Horten, le 22 décembre 1908
Cher frère, Aksel,

J’ai reçu ta très bonne lettre aujourd’hui, de même que le journal. J’ai déjà lu deux fois ce que tu m’as écrit. C’est l’esprit dans chaque chose que je veux saisir, la lettre n’a pas beaucoup d’importance ; c’est pourquoi je dois lire lentement, étudier et relire.

Tu écris qu’« il faut » que l’évêque soit mari d’une seule femme, etc. J’ai vérifié dans les traductions allemande et anglaise s’il y est aussi dit « il faut que » ou « doit ». Dans l’ancienne traduction norvégienne, il est écrit « devrait », alors que la nouvelle dit « il faut que ». Quand il est écrit plus loin qu’il faut qu’il tienne ses enfants dans la soumission et dans une parfaite honnêteté, il ne peut guère s’agir d’enfants de trois ans et d’un an et demi, comme ceux que j’ai, car ils ne comprennent pratiquement rien ni à l’obéissance, ni à l’honnêteté. Les chances que nous avons de remplir les conditions pour être évêques sont donc minimes. Mais que faut-il donc faire ? Je ne vois pas d’autre solution que de bien remplir le ministère que nous avons reçu, jusqu’à l’arrivée d’une relève appropriée.

Paul était lui-même un évêque pour les assemblées, bien qu’il n’ait pas été marié. En donnant à ces assemblées de telles directives, il savait sûrement ce qu’il faisait, car il avait appris par expérience à quel point les hommes sont charnels. Quand il donne l’ordre qu’il doit être le mari d’une seule femme, qu’il doit avoir des enfants soumis (Tite 1, 6 : des enfants croyants) etc., il veut dire par là qu’il faut que ce soit un homme qui inspire confiance aux autres et sur qui on puisse compter, un homme qui ne déviera pas de la voie droite à la moindre occasion. Et si un tel homme venait à perdre subitement sa femme, que dire à ce moment-là ? Ses enfants aussi, comme tout autre être mortel, pourraient disparaître ; serait-il alors tout à coup quelqu’un qui ne remplit plus les conditions ? Devrait-il donner sa démission et s’en aller ? Non ! je ne le pense pas. Si Dieu a placé les rênes entre ses mains, il pourra sûrement les garder aussi longtemps qu’il restera fidèle. Pour Dieu, ce qui compte, c’est de trouver un évêque fidèle. S’il n’en trouve pas un qui correspond à ce qui est écrit dans les lettres à Tite et à Timothée, il en prend un autre, car c’est seulement Dieu qui établit dans ses assemblées des pasteurs, des évangélistes et des docteurs. Les hommes agissent de la même manière : s’ils n’ont pas de balai pour balayer, ils prennent une brosse, et s’ils n’ont pas de brosse, ils trouvent autre chose qui fait l’affaire. Imagine-toi une assemblée où personne n’aurait toutes ces qualités ; cette assemblée ne devrait donc pas avoir de responsable ! Il fallait que Timothée et Tite aient un modèle de ce qu’était un évêque authentique à tous points de vue.

23/12

Hier, Brungot est venu et m’a interrompu, et nous avons eu une bonne petite réunion dans la cour intérieure chez moi, où il y a une pièce vide que j’ai utilisée comme salle de classe avant Noël. Il y en a aussi plusieurs maintenant qui veulent étudier le norvégien, mais comme cela empêche mes pensées d’être complètement absorbées par les choses spirituelles, je ne reprendrai pas ces cours après Noël. Nous verrons ce que Dieu voudra plus tard. Cela me rapporte à peu près 20 couronnes par mois.

Revenons-en au ministère d’évêque. 1 Ti. 3, 4-5 : Il faut qu’il dirige bien sa propre maison, et qu’il tienne ses enfants dans la soumission et dans une parfaite honnêteté ; car si quelqu’un ne sait pas diriger sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l’Église de Dieu ?

Nous voyons par là qu’en dirigeant bien sa propre maison, il apprend aussi à prendre soin de l’Assemblée.

Mais si quelqu’un est célibataire et qu’il n’a donc pas de maison à diriger, mais qu’il a des enfants spirituels, et qu’il s’avère qu’il sait diriger l’Assemblée de Dieu, ne faudrait-il pas le considérer comme l’égal d’un homme marié qui a des enfants, mais qui n’a jamais engendré d’enfants en Christ ? Tout célibataire qu’il est, ne peut-on pas le considérer comme s’il était marié avec des enfants pieux, bien qu’il ne soit pas marié ? S’il a élevé des enfants spirituels, il a de ce fait inclus les enfants temporels. Jésus a été éprouvé en toutes choses comme nous. Jésus n’était pas marié, mais il a été éprouvé en toutes choses comme un homme marié. Paul exhortait ceux qui étaient mariés sur la manière dont ils devaient se conduire, bien qu’il ait été célibataire. Paul avait des fils dans la foi, Timothée et Tite, et naturellement beaucoup d’autres. Paul voyageait comme apôtre et prenait soin des assemblées ; mais s’il pouvait, étant célibataire, visiter, exhorter et prendre soin des assemblées, il faut croire que si, étant célibataire, il avait habité à un endroit précis, il aurait pu y prendre soin d’une assemblée locale.

À ce sujet, le Fils de l’homme est maître même du sabbat.

De plus, Lévi, qui perçoit la dîme, l’a payée, pour ainsi dire, par Abraham ; car il était encore dans les reins de son père, lorsque Melchisédek alla au-devant d’Abraham.

Il en est de même de Paul : par le fait qu’il a institué des évêques, il est lui-même devenu évêque ; car celui qui institue doit obligatoirement être plus grand que celui qui est institué. Si le célibataire peut instituer celui qui est marié, c’est que la valeur de la personne n’est pas liée au fait qu’elle soit mariée ou non, mais à sa relation avec Dieu. Et si elle est liée à sa relation avec Dieu, pourquoi ce qui devrait me rendre capable devrait-il devenir un obstacle ? Car si la capacité est venue sans ce moyen, le but est cependant atteint. Pourquoi le moyen devrait-il donc être un obstacle ?

Mais il est vrai qu’il vaut mieux qu’un évêque soit un homme marié qui a des enfants croyants, car un tel homme est plus lié à un endroit précis que tu ne l’es maintenant à Kristiansand, par exemple. Tu as en effet l’intention de quitter ce lieu, ce que tu ne ferais probablement pas si tu avais un âge plus avancé et des enfants adultes.

Cependant, si l’un fait défaut, Dieu utilise l’autre, sans s’arrêter à la notion d’évêque idéal, et nous devons comprendre la manière dont Dieu dirige les choses. Les hommes eux-mêmes ne sont pas démunis quand ils n’ont pas le matériel adéquat sous la main – combien moins Dieu !

Nous nous sommes maintenant entretenus de cette affaire et je crois – exactement comme toi – qu’on peut assumer cette fonction sans donner d’explications aux gens. S’ils devaient recevoir des explications, le mieux serait que quelqu’un d’autre les leur donne, mais il faudrait que cette personne ait un ministère d’apôtre.

Il y a un grand besoin de vrais envoyés (apôtres), qui soient envoyés par le Saint-Esprit et qui sachent conduire les autres au sein des assemblées. Je me suis demandé si les dirigeants des assemblées baptisées de l’Esprit pourraient se rassembler pour une conférence et jeûner et prier exactement comme à Antioche, et s’ils demandaient que des témoins soient envoyés, je crois que le Saint-Esprit mettrait de côté des hommes pour ce ministère, maintenant comme auparavant. Une très grande autorité est exigée de la part de tels hommes. Ils devraient avoir des nerfs d’acier et une foi de fer pour triompher de la folie, de la sagesse pour résoudre les difficultés, de l’amour pour souffrir patiemment, et beaucoup d’autres qualités. Il vaudrait la peine de réfléchir s’il pourrait être bénéfique, à l’occasion, d’organiser une conférence au sujet de ces choses.

J’apprends que vous étudiez et sondez la parole de Dieu. Oui, il y a là des profondeurs. L’Esprit de Dieu a travaillé avec moi pendant des années, du matin au soir – avec des révélations continuelles dans la connaissance de Dieu, et plus Dieu m’en donne, plus je suis avide de recevoir. Il est dit que l’amour surpasse la connaissance. On tord énormément le sens de cette expression. La connaissance de Dieu n’est pas foulée aux pieds dans la boue par l’amour. Mais plus nous recevons de connaissance de Dieu, plus nous comprenons son amour. Mais quand la connaissance de Dieu augmente encore plus, nous comprenons son amour encore mieux, et même si la connaissance de Dieu devient très grande, l’amour est plus grand malgré tout. De cette manière, la connaissance et l’amour marchent main dans la main.

J’ai beaucoup de choses à t’écrire, je suis pressé intérieurement, car Dieu a fait de grandes choses, et l’odeur de sa connaissance remplit ses élus de joie.

(Le reste de la lettre manque.)