Horten, le 23-8-1909
Cher frère, Aksel,

Grâce et paix de la part de Dieu !

Merci pour ta carte postale de Lyngør. Le fr. Anthony était ici hier. Nous avons parlé de beaucoup de choses, et il a surtout posé beaucoup de questions sur Ro. 7. Il a demandé entre autres comment Paul pouvait dire que le commandement l’avait fait mourir, et ensuite que ce n’était pas le commandement, mais le péché, qui l’avait fait mourir. Cela peut effectivement sembler un peu compliqué, mais je crois qu’il a été à peu près satisfait de ma réponse. Je lui ai en effet expliqué que (1) le commandement, (2) le péché et (3) moi, sont trois choses différentes. Lorsque (3) moi et (2) le péché étions unis, (1) le commandement agissait, jusqu’à ce que je remarque et comprenne que je traînais un fardeau (le péché) qui ne pouvait jamais satisfaire l’exigence de la loi. Le commandement a alors agi sur moi jusqu’à me rendre conscient du fait que toutes sortes de convoitises habitent en moi. Le commandement m’a donc fait voir toute ma misère, et le résultat a été que j’ai démissionné. Le commandement avait été donné pour conduire à la vie, mais il s’est trouvé pour moi conduire à la mort. Mais c’est justement quand je suis mort que je suis parvenu à la vie, une vie en harmonie avec le commandement. Nous voyons donc que le commandement m’a conduit à la vie, la vraie vie, mais c’est une vie qui vient après la mort (le renoncement à soi-même). Mais tout ceci s’est produit à cause du péché, pour qu’il se manifeste comme péché. Par conséquent, (1) le péché lui a donné la mort par ce qui est bon, (2) à savoir par le commandement.

Et cela veut dire : Autrefois, j’étais uni au péché, mais maintenant je suis uni au commandement.

Ensuite, il ne pouvait pas comprendre le verset 20 : si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui le fais, c’est le péché qui habite en moi. Il a cependant reçu une pleine lumière à ce sujet et s’en est réjoui. Il a d’ailleurs des pensées très incisives. Mais tu sais bien qu’on peut avoir des pensées incisives et pourtant être lent à comprendre. Non pas que j’applique cela au fr. Anthony, mais je le mentionne juste dans ce contexte, pour que tu puisses y réfléchir.

Sinon, tout s’est très bien passé. Il n’avait pas peur de se mettre à nu. Il est venu à 11 h 30 et il est reparti à 18 h 23. Ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’il disait ne pas comprendre ce que j’écrivais. Il a dit de même que la dernière lettre que j’avais écrite au sujet du « corps » et de « l’homme » n’avait pas été comprise. Justement cette petite lettre contenait beaucoup de vérités précieuses, mais il a dit qu’elle était très concentrée, et qu’elle renfermait beaucoup de pensées qui s’entremêlaient.

Je ne crois pas que nous pouvons parler de ces choses plus profondes à n’importe qui. Nous devons seulement guider les gens à partir du point où ils se trouvent. J’ai aussi dit au fr. Anthony que le peuple de Dieu n’est pas uniquement composé de disciples de Jésus. Seuls ceux qui se chargent de leur croix sont des disciples. Il était d’accord avec moi sur ce point. Il était maintenant décidé à se charger de sa croix. Il a une grande confiance en toi et se sent toujours jugé lorsqu’il est avec toi. Ce n’est pas tellement agréable, disait-il, mais c’est nécessaire.

Ceci est seulement un petit « compte rendu » de notre rencontre. Salue tout le monde à la maison, ainsi que Ludvig, quand tu le rencontreras. J’espère que nous pourrons nous rencontrer une fois que ton voyage à l’ouest sera achevé. C’est toujours si bon de parler avec toi des mystères de Christ. Le fr. Anthony est un bon élément ; si seulement il pouvait supporter la croix !

Salutations cordiales de la part de nous tous ici.

Ton frère,

Johan