Horten, le 22-11-1909
Cher frère, Aksel,

Merci pour ta lettre, ta carte postale et pour les journaux que tu m’as envoyés. Comme tu peux le constater, je joins une lettre de papa qui est un peu chiffonnée, car elle a servi de papier d’emballage pour quelques livres qu’il m’a envoyés. Hier, nous avons eu une réunion bénie. Le fr. Berg et les autres participent de tout cœur au « mouvement de sanctification ». Je l’appelle comme cela, car je crois qu’il va se répandre et apporter beaucoup de bénédictions là où il arrivera. Papa a apparemment changé d’avis ; ce n’est pas trop tôt. Il aurait dû être un maître en Christ depuis longtemps, mais il ne comprend encore que les premiers rudiments. C’est triste de voir quelqu’un perdre ses journées et ses années précieuses, par manque d’intelligence et par lâcheté face aux souffrances de Christ, de sorte que même à un âge avancé, il n’arrive pas à comprendre les vérités les plus simples.

Papa a dit une fois à Mme Rasmussen qu’il était obligé de reconnaître que nous disons la vérité ; mais Mme R. n’était pas d’accord. Figure-toi donc qu’il comprenait ce qu’était la vérité ; mais pour ne pas se brouiller avec Th. R. et sa femme, il l’a rejetée pour garder une paix charnelle. On ne peut pas appeler cela de « l’amour pour la vérité ». C’est justement cela qui l’a lié pendant de nombreuses années. L’amour pour la vérité bannit toute crainte, et nous amène à renoncer facilement à toutes nos relations amicales et familiales. Notre cœur et notre entendement doivent supporter tout à cause de l’amour pour la vérité, sinon nous ne sommes pas propres au royaume des cieux.

Tout bien considéré, c’est l’amour pour la vérité qui nous rend capables et qui nous fait surmonter tous les obstacles. Il nous rend forts comme l’acier et inébranlables. Il nous amène à aimer tous ceux qui sont de la vérité, même s’ils se trouvent au bord du précipice, à condition qu’ils reconnaissent leur situation et mettent leur état corrompu en relation avec la vérité sur cet état.

Combien c’est vil et lâche de renier la vérité à cause de la crainte des hommes ! Peut-on ensuite s’étonner que de telles personnes se retrouvent sur la touche ? Qu’est-ce que l’amitié d’un homme ? Qu’est-ce qu’un homme, pour qu’on le préfère à Christ ? Cela fait maintenant longtemps que je n’ai pas écrit à la maison ; cela me répugne d’avoir à exprimer un tas de bons sentiments. Oui, je ne sais pas que dire, car je crois en avoir dit assez. Ma conscience est pure de leur sang, et ils m’ont assez répété que je devais en être libre. Dieu ne fait pas acception de personnes. Dieu ne prend pas plaisir en celui qui se retire, quel qu’il soit !

Au fur et à mesure que le temps passe, il devient de plus en plus clair pour moi qu’il ne faut pas forcer les gens à accepter la vérité, car l’Esprit de Dieu ne le fait pas. Et cela me rend heureux dans le cercle restreint où l’on aime vraiment la vérité. C’est beaucoup mieux de gagner une personne qui veut quelque chose, que de gagner cent personnes qui ne savent pas ce qu’elles veulent. Un Paul a fait beaucoup plus dans le royaume de Dieu que tous les ennemis de la croix de Christ réunis.

Comme tu le vois, papa écrit maintenant quelque chose sur le fait de prendre sa croix, mais il faut se garder de le louer pour cela, car une telle louange le ferait seulement remonter à la surface, où il a l’habitude de se trouver. Il ne faut pas se contenter d’être attristé pendant un après-midi parce que les choses ne se passent pas comme on le souhaite. Nous n’appelons pas cela la communion des souffrances de Christ ; c’est plutôt un arrachage de plantes que notre Père céleste n’a pas plantées. Peut-être même pas cela ; ce n’est peut-être qu’une tristesse parce qu’un mauvais arbre ne peut pas porter de bons fruits.

Sur ce, salutations cordiales en Jésus-Christ.

Ton frère

Johan