Merci beaucoup pour ta bonne lettre. Je ne retrouve plus mon encre, alors j’écris au crayon. Aujourd’hui, je suis à bord. Nous n’avons pas encore reçu l’ordre d’appareiller, mais nous l’attendons d’un moment à l’autre. La fidélité de Dieu me soutient puissamment au milieu des tribulations, qui me sont absolument nécessaires. C’est pourquoi je suis tout à fait satisfait, car l’Éternel me délivrera au temps qui lui conviendra. Dieu me donne du succès dans mon service ici à bord, mais jamais trop, ni trop peu, comme c’était écrit la dernière fois dans « Det gode budskab ». Si j’en avais trop, cela me rendrait orgueilleux, et si j’en avais trop peu, je serais abattu. C’est pourquoi toutes les voies de Dieu sont aplanies et sont des voies toutes tracées. L’orgueil et le découragement ne prospèrent pas chez les élus de Dieu, mais l’humilité et la force procurent le succès.
Tu as écrit au sujet des garçons de la rue Tordenskiold et tu les as appelés « nos garçons ». Y as-tu bien réfléchi ? Ne serait-il pas préférable que toi et la clique dont tu fais partie soyez « leurs garçons », de sorte que les garçons puissent se réjouir à la pensée que tout leur appartient ? Mais si vous les appelez « nos garçons », les garçons ont le sentiment d’être vos esclaves. Si, en revanche, vous leur faisiez comprendre que vous êtes leurs garçons, la liberté et l’allégresse germeraient et vous seriez vous-mêmes un fondement pour les garçons ; car vous vous placeriez sous eux et vous les laisseriez arriver plus haut que vous-mêmes. C’est de cette façon que les prophètes et les apôtres sont devenus le fondement et Jésus-Christ la pierre principale de l’angle. Si nous voulons être formés pour être des colonnes dans le temple de Dieu, il faut que nous supportions que quelqu’un repose sur nous, car les colonnes doivent supporter le poids. Mais pour supporter le poids, il faut qu’on se place soi-même en dessous et, de cette façon, on sera parmi les plus grands. Paul ne dit pas « nos garçons », mais il dit : Tout est à vous : Paul, Céphas, le monde, la vie, la mort ; tout est à vous, mais vous êtes à Christ ; mais Christ est à Dieu ; de cette façon, Dieu devient tout en tous.
Tu fais bien d’user de violence pour entrer dans le royaume de Dieu, pour ainsi t’en emparer. Tout doit être offert en sacrifice. Le cœur doit être circoncis – entièrement. Toutes les relations avec le monde sont alors abolies et rompues. Les yeux et les oreilles se ferment pour les choses de ce monde et s’ouvrent pour les choses d’en haut. Pour que ce qui est écrit s’accomplisse : Qui est aveugle comme mon serviteur, et sourd comme le messager que j’envoie. Perdre ses sens charnels, c’est être livré à la mort à cause de Jésus, mais cela signifie aussi que sa vie est alors manifestée dans notre chair mortelle. L’Esprit de Dieu n’a jamais d’égards pour ce qui est charnel et pour l’honneur qui repose sur un tel fondement. C’est pourquoi Christ est aussi devenu une pierre d’achoppement et un rocher de scandale, et tous ceux qui croient en son nom sont transformés en la même image. Dans le royaume de Dieu, celui qui est le plus grand, c’est celui qui n’est rien, et en revanche celui qui veut être le plus grand n’est rien.
Ne désirez pas vous faire appeler conducteurs, car un seul est votre conducteur, Christ, et vous êtes tous frères. Toutes ces choses ne sont d’actualité que lorsqu’on reçoit l’Esprit de Dieu dans la force de la Pentecôte, et qu’il devient notre vie et notre force motrice. Une personne qui a uniquement obtenu le pardon de ses péchés ne peut pas croître en Christ, car il faut naître de nouveau pour cela. Sinon, on peut certes prêcher de façon à amener les pécheurs au pardon des péchés, mais on n’est pas capable de s’occuper de nourrissons en Christ. Qu’en est-il de « la clique » ? Ils ont sans doute obtenu le pardon de leurs péchés, mais toi et eux, avez-vous été régénérés pour une espérance vivante ? Êtes-vous capables de parler comme la parole de Dieu ? Avez-vous tout vendu ? Est-ce que le ministre de la circoncision, Christ, a pu circoncire vos cœurs à 360 degrés ? Tu répondras peut-être comme Mme Rasmussen : Je n’admets pas qu’on me fasse subir un examen ! Non, en fait je ne crois pas que tu répondras de la sorte, car j’ai fortement le sentiment que tu aimes la vérité.
Cela coûte quelque chose de pouvoir dire de tout son cœur : Mon tout est sur l’autel et j’attends ton feu.
Nous avons eu quelques entretiens, Truslev et moi, mais pour ma part, j’ai un ministère d’une nature telle que je ne peux presque jamais être sûr. C’est une bonne chose d’avoir dit « oui » à Jésus. Que Dieu bénisse tous ceux qui l’ont fait ! Je ne leur en veux absolument pas, mais je veux simplement rappeler qu’après avoir été sauvé du Pharaon et des Égyptiens par la Mer Rouge, le peuple d’Israël a été sauvé du désert par le Jourdain. Les fruits du pays étaient plus magnifiques que la manne du désert. Mais à part les deux qui ont cru, personne de l’ancienne génération n’a pu entrer dans le pays. Certes, la nouvelle génération a pu y entrer, mais ils étaient morts dans leurs pères, car il fallait qu’il y ait une mort. Mais comme ils n’étaient pas morts personnellement, Josué n’a pas pu les conduire à un repos spirituel. Mais Josué, lui, avait un repos spirituel par sa foi, car il n’estimait pas qu’il était comme une sauterelle aux yeux des habitants du pays. Et ceci, il ne pouvait le faire que parce qu’il était mort à lui-même et à sa propre force.
La force de Samson résidait dans sa foi, et sa foi et ses cheveux longs étaient foi et action. Quand il s’est laissé couper les cheveux, il était incrédule, et sa force l’a quitté. Quand il a déchiré le lion, la lutte était sans doute acharnée, mais les fruits de la victoire se trouvaient dans le corps mort du lion (c’était le miel). Nous voyons ici que c’est après la mort que vient le miel, et qu’y a-t-il de plus doux ?
J’ai reçu récemment une lettre du frère John Wintersborg. Il mène quant à lui une vie simple et tranquille.
Reçois les salutations les plus cordiales de ton frère,
JohanSalue à la maison !
