Horten, le 22-9-1927
Cher frère, Sivert Bolsønes

Paix !

Merci pour ta bonne lettre du 18 de ce mois. Je joins une lettre de Mme Anna Kjærnet, que je viens de recevoir. Tu peux y comprendre un peu les combats qui affectent la sœur Ingeborg Stene. Elle est chez Kjærnet pour le moment, où elle tricote. Nous ici dans l’Est, nous n’avons aucune mauvaise pensée à l’encontre des sœurs à Ålesund, et cette lettre est le témoignage le plus fort d’un combat. Mais tu peux toi-même constater que la sœur Kjærnet apprécie Ingeborg Stene. Même si elle prophétise à en fendre les murs et les plafonds, cela ne dérangera pas notre paix. Elle brûle de zèle pour la sœur G. W. Mais nous n’annonçons pas que des personnes sont la tête, mais nous annonçons Christ comme tête, lui qui a été conçu par le Saint-Esprit et qui est né de la vierge Marie, qui a été torturé sous Ponce Pilate, qui est mort, qui a été enterré, qui est ressuscité des morts, et qui est assis maintenant à la droite du Père, d’où il reviendra pour juger les vivants et les morts. Nous n’avons pas d’autre Jésus, ni d’autre tête ici à l’Est.

J’ai eu pendant 5 ans environ plus de combats pour Ålesund que tu ne l’imagines. Personne ne les a défendus autant que je l’ai fait. Deux fois, les amis de Ålesund m’ont congédié pour de bon, mais je n’ai pas encore perdu l’espoir pour eux. Ils m’ont jugé coupable de déviation et m’ont tenu pour faible et trop conciliant, parce que je ne me suis pas imposé, comme le pape à Rome, et que je n’ai pas réduit au silence les autres opinions par la violence et la force. Prête attention à la manière dont l’Esprit de Dieu travaille avec patience pour convaincre les hommes. Une personne spirituelle ne doit pas procéder autrement. La sœur Lotte Johansen et la sœur Inga Eltvik ont raconté certains traits de caractère de la sœur G. W. qui laissent clairement entendre que le plus grand n’était pas comme le plus petit à Ålesund.

Je ne crois pas en des discours impressionnants remplis de citations bibliques, comme ceux qui ont été prononcés quand les frères étaient à Ålesund, ce qui les a mis à l’écart. Je crois en la force de Dieu qui se manifeste dans la faiblesse. C’est par ce chemin que je suis passé, et Dieu accorde le progrès de tous côtés, de manière merveilleuse. Je souhaite de tout mon cœur que la sœur G. W. dépose toutes les armes contre les amis de l’Est ; car nous les aimons bien trop pour vouloir nous battre contre eux. J’ai remis tous les différends [que nous pourrions avoir] entre les mains de Dieu, qui donnera raison à celui qui a raison. La sœur G. W. ferait bien de faire de même. Toutes ces assemblées générales et ces conseils pleins d’accusations ne mènent à rien. Nous n’avons encore jamais eu une telle assemblée générale ici à Horten. J’ai défendu les amis de Ålesund, mais il semble maintenant que la partie adverse aura raison et que je serai confus.

Je sais que des sœurs souhaiteraient dominer. J’en ai vu plusieurs preuves, et je relève régulièrement de petits incidents allant dans ce sens ; c’est donc à juste raison que cela a été mentionné dans Skjulte Skatte. Je suis convaincu que c’est aussi le cas à Ålesund. Ouvre les yeux et vois, utilise ton intelligence et comprends, réfléchis à ce que tu as vu et entendu jadis, et tu comprendras ce que je dis.

Je comprends bien ce que tu dis, cher frère, que tu veux être neutre. Moi aussi, j’ai été neutre ces dernières années, et je n’ai pas l’intention de combattre les amis de Ålesund, et je déconseillerai à chacun de le faire.

La faute n’est pas chez les amis de Ålesund, elle incombe uniquement à la sœur G. W., qui tient à sa position de dirigeante et qui veut qu’on la traite avec la dignité qui s’ensuit. Nous aurons communion dès qu’elle abandonnera cette position. On ne doit pas vouloir se faire appeler docteur ou dirigeant. C’est là que se trouve le point sensible, qui crée du trouble. Quand on dépose les armes, la paix vient d’elle-même. En ce qui me concerne, je n’ai jamais exigé de qui que ce soit qu’il me considère comme dirigeant. Je me suis toujours volontiers assis à la dernière place, pas seulement sur les bancs, mais j’ai aussi cherché, par la grâce de Dieu, à m’abaisser sous les autres, pour que Dieu puisse en son temps décider de ce qui est juste. Jésus s’est abaissé lui-même ; c’est là le chemin qui mène à la tête.

J’ai reçu des lettres de la sœur G. W., mais après tous ces longs combats, qui ont enfin pris fin ici, je ne veux pas relancer ce genre de chose. C’est pourquoi je t’écris droit du cœur pour t’exposer mon état d’esprit. Je souhaite à la sœur G. W. et aux amis de Ålesund la riche grâce de Dieu et sa paix. Mettons-nous d’accord sur ce point, et retrouvons-nous dans une attitude conciliante !

Pour ce qui te concerne, tu dois agir selon ce que te dit ta conscience. Je ne cherche pas de partisans ; si je le faisais, je ne serais pas serviteur de Christ. Si le fr. Fugleseth s’en tient aux sœurs de Ålesund, il n’en reste pas moins cher à mon cœur ; car moi aussi, je m’en tiens à elles, sans vouloir faire de tort à personne.

Laisse le temps passer sur tout cela, et il sera révélé où est la faute. Confie-toi dans le Seigneur. Je ne veux pas entrer dans les détails ici, mais j’aime les sœurs Lotte Johansen et Inga Eltvik tout autant que les autres amis de Ålesund, même si elles se sont brouillées avec la sœur G. W. Jésus a appelé Judas son ami, et il s’est comporté de telle manière avec lui que les disciples ne savaient pas qui allait le trahir. Il n’a pas fait des discours fracassants contre lui en présence de tout le monde. Il a tout remis entre les mains du Père. Si nous aussi lui remettons toutes choses, tout ira bien.

Tu comprendras par cela que je n’ai aucune intention d’accuser la sœur G. W. ; je veux juste indiquer des erreurs qu’elle ferait bien de corriger en toute discrétion, et tout cela passera sans qu’on s’en rende compte. On ne peut pas arriver à quoi que ce soit parmi ces amis en étant un « dirigeant droit dans ses bottes » ; il faut être plus souple. Ceci est l’œuvre de Dieu ; c’est lui-même qui doit la faire, mais nous devons être humbles. Nous ne devons pas nous courber devant les amis de l’Est, comme tu le dis ; mais nous devons nous courber devant Dieu, et alors nous aurons communion avec les amis de l’Est.

Que cette lettre soit lue partout où elle peut être de quelque utilité ; car nous ne désirons pas garder quoi que ce soit secret.

Salutations cordiales à toi et aux amis de Molde.

Ton frère,

J. O. Smith

P.S.

Les premières années, les amis ici à Horten considéraient la sœur Gunda Willersrud comme une personne dominante, et la sœur Jørgine Pettersen comme son esclave obéissante. Les amis de Ålesund devaient à leur sens tous être charnels pour se laisser diriger par un tel esprit dominant. Et moi aussi, j’avais dû me laisser séduire par elle. Cela a déclenché la guerre [parmi nous].

Maintenant, la sœur Lotte Johansen et la sœur Eltvik apportent des preuves supplémentaires que leurs suppositions sont fondées.

À cause de tout cela, je ne veux pas écrire directement à la sœur Gunda Willersrud, pour ne pas raviver une vieille querelle dans l’assemblée ici, si j’entamais par exemple une longue correspondance avec elle. C’est pourquoi je t’écris à toi, à propos de cette situation. Cela paraîtra peut-être étrange que je n’écrive pas à la sœur Gunda Willersrud, mais tu en sais maintenant la raison. Je n’avais pas non plus l’intention de défendre coûte que coûte la sœur Gunda Willersrud, mais je voulais avoir des preuves irréfutables de ce dont on l’accusait. Je pensais mieux connaître la situation à Ålesund que ceux qui l’accusaient. Pour cela, on m’a aussi soupçonné de m’être laissé séduire de manière charnelle par la sœur Gunda Willersrud. Tout cela a rendu la situation tellement embrouillée que je t’écris à toi.

Mon sentiment personnel à propos de tout cela, ce à quoi j’en suis venu maintenant, c’est que la sœur Gunda Willersrud a usé de trop d’autorité à Ålesund – peut-être sans en être consciente elle-même. Je crois aussi qu’elle s’inquiète de savoir comment la situation financière va s’arranger si elle ne recourt pas à ce régime [autoritaire]. Je ne pense pas que ce serait difficile de le prouver en convoquant une assemblée générale pour mettre tout à plat. Mais cela n’est pas de ma responsabilité ; je veux plutôt conseiller à chacun de rechercher la paix et de faire preuve de souplesse. Ne jugez de rien avant le temps, attendez que le Seigneur se manifeste. Quand le Seigneur intervient lui-même dans une affaire, tout devient très clair. C’est son intervention que nous devons attendre.