Merci beaucoup pour ta bonne lettre. Je suis actuellement à bord du « Tordenskiold » en tant que second maître, et je vais participer au voyage en Méditerranée. Je suis venu à bord pour remplacer au pied levé quelqu’un qui est tombé malade. J’ai parlé un peu avec Truslev une fois à bord ; mais nous avons eu fort à faire avec l’équipage jusqu’ici. J’espère que ça va aller mieux. Ce soir, j’ai permission à terre jusqu’à 11 h 30.
On pourrait écrire à propos de toutes sortes de choses, mais ce dont nous avons tout d’abord besoin, c’est de la force et de la puissance de l’Esprit. Ce ne sont pas des théories qui peuvent nous aider, mais la force de Dieu. La théologie, c’est la doctrine sur Dieu, mais Dieu en personne est bien plus que la doctrine qui le concerne. Le développement en Dieu mène à la conviction et à la force de l’Esprit, mais la doctrine concernant Dieu ne donne aucune force. La force du cœur vaut mieux que la force des muscles. Le repos du cœur est un baume de Galaad. Et si tu prends la rose d’une main charnelle, elle se referme et n’est plus qu’une tige. C’est pourquoi on ne peut strictement rien changer à cette affaire. On est destiné à être dépouillé. Comme c’est merveilleux ! Quand on a l’impression de posséder quelque chose, on est mûr pour se dépouiller d’un vêtement de plus, car on mûrit et on est guéri après chaque dépouillement.
C’est pourquoi l’œuvre vient de Dieu et non de nous. Si elle venait de nous, nous ne serions pas dépouillés, mais revêtus, c’est-à-dire que nous croîtrions de gloire en gloire, sans être dépouillés. Jésus dit à Pierre : Quand tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudras pas. Nous voyons par là qu’avancer en Christ signifie être conduit sur un chemin que nous ne voulons pas suivre de nous-mêmes. Tu ne souhaites probablement pas quitter la clique au sein de laquelle tu te trouves, et dont Truslev m’a parlé. Il faut construire sur Dieu et pas sur la clique ; il ne faut donc pas que tu t’étonnes si un jour toute la clique s’effondre. Reste fermement attaché au roc, même si des avalanches se déclenchent tout autour de toi ! Quand Dieu nous éprouve, nous devons rester fermes. C'est assez facile aussi longtemps que Dieu dispose les choses de telle manière qu’elles vont dans le sens de l’honneur aux yeux du monde, et c’est ce qu’il fait souvent avec nous au commencement, pour que nous ne soyons pas brisés. On ressent les choses tout autrement quand la volonté de Dieu à notre égard commence à nous mener dans une direction que le monde considère comme de l’opprobre ; c’est là qu’on peut voir si nous considérons l’honneur de Dieu comme supérieur à celui des hommes. Dieu fait une œuvre et la détruit en un seul jour, et qui oserait dire : Que fais-tu ? Car c’est encore la justice de Dieu qui est à l’œuvre quand il prend notre vie. On peut savoir toutes ces choses, mais il faut pourtant agir comme si on n’en savait rien. C’est pourquoi tu fais bien d’avoir des réunions chez toi, et tu fais bien d’entourer chacun des membres de ta clique avec amour. Peut-être auras-tu ainsi, au moment de l’épreuve, gagné une telle influence sur eux qu’ils pourront rester debout grâce à ta fermeté. Porte-toi donc très bien, demeure dans l’amour avec un esprit conciliant et avec patience à l’égard de ceux à qui tu as affaire, et ton travail dans le Seigneur ne sera pas vain, ni pour toi, ni pour eux.
Salue à la maison et reçois toi-même mes meilleures salutations.
Bien à toi,
JohanAdr. « Tordenskiold », Horten jusqu’au 1er février
