Horten, le 23-11-1909
Cher frère, Aksel,

Merci pour ta lettre, que j’ai reçue aujourd’hui, ainsi que pour le livre et pour les 22,00 couronnes que tu as envoyées. Nous allons bien acheter du vin ; mais je n’y vois pas encore clair sur le fait d’accepter ou non l’argent que tu as envoyé pour les cours de français. Je te le dirai plus tard ; en attendant, je te remercie pour ta bonne disposition de cœur.

Ta lettre adressée à papa était plus que d’habitude remplie d’excellentes choses. Dieu t’a donné sa grâce pour que tu puisses tisser une toile autour de lui, comme l’araignée le fait autour de sa proie. Je crois qu’il lui sera difficile d’en sortir, si tu continues encore ainsi un certain temps, jusqu’à ce qu’il reconnaisse qu’il se sent à l’aise dans le filet ; alors tu pourras lui donner ton approbation, mais pas avant.

Comme tu le ressens sans doute, nous devons être prudents comme les serpents et simples comme les colombes. Si nous écoutons l’Esprit en toutes choses, tout ira bien.

Mon cœur était entièrement d’accord avec ce que tu as dit au sujet de Ludvig et de l’assemblée, qui devaient être sacrifiés. Tout doit être sacrifié si l’on veut avoir la paix. On pourrait s’épargner toutes les larmes charnelles si seulement on voulait déposer le sacrifice et le laisser là. Lorsque Dieu me fera grâce pour écrire à papa, je lui demanderai de garder les lettres que tu lui as envoyées ces derniers jours, car je crois qu’elles supporteront l’épreuve du temps. J’entends que le fr. Anthony est fatigué à la fois dans son corps et dans son âme. Je crois qu’il doit faire un très grand sacrifice s’il veut s’associer pleinement à nous. Je crois qu’il en sera pour lui comme pour le jeune homme riche, s’il ne renonce pas à tout.

J’étais à l’instant chez P. Roa et je lui ai lu la lettre que tu as écrite à papa. Elle a commencé à pleurer, parce qu’elle avait justement eu aujourd’hui le même combat que celui dont tu parlais dans ta lettre, à savoir qu’il fallait laisser l’offrande sur l’autel lorsqu’on l’y avait déposée. Ensuite, nous avons lu ce qui est dit du torrent dans Éz. 47, comment il apportait la vie partout où il venait, comment les arbres fruitiers portaient des fruits sans fin, v. 12, mais que les marais et les fosses du torrent ne devaient pas être assainis et qu’ils devaient être abandonnés au sel, v. 11. Si l’on stagne et que l’on n’obéit pas à l’Esprit de Dieu, on devient un tel marais et une telle fosse, abandonné au sel, et aucune végétation ne peut croître le long d’un marais salé. Le sel préserve l’eau de la fosse pour qu’elle ne se putréfie pas, mais il empêche en même temps toute croissance aux alentours. On met bien du sel dans les allées du jardin pour tuer l’herbe. De la même manière, je crois qu’une âme peut être gardée par la force du sel, même si elle stagne, mais elle ne porte plus de fruits. L’âme peut être sauvée, au jour de notre Seigneur Jésus-Christ, grâce à la force conservatrice du sel. On ne sale jamais quelque chose de vivant, seulement des choses mortes. Je n’ai jamais entendu parler d’eaux salées qui coulent, mais le torrent d’eau vivante coulait. Le torrent doit absolument être l’Esprit de Dieu ; mais puisqu’il n’y avait pas de sel dans le torrent, il n’y pas de sel non plus dans l’Esprit. Mais où se trouve-t-il donc ? Le Seigneur est l’Esprit, et l’Esprit témoigne seulement du sacrifice, pas du sel sur le sacrifice. Le sacrifice est Jésus, et l’Esprit témoigne de lui. Le sel qu’il fallait prendre pour saler le sacrifice est bien sûr en dehors du sacrifice lui-même. Qu’est donc le sel ? Mon raisonnement atteint ses limites ici, je ne trouve aucune explication. Attends, une lumière commence peut-être à se lever. Le sel conserve le sacrifice en tant que sacrifice, pour qu’il soit un sacrifice valable pour toutes les générations, dans tous les siècles. Mais pour qu’il demeure un sacrifice grâce au sel, il faut toujours qu’il y ait un objet, et cet objet, c’est l’homme. C’est pourquoi il est dit : Ayez du sel en vous-mêmes. Vous êtes le sel de la terre. L’homme a donc du sel en lui-même. Mc. 9, 50. Sans sel, il n’y a pas de sacrifice. Pour pouvoir transmettre à notre postérité un sacrifice entier, nous devons avoir du sel en nous-mêmes, pour que nous puissions le transmettre, lui, Jésus, comme sacrifice. Il n’est en effet transmis que par les saints, par ceux qui sont le sel de la terre. Ce sont donc les saints qui sont le sel de la terre, qui conservent Jésus comme sacrifice pour les générations à venir. Alléluia ! maintenant, j’ai reçu de la lumière !

Dieu vient à l’instant même de me donner cette lumière magnifique. J’ai écrit et raisonné jusqu’à recevoir la lumière complète. Tu en vois toi-même le cheminement.

Combien les voies de l’Éternel sont magnifiques ! Quelle sainte mission que d’être le sel, qui conserve Jésus comme sacrifice à travers les siècles ! Les apôtres étaient le sel qui a conservé le sacrifice pour le transmettre à leurs proches, qui à leur tour l’ont transmis à nouveau, et ainsi de suite. Oui, en vérité, je comprends maintenant les paroles profondes de Jésus : Vous êtes le sel de la terre. Ce n’est pas étonnant que le sel qui perd sa saveur n’est bon à rien. C’est curieux comment l’Esprit de Dieu analyse toutes choses pour nous. Lorsque nous sommes salés, le sel ne peut pas contribuer à la vie et à la végétation, mais le torrent le peut.

Lorsqu’on considère les œuvres des hommes et femmes pieux à travers tous les temps, on peut voir que ce sont les saints qui les ont conservées. Les saints sont le sel. Mais ces œuvres qui sont décrites doivent aussi être des sacrifices !!! Car tout sacrifice doit être salé de sel, c’est-à-dire doit être conservé ! Ce sont les paroles du Seigneur, et nous n’avons donc pas à nous inquiéter de ce qui sera après nous, quand nous serons partis. Si nous n’en sommes pas libérés, notre travail n’est pas un sacrifice et ne peut donc évidemment pas être salé, et en conséquence ne peut pas être conservé. Nous avons ici un grand domaine, où les fruits demeurent lorsqu’ils sont offerts en sacrifice et salés. Quelles promesses remarquables, quels remarquables trésors cachés dans des lieux secrets ! Nous ne pouvons pas assez admirer la sagesse et la majesté de Dieu.

Si ton corps est un sacrifice, je crois qu’il peut être conservé par le sel. Par ton œuvre en Christ, beaucoup de saints (le sel) seront en effet actifs en priant pour ta vie, à cause de l’œuvre que Dieu t’a donnée à faire parce que tu t’es donné en sacrifice. Tout doit être exact. La croix est présente dans tout ce que Dieu fait. Lorsque la santé et la croix vont de pair, nous savons que la volonté de Dieu est la santé, et c’est pourquoi il donne la santé. Beaucoup de saints se sont endormis (sont morts) parce qu’ils vivaient une vie négligente. La sagesse de Dieu allonge le nombre de nos jours. Nous avons beaucoup à apprendre à ce sujet. Lorsque nos corps sont offerts comme des sacrifices vivants, saints et agréables à Dieu, il est certain que ces sacrifices sont aussi salés de sel, parce qu’il est écrit que tout sacrifice doit être salé de sel. Mais le corps n’est salé de sel qu’aussi longtemps qu’il est offert en sacrifice. Si le sel perd sa saveur, le sacrifice – le corps dans ce cas – commence à pourrir. Il en est de même de tous les autres sacrifices. (Avez-vous tant souffert en vain ?)

Merci beaucoup pour le livre de Mme Guyon que tu m’as envoyé ; ce sera intéressant de le lire.

Porte-toi très bien, et reçois les salutations les plus cordiales de ton frère,

Johan