pour assembler dans l’amour.

Dieu ne regrette pas les dons et la vocation qu’il a donnés ; l’homme est donc en possession de ces dons dès sa naissance, car Il est monté en haut et a fait des dons aux hommes. Ce n’est pas seulement quand on naît de nouveau qu’on reçoit ces dons ; ils sont donnés même à l’impie, mais par la nouvelle naissance, ils sont sanctifiés par l’Esprit et utilisés au service de Dieu. On peut en effet voir des personnes mondaines qui font preuve de beaucoup de générosité et d’un sens exercé pour la justice. On ne peut donc pas juger du degré de spiritualité d’un homme à ses dons, mais au fait qu’il fait preuve de fidélité et d’amour dans l’exercice de ses dons. L’impie peut en effet utiliser ses dons pour opprimer et dominer celui qui est moins doué. Une personne moins spirituelle peut aussi utiliser ses dons pour montrer du doigt et médire de quelqu’un qui est moins doué, mais qui, parce qu’il a un bon entendement, est peut-être plus agréable à Dieu que celui qui est plus doué.

Ce qui est parfait, c’est donc que chacun utilise son don pour servir dans l’amour de Christ, pour que personne, par un zèle humain, ne se fasse valoir dans le domaine où il est doué, de manière à condamner ceux qui sont moins doués. Car même si ce qu’il dit est vrai, cela ne contribue pas à la croissance du corps, car en disant ces choses, il n’a pas à cœur le bien de l’autre. C’est pourquoi nous devons professer la vérité dans la charité quand nous servons dans le corps.