Horten, le 25 décembre 1908
Cher frère, Aksel,

J’ai soigneusement lu et relu ta très bonne lettre, avec beaucoup de joie et plusieurs fois de suite. J’ai lu aussi tous les passages que tu cites – pas pour sonder les versets – mais pour comprendre de façon exhaustive ce que tu veux dire.

Ce n’est pas une mince affaire d’écrire de la manière dont je t’ai écrit dans ma précédente lettre, quand on s’adresse à celui que l’on désire le moins repousser. C’est aussi pourquoi j’ai écrit deux lettres que j’ai ensuite déchirées, avant d’avoir l’impression d’avoir trouvé les expressions correctes, car j’étais très conscient du fait qu’il y avait là des choses qui menaçaient de troubler notre communion en Esprit. Tu espères qu’une autre fois « j’oserai » dévoiler l’ennemi tout de suite, sans filouteries ni longues circonlocutions, pour que tu puisses le renvoyer dans les cordes sans tarder.

Tu es dentiste et tu as donc extrait beaucoup de dents. Une fois, tu devais m’arracher une dent ; tu as d’abord examiné l’état de la dent abîmée à l’aide d’un instrument de précision en acier et d’un miroir, tu as localisé la place de la dent dans la bouche, etc. La dernière fois, tu as même demandé conseil à Rasmussen. Et maintenant, tu me conseilles de m’emparer tout de suite de la pince et de me mettre à l’œuvre ! Est-ce une manière défendable de procéder ? Ne risque-t-on pas d’arracher une dent saine, voire deux ? Ton métier est plus proche de celui d’un médecin que le mien, c’est pourquoi tu comprends bien ce que signifie le fait qu’un médecin « pose un diagnostic ». Et pourtant tu me conseilles de donner mon pronostic sans diagnostic préalable !

Je peux en tout cas dire moi-même par expérience que dans des eaux inconnues, un capitaine avisé sonde pour estimer la profondeur, avant de faire avancer son précieux bateau. Josué a envoyé des espions dans le pays pour recueillir des informations.

Si donc j’ai utilisé des circonlocutions et si j’ai avancé en cercles concentriques qui se sont rapprochés de plus en plus du centre, tu aurais dû comprendre que sur ce point, il n’est pas en terrain complètement connu, il sonde pour trouver le fond, etc. ; car c’était vraiment le cas dans la circonstance en question. Si des circonlocutions peuvent me rapprocher d’un résultat concret, pourquoi alors ne pas employer tous les moyens et toutes les façons de parler qui sont à notre disposition ?

Quand il s’agit d’expulser l’ennemi de notre pensée consciente et de notre vie, c’est comme si on devait tirer sur un ours en train de s’en prendre à notre meilleur ami. Il faut alors se placer au bon endroit et à la bonne distance, si on ne veut pas les toucher tous les deux. Après coup, il se peut que l’ami nous fasse le reproche de ne pas avoir fait feu dès qu’on a vu l’ours.

Juste ces quelques lignes pour nourrir ta réflexion à ce sujet, et quand tu auras soigneusement lu cela et réfléchi à ces choses, tu comprendras sûrement que ce n’est pas « contre » le pécheur qu’on est zélé, mais plutôt « pour » le pécheur et pour la crainte de l’Éternel. Pr. 23, 17.

Hier, le fr. John a pris le repas du soir (veille de Noël) chez nous ; nous avons tourné autour du sapin de Noël et le fr. John a joué du piano et a chanté, si bien que nous avions le cœur vraiment joyeux. John est parti à 6 h 23 du soir et à 6 heures et demie, j’étais de garde à l’entrée de l’arsenal. Maintenant, je n’aurai pas d’autre garde pendant la période de Noël.

Je dois te dire un cordial merci de la part de Pauline pour les 5,00 couronnes, elle s’est acheté un joli sac à main et avec ce qui reste, elle a pensé acheter du tissu pour tablier.

Salue tout le monde à la maison, ainsi que les amis. J’ai plus de choses à écrire, mais pas pour l’instant.

Ton frère toujours dévoué en Christ,

Johan