Horten, le 30 août 1909
Cher frère, Aksel,

Je viens à l’instant de recevoir ta très bonne lettre. Je me suis vraiment réjoui de recevoir des informations sur la situation à Kristiansand telle qu’elle est réellement, car je sais que Dieu t’a donné la grâce de comprendre. Tu parles un peu de papa, qui prétend en avoir fini avec le corps du péché, etc. Je crois que puisque tu as essayé à plusieurs reprises de le convaincre de ce qui est juste, tu dois maintenant être dans le repos à cet égard ; sinon ce combat sans fin fatiguera ton corps sans produire de fruits en conséquence. J’ai moi-même rappelé sans cesse ces choses à papa, mais il ne veut rien savoir. Il y a probablement quelque chose dans sa vie qu’il ne veut pas mettre à la lumière, car quand on a recours aux ténèbres et qu’on déforme les faits, c’est qu’on cherche une échappatoire. Nous ne sommes pas responsables de cela, puisque nous lui avons sans cesse rappelé que c’est par beaucoup de souffrances qu’il nous faut entrer dans la gloire, et que nous devons suivre le chemin de la croix. C’est une grande joie pour moi, cher frère, de voir ton zèle pour Dieu et ton amour pour la vérité, même là où cela produit de la souffrance. Retiens fidèlement ce que tu as, dans ta vie personnelle comme dans ton ministère, et Dieu t’accordera pleinement l’entrée dans son royaume éternel. J’ai été de garde à la caserne, et cela m’a donné le temps de lire plusieurs des écrits anglais que tu m’as donnés. La brochure de Mme Penn-Lewis, « Conseils pour les ouvriers », est vraiment excellente. J’ai aussi lu « Die Heiligung37 », où j’ai trouvé entre autres des remarques au sujet de Der Schatz in irdenen Gefäßen ; il est dit : Von Gott dargereichte Andacht und Anbetung strengt Gehirn und Nerven nicht an, sondern sie erquickt und stärkt Geist, Seele und Leib.

La méditation devient fatigante wenn das irdene Gefäß soll die Andacht mit aller Nervanspannung hervorbringen als müsse dem Herzen die Andacht von uns kommen38. Cela s’applique bien non seulement à la méditation, mais aussi aux conversations qu’on peut avoir avec les gens. C’est une fatigue pour le corps de rencontrer des gens qui sont lents à comprendre, car on cherche sans cesse des moyens de les convaincre ; mais cela fortifie à la fois le corps, l’âme et l’esprit d’avoir une conversation paisible avec quelqu’un qui a le même entendement que soi. Je crois que toi qui as un corps faible, tu dois justement être vigilant sur ce point, pour ne pas te surmener inutilement. Car tu sais que ce n’est pas seulement du temps de Paul qu’on pouvait rencontrer des gens fortement opposés à la vérité ; il y a un tas de gens comme le forgeron Alexandre de nos jours aussi. Je ne vois pas pourquoi nous devrions gaspiller nos forces avec de telles personnes, sauf éventuellement si c’était pour avoir la satisfaction de les acculer au mur en bonne et due forme. Il n’y a rien de plus fatigant pour les nerfs que de se donner beaucoup de peine pour convaincre, sans que cela ne produise de fruits. Il faut laisser ces gens obstinés dériver sans direction et sans but. Jésus ne consacrait ni son temps ni ses forces à de telles personnes, il répondait à l’insensé selon sa folie et le laissait poursuivre son chemin. Nous avons besoin de nous exercer à une telle rudesse spirituelle.

Mme Larsen est ici, et elle est venue me voir une fois. Elle est aussi venue à une réunion. Elle s’est comportée d’une manière bien virile, avec l’intention d’enseigner, chez moi de même qu’au début de la réunion. Elle a besoin qu’on l’instruise sur la réserve et la délicatesse spirituelles, qui sont une parure pour la femme spirituelle. Il faut aussi qu’elle détourne son regard des dons pour le tourner vers celui qui donne. Mais c’est un travail pour papa, car c’est en lui qu’elle a le plus confiance. Si ces choses ne sont pas corrigées immédiatement, elle s’enflera d’orgueil et cela la corrompra, et on la retrouvera bientôt dans le monde. Elle est déjà assez loin sur la pente glissante. Voilà du pain sur la planche pour celui qui pense être un berger. Il n’est pas surprenant que Mlle Holmqvist ait maintenant de l’autorité. C’est le résultat de la bonté un peu naïve qu’elle a rencontrée. On voit par là combien il est important d’écarter dès le début tout ce qui est malsain. Mme Larsen est sans doute en route pour Kristiansand. Elle voulait faire un tour chez elle en arrivant, a-t-elle dit.

J’ai reçu une très bonne lettre d’Anthony. Il est d’une humilité assez remarquable.

Salutations cordiales de ton frère,

Johan