Horten, le 12 décembre 1905
Cher frère, Aksel,

Merci beaucoup pour ta lettre, qui m’a fait beaucoup plaisir. Dieu est avec nous à la fois dans les temps favorables et dans l’adversité. Il nous console par sa consolation pour une vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur. Il est présent dans les choses les plus méprisables comme dans les choses les plus nobles. Dieu révélé dans l’homme, c’est Jésus-Christ, mais on ne peut pas appréhender Dieu hors de l’homme. Le Fils a manifesté le Père, et le Père est manifesté dans le Fils. Le Fils est le fils de l’homme pour anéantir l’être humain, et il est le fils de Dieu pour susciter l’être divin. Ce que l’être humain préfère se trouve dans le domaine naturel. Mais puisqu’il existe des choses encore meilleures, l’homme doit lâcher ce qu’il connaît de meilleur pour saisir et rester attaché à ce qui est éternel et divin. Le péché, c’est la volonté propre. La volonté propre, c’est une volonté en dehors de la volonté de Dieu. Dieu n’est pas la tête de la volonté propre, mais on s’érige soi-même en tête. C’est aussi ce qu’a fait le diable. Il s’est retiré avec toute sa gloire et a eu toute sa gloire en lui-même, au lieu de l’avoir en Dieu. C’était du péché. Il s’est séparé de Dieu, et comme Dieu n’est pas divisé, il s’est retrouvé en dehors de Dieu et en lui-même. Au lieu de considérer sa gloire en Dieu, il a admiré sa gloire en lui-même. La volonté de Dieu était qu’Adam ne mange pas de l’arbre, mais Adam a accepté une volonté en lui-même et a posé un fondement qui était en dehors de Dieu. Il est devenu conscient de ce qu’il était lui-même et s’est admiré lui-même ; c’est pourquoi il a aussi vu qu’il était nu, alors qu’il ne l’avait pas remarqué quand il contemplait Dieu seul.

La transformation à l’image de Dieu consiste donc en ce que nous abandonnions notre propre volonté et que nous soyons englobés dans la volonté de Dieu. Lorsque cela se produit, celui à qui nous obéissons est notre tête, et nous nous trouvons dans le royaume où la volonté de Dieu est faite, c’est-à-dire le royaume des cieux. Dans le royaume des cieux, on a une bonne conscience, car c’est seulement Sa volonté qui est faite. Tout honneur propre et tout amour-propre est en dehors de Dieu et ne contribue qu’à l’élévation du moi. Dieu est un tout et il n’est pas divisé. C’est pourquoi tout parti qui est en désaccord avec un autre parti n’est pas de Dieu, sauf si l’un des partis est en Dieu et combat contre la puissance des ténèbres.

J’apprends que tu lis l’épître aux Romains. La justification sans les œuvres de la loi y est clairement exposée, mais il y a beaucoup de choses difficiles à comprendre. La loi est venue pour que le péché soit connu, et puisque nos meilleures œuvres sont comme un vêtement souillé, on peut s’imaginer ce que peuvent être les pires. On ne peut rien gagner de cette manière-là. Mais en renonçant entièrement à nous-mêmes, sans chercher à pratiquer les œuvres de la loi mais en laissant Dieu produire en nous le vouloir et le faire, la volonté de Dieu est faite. Si je pense être assez bon pour pouvoir observer les commandements de Dieu, il est clair que ma force vient de moi-même. Mais quand j’ai renoncé à tout, il est clair que s’il faut faire quelque chose, Dieu doit le produire lui-même et donner lui-même la force pour le faire. Et quand c’est Dieu qui donne la force, elle est donnée en abondance, car tout le royaume des cieux ne consiste qu’en force.

Celui qui est esclave de la loi se fie à ses propres capacités, et il est profondément vexé si on lui dit qu’il doit cesser de croire en lui-même et commencer à croire en Dieu. Celui qui a appris à se connaître lui-même a abandonné la confiance qu’il avait en lui-même. Il a cessé de jouer au chrétien, mais il vit la vie de Christ, et peu importe ce que les autres disent de lui.

La plupart des chrétiens sont sous la loi – pas la loi de Moïse, mais ils sont esclaves de la loi qui est inscrite sur les tables de chair de leur cœur. Ils essaient sincèrement de l’observer, mais malheureusement, plus ils en sont esclaves, plus la loi devient sévère. Et si on continue à être sous cet esclavage, on finit par arriver à la constatation qu’il y a quelque chose qui ne va pas. J’ai été tellement sous l’esclavage, ça dépasse les bornes, et les reproches continuent à pleuvoir sur moi. J’en finis maintenant avec tout cet esclavage, car ça ne sert à rien ; je suis rempli de choses démoniaques, d’hypocrisie et de tromperie. Quand on en arrive à ce point-là, on est mort avec lui. Es-tu mort avec lui ? C’est en ceux-là que la vie, la vie éternelle, se manifeste. Autrefois, ils étaient eux-mêmes la vie, mais maintenant Dieu est leur vie, car ils ont trouvé leur propre vie indigne. Pendant deux ans et demi, j’étais tellement dans l’esclavage qu’à la fin j’ai abandonné tout cela et que j’ai dit à Dieu que je n’étais pas capable d’être un chrétien. Et je maintiens cette affirmation jusqu’à ce jour. Bravo à celui qui pense y arriver ! Mais ce n’est que de l’hypocrisie. Essaie de te passer un bon savon, cela te donnera plus de joie que tu ne le penses, car c’est lorsque tu dis les pires choses de toi-même que tu es le plus près de la vérité.

Annonce cet évangile précieux à ceux qui pensent savoir quelque chose ; peut-être les portes des différentes synagogues s’ouvriront-elles à toi. Mais ces paroles s’accompliront alors : vous serez exclus des synagogues et haïs par tous à cause de mon nom. Pour ma part, je suis exclu partout, mais je me plais dans cette situation. Dieu m’a donné part aux richesses de sa grâce, et cela me suffit. Satan a tendu ses filets, mais Dieu m’a délivré d’eux tous. Quelquefois, ils disent que je suis du diable, et d’autres fois, ils disent : As-tu déjà entendu chose plus magnifique ! Mais qu’ils disent ceci ou cela, ma confiance est en Dieu, qui me sauvera à la fois dans l’honneur et dans le déshonneur, dans la mauvaise réputation et dans la bonne réputation. Mon témoignage en Jésus-Christ, c’est qu’Il est mon sauveur et que Satan est mon ennemi. Ma chair est mon ennemi, et mon désir, c’est que la haine envers elle devienne parfaite. Les princes de ce monde et les enfants d’iniquité attristent mon âme et suscitent en elle une puissante indignation, dont la force me dévore moi-même dans mon propre zèle. Voilà quelle est ma piété, et personne ne peut m’ôter ma joie, et personne ne peut m’ôter ma foi, et personne ne peut m’ôter ma doctrine, et personne ne peut m’enfoncer dans la poussière, et personne n’est capable de prendre le dessus sur moi, dans cette foi que j’ai, qui est la foi de Christ. Si ceci est de l’honneur, c’est l’honneur de Christ. Si ceci est de la gloire, c’est la gloire de Christ. Et si ceci est de la force, c’est la force de Christ. Si quelqu’un dit que je me glorifie selon la chair, c’est qu’il connaît peu la force de Dieu.

Réponds-moi vite.

Ton frère,

Johan
* * *

Je viens de recevoir ta lettre, mais j’envoie quand même celle-ci. La sagesse est la mère de l’amour, ce n’est pas l’amour qui est la mère de la sagesse.

Demande à papa de m’écrire pour me dire combien il y a d’intendants d’arsenal dans le pays.

Salue à la maison.